Berliner Tageblatt - Au Royaume-Uni, mentors et football pour répondre à la crise des "garçons perdus"

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Au Royaume-Uni, mentors et football pour répondre à la crise des "garçons perdus"
Au Royaume-Uni, mentors et football pour répondre à la crise des "garçons perdus" / Photo: © AFP

Au Royaume-Uni, mentors et football pour répondre à la crise des "garçons perdus"

Du football et des mentors pour contrer les dérives masculinistes ? Au Royaume-Uni, quelque 3.000 collégiens participent à un programme destiné à combattre ce que des chercheurs et acteurs de terrain ont baptisé la crise des "garçons perdus".

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Kaziah Cameron, 14 ans, n'a jamais été à l'aise avec les autres. Taiseux de nature, il avait tendance à s'isoler du groupe, "faute de savoir communiquer".

Mais depuis près de deux ans, l'adolescent fait l'objet d'un accompagnement particulier. Chaque semaine, il assiste, en parallèle de ses cours, à un module de développement "socio-émotionnel" dispensé par deux éducateurs.

Les deux hommes, Ezekiel Agyemang et Matt Bishop, dispensent ce module, qui traite aussi bien du développement du cerveau masculin que des émotions, à deux groupes d'élèves issus de deux tranches d'âge (12-13 ans et 13-14 ans).

"On va venir se servir des sciences pour déconstruire des clichés comme le fait que les hommes ne doivent pas pleurer", développe Ezekiel Agyemang.

"Quand on parle de vulnérabilité voire de fragilité, deux sentiments qui peuvent tous nous traverser, c'est aussi une façon de mettre sur la table le sujet du masculinisme", complète Matt Bishop.

Les séances se tiennent à la Our Lady and St Chad Catholic Academy, collège-lycée public situé à Wolverhampton, au nord-ouest de Birmingham, dans le cadre d'un programme porté par l'association Football Beyond Borders (FBB).

- "Emotions enfermées" -

Le groupe est constitué sur la base de recommandations des enseignants, avec "des élèves en décrochage, d'autres en difficulté, mais aussi des très bons", précise Matt Bishop.

Une fois les cours terminés, les uniformes sont laissés au placard: place à la partie de foot. A Wolverhampton, fief du club de foot des Wolves, c'est le moment préféré des élèves.

Pour Kaziah, les résultats sont là: le programme "m'a aidé à m'ouvrir (...) Ca m'a aidé à parler davantage, parce que je n'aimais pas vraiment parler aux gens. Je gardais toutes mes émotions enfermées en moi".

Fabian Myers, 14 ans, estime lui que le fait "d'être dans un groupe de garçons, avec des hommes autour de nous qui nous guident et tout, ça rend les choses un peu plus confortables".

Il admet que son "idée de ce qu'est un homme était un peu brouillée à cause d'internet".

L'association a été créée pour lutter contre le décrochage scolaire chez les garçons issus de milieux défavorisés. Mais face aux défis posés par la montée en puissance d'influenceurs masculinistes --comme l'américano-britannique Andrew Tate--, elle s'est adaptée.

"Les études montrent que le malaise qui touche de nombreux jeunes garçons à l'adolescence se manifeste d'abord par le décrochage scolaire", souligne le cofondateur, Jack Reynolds.

C'est aussi à ce moment que beaucoup d'entre eux cherchent des référents masculins, qu'ils en aient ou non à la maison, soutient-il. Et ils risquent d'être exposés aux discours sexistes d'influenceurs masculinistes qui pullulent sur les réseaux sociaux.

- Eviter "les grands débats" -

Au Royaume-Uni, le débat sur la masculinité toxique s'est imposé notamment avec le succès de la série choc "Adolescence", dans laquelle un adolescent qui, après s'être radicalisé en ligne au contact d'idées profondément misogynes, finit par assassiner une camarade de classe.

L'ex-sélectionneur de l'équipe d'Angleterre, Gareth Southgate, alerte, lui, depuis plusieurs années sur une génération de jeunes hommes qui se sentent "perdus" et "isolés". Il vient de sortir un documentaire sur le sujet sur la BBC.

"Nous ne nous lançons pas particulièrement dans les grands débats autour de la masculinité toxique", souligne Jack Reynolds. "L'essentiel", dit-il, est de "former des adultes de confiance", capables de dialoguer avec les jeunes "au moment où ils cherchent à savoir quel type d'homme devenir".

Son association est présente dans 60 écoles de trois régions d'Angleterre: Londres, les Midlands de l'Ouest et la région du Grand Manchester (nord), touchant près de 3.000 élèves.

Une task force, baptisée "The Lost Boys", a été lancée en juillet 2025. Cette coalition d'acteurs issus de différents secteurs (monde du foot, éducation...) est présidée par Paul Barber, le vice-président du club de foot de Brighton. Avec pour objectif d'étendre le travail de l'association.

S.Keller--BTB