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Dans un parc londonien, des cueilleurs en quête de plantes comestibles
Kenneth Greenway croule sous les demandes pour ses cours de cueillette de plantes comestibles dans le parc londonien dont il est responsable.
Les tours de la City ne sont pas loin, et pourtant roquette sauvage, orties et tant d'autres poussent à profusion.
Le parc de Kenneth Greenway est un cimetière, celui de Tower Hamlets, dans l'est de la capitale britannique. Des morts reposent ici depuis 1841 mais le dernier enterrement remonte à 1966. Cela ne semble aucunement rebuter son groupe de 18 cueilleurs.
Des herbes sauvages, des fleurs, recouvrent les tombes laissées à l'abandon.
A en croire Kenneth Greenway, qui a 47 ans et travaille depuis 22 ans dans ce parc, c'est l'endroit parfait pour un cours de cueillette. "On ne peut pas y faire passer des machines pour tout couper. La végétation est donc libre de pousser".
D'ailleurs, la liste des plantes comestibles à Tower Hamlets "est longue comme le bras", dit-il au groupe.
Des plantes pour faire des salades, des soupes, des sirops, des confitures, des tisanes bien sûr.
Le groupe compte des participants de toutes les générations. George Page, 59 ans, a reçu ce cours en cadeau pour la fête des mères de la part de sa fille Maddie, 21 ans.
"Nous faisons beaucoup de jardinage et nous avons souvent parlé de notre envie de manger la nourriture que nous trouvons", explique cette dernière. "Mais j'étais terrifiée", complète sa mère, en riant. "Je pensais que nous allions mourir immédiatement!".
- Cocktails et smoothies -
Quelques conseils basiques pour démarrer. "On prend les belles feuilles, nouvelles, celles en haut de la plante", dit Kenneth Greenway. On ne mange pas les plantes sans être sûr desquelles il s'agit.
Et alors qu'un enfant de cinq ans s'apprête à mettre de la fougère dans sa bouche: "On ne mange pas la fougère et les herbes, pour la plupart, elles ne sont pas comestibles!".
Le groupe se met en marche. Les cueilleurs touchent, sentent, observent, goûtent du bout des lèvres d'abord, puis plus franchement.
"Reconnaissez-vous ces feuilles?", questionne le guide. C'est de la mélisse citronnelle. "Ca sent merveilleusement bon", dit un participant en mettant une feuille sous son nez puis dans sa bouche.
Au pied d'une tombe, Kenneth Greenway montre des fraises des bois. Un peu plus loin, il y a de la roquette sauvage. "C'est une plante native de Grande-Bretagne. Elle a un goût très poivré", explique-t-il. Parfait dans une omelette, ajoute le guide.
"C'est fou! Ca pousse partout. Je ne savais pas que ça se mangeait", s'enthousiasme un cueilleur en mettant quelques feuilles dans un sac plastique.
Quelques mètres après, le groupe s'arrête devant de la monnaie du pape, "un très bon substitut à la moutarde", puis devant de l'herbe à ail, une plante invasive mais "parfaite pour faire du pesto!".
Arrivent les orties. "C'est vraiment facile de jouer avec: soupe, omelette, smoothies. Et si vous vous faites piquer en ramassant, ce n'est pas la fin du monde!", lâche le guide, sans complètement convaincre les cueilleurs.
Arrive l'artemisia, l'armoise commune, au goût proche du thym et de la sauge, prisée pour les cocktails.
- "Aveugles à la nature" -
"Nous avons marché 100 mètres et nous avons trouvé des dizaines de plantes à manger", se réjouit Amanda Fitzpatrick, médecin de 41 ans.
Son mari Brian Harvey, 42 ans, n'en revient pas que "tant de plantes soient comestibles". "En vivant en ville, nous sommes souvent aveugles à la nature qui nous entoure".
Kenneth Greenway donne des cours toute l'année. Tous les professeurs de cueillette sont "inondés de demande", dit-il.
"Je pense que cet intérêt croissant est lié en partie à la pandémie, qui a incité de nombreuses personnes à passer du temps dans les parcs, à réfléchir aux plantes et à se demander ce qu'elles pouvaient en faire", tente-t-il d'expliquer.
Après trois heures de cours, les cueilleurs se séparent, leur sac plastique à la main, rempli de feuilles et de fleurs, et avec de nouvelles recettes.
George Page est elle rassurée et bien déterminée à partir cueillir des plantes, "en équipe", avec sa fille.
N.Fournier--BTB