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Des Sud-Africains par milliers dans la rue contre les pressions de Trump et son ambassadeur "dérangé"
Des milliers de Sud-Africains ont défilé samedi dans Johannesburg contre les pressions de Washington à l'appel du parti au pouvoir, l'ANC, dont le secrétaire général a qualifié le nouvel ambassadeur américain de "dérangé".
"On ne peut pas accepter qu'un vieil homme blanc, qui a l'air dérangé, vienne nous dire, dans notre pays, ce que nous devons faire en Afrique du Sud", a lancé à la tribune Fikile Mbalula, alors qu'une foule en vert et jaune, couleurs de l'ANC, inondait les larges avenues du centre de la capitale économique du pays. Une manifestation était également appelée au Cap.
"En défense de la souveraineté et des acquis démocratiques" : le mot d'ordre était repris sur la banderole en tête du cortège, après des mois de pressions américaines.
En plus de la plainte sud-africaine pour génocide déposée contre Israël pour sa guerre à Gaza devant la justice internationale, l'administration Trump reproche aussi à Pretoria sa politique intérieure.
Sur cette ligne, le nouvel ambassadeur des Etats-Unis à Pretoria, Brent Bozell, 70 ans, a été convoqué par le ministère des Affaires étrangères sud-africain moins d'un mois après son arrivée en février.
Cité parmi les favoris dans la course à la présidence de l'ANC --et donc potentiellement du pays-- lors du congrès de décembre 2027, Fikile Mbalula a pris la parole devant des milliers de partisans réunis tout près de l'emblématique tour de communication de Hillbrow.
"Je pense qu'ils comprendront le message: il faut respecter notre président, nos lois et nos politiques", tonne auprès de l'AFP Siyanda Moloi, 34 ans, qui travaille dans le bâtiment quand il ne manifeste pas.
Dans le viseur américain depuis des mois : une prétendue persécution des Afrikaners, ces descendants des colons européens, ou encore les programmes de discrimination positive visant à corriger les inégalités héritées de la colonisation puis de l'apartheid.
Dans l'une de ses premières déclarations publiques, le nouvel ambassadeur américain Brent Bozell a déclaré n'en avoir "rien à faire" que les tribunaux sud-africains ne considèrent pas le chant polémique et historique de lutte contre l'apartheid, "Kill the Boer", comme un discours de haine à l'égard des Afrikaners.
"J'ai été très choqué, il est ici en tant qu'invité. On ne veut plus de lui en Afrique du Sud. On devrait couper les liens avec eux", estime Siyanda Moloi à propos des Etats-Unis.
- "Ils nous détestent" -
L'appel à manifester a aussi été lancé pour dénoncer les "mesures économiques punitives et une ingérence étrangère directe dans la politique intérieure" sans toutefois citer Washington.
L'administration américaine a infligé à Pretoria pour la plupart de ses exportations des droits de douanes de 30% --les plus élevés d'Afrique subsaharienne-- avant que la Cour suprême ne les retoque.
L'Afrique du Sud fait toutefois partie des 60 pays sous enquête commerciale dans une procédure visant à justifier de nouveaux droits de douanes.
"Ils nous détestent", constate Noxolo Skomolo, une agente immobilière de 53 ans. "On est là pour protéger notre Constitution. C'est notre terre et notre pays", lance cette manifestante arborant un t-shirt marqué du slogan "On ne va pas se laisser marcher dessus".
Largement distribué et porté jusqu'au secrétaire général, ce slogan fait référence à une déclaration du président sud-africain, Cyril Ramaphosa en début d'année passée quand ont commencé les attaques trumpistes envers Pretoria.
Dans le sillage de Volodymyr Zelensky, il avait eu droit à un guet-apens dans le bureau ovale de la Maison Blanche. Donald Trump y avait montré vidéomontages et photos mêlant approximations et contre-vérités.
Samedi, la mobilisation a été particulièrement suivie à Johannesburg, en ce jour férié symbolique dédié aux droits humains.
Le 21 mars marque la date du massacre de Sharpeville en 1960 où 69 manifestants au moins ont péri sous les balles des forces de sécurité de l'apartheid pour avoir demandé la fin du laissez-passer contrôlant les déplacements des Noirs.
M.Furrer--BTB