Berliner Tageblatt - Survie de l'usine de pâte à papier Fibre Excellence: Saint-Gaudens retient son souffle

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Survie de l'usine de pâte à papier Fibre Excellence: Saint-Gaudens retient son souffle

Survie de l'usine de pâte à papier Fibre Excellence: Saint-Gaudens retient son souffle

Saint-Gaudens retient son souffle: depuis plus d'un mois, l'usine de pâte à papier Fibre Excellence, premier employeur privé de cette petite ville de 12.000 habitants au pied des Pyrénées, est à l'arrêt.

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Depuis son placement en redressement judiciaire fin avril et le silence des longs tapis suspendus qui acheminent les copeaux de bois vers les hauts fours de cuisson qui signent depuis des décennies le paysage de Saint-Gaudens (Haute-Garonne), le sort de l'usine inquiète les employés, leurs familles et les sous-traitants de la filière bois de toute la région.

"Bien sûr qu'on est inquiet!", s'énerve Jérôme, le patron du café du même nom sur la place centrale. "Des employés j'en connais beaucoup, il faut aller les soutenir", invite-t-il alors qu'un concert de soutien s'organise sur le parking de l'usine la veille de l'examen du dossier de reprise par le tribunal de commerce de Toulouse.

"Saint-Gaudens sans Fibre Excellence, c'est mort", assène un ancien fournisseur de bois de l'usine qui emploie 270 salariés sur le site - et autant dans l'usine de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône.

- "Tous des enfants de l'usine" -

"Si l'usine ferme, c'est plus d'un millier d'emplois qui disparaissent. L'usine fait vivre beaucoup de monde", ajoute cet entrepreneur qui préfère taire son nom.

"C'est le bastion du Comminges, le sud du département" de Haute-Garonne, résume le maire de Saint-Gaudens Jean-Yves Duclos (divers gauche), lui-même fils de salarié de l'usine, créée en 1959. "On est beaucoup comme ça, tous des enfants de l'usine."

En amont de l'activité, déjà certains exploitants forestiers, qui fournissaient du bois d'éclaircie à l'usine, ont délaissé des sous-traitants qu'ils faisaient travailler, faute de débouchés.

"On ne fait plus appel à certains sous-traitants, on essaye de réduire notre volume. C'est pas le top", déplore Marta Ribeiro, assistante de gestion de l'entreprise du même nom à Saint-Gaudens, qui emploie 19 salariés dans l'exploitation forestière.

Si l'usine met la clé sous la porte, "je pense qu'il va y avoir une vraie dégringolade dans le monde de l'exploitation forestière" formé souvent de PME, souligne Bernard Philip, président Occitanie de la Fédération nationale du bois. Des entreprises "ne vont pas passer le cap".

Fibre Excellence représente un énorme débouché pour le bois de moindre valeur en France: sciure, plaquettes et morceaux de bois issus des raboteries.

L'usine "traite 15% du bois qui est extrait des forêts d'Occitanie", rappelle Sylvain Fourel, président de l'inter-profession de la filière bois Fibois en Occitanie. "C'est considérable !".

- Risques d'incendies -

Les deux usines de Saint-Gaudens et Tarascon consomment quasiment 2 millions de tonnes de bois par an.

L'Occitanie, deuxième région la plus boisée de France, en fournit 422.000 tonnes, la Nouvelle Aquitaine 410.000 et Auvergne-Rhône-Alpes 390.000, selon les chiffres de Fibois.

Bernard Philip, qui dirige aussi l'entreprise de travaux forestiers Environnement Bois Energie, souligne les déséquilibres qui affectent déjà la filière.

"A fin juin, on ne saura plus quoi faire du bois. Il y a un afflux de bois de faible valeur et aujourd'hui on est coincé, on n'a plus de débouchés", s'alarme-t-il.

"Tous ces bois sont en train de s'empiler gentiment. Dans l'Aude, avec tous ces bois renversés par la tempête Niels de février, ça risque de faire un été où ça va brûler de tous les côtés", s'inquiète-t-il.

Sébastien Oustric, délégué syndicat CGT, aux avant-postes du combat collectif mené par les salariés et les élus locaux pour sauver l'entreprise, a encore bon espoir.

"On a eu des nouvelles sur le fait que de nouveaux investisseurs sont entrés dans le projet de reprise. On espère un délai au tribunal", a-t-il dit à l'AFP mardi.

Après des mois de difficultés et de faux espoirs, "ça commence à être un peu long", admet, des tremblements dans la voix, Lionel Kats, salarié de l'usine, venu avec ses deux filles de 12 et 9 ans au concert de soutien sur le parking neuf de l'usine.

"Papa, vous allez fermer et vous avez une toute nouvelle route de parking!", l'interpelle la plus jeune dans une remarque innocente.

P.Anderson--BTB