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The Metals Company, l'entreprise qui courtise Donald Trump pour exploiter les fonds marins
L'entreprise canadienne The Metals Company (TMC), pionnière dans la prospection minière sous-marine, ne veut plus attendre pour lancer cette industrie décriée, tentant désormais sa chance auprès de Donald Trump qui convoite des minerais stratégiques à travers le monde.
"Nous sommes prêts", a proclamé fin mars son PDG, Gerard Barron.
Espérant être la première à aller aspirer les "nodules polymétalliques", sorte de galets riches en métaux sur les plaines abyssales du Pacifique, l'entreprise veut solliciter au deuxième trimestre le premier contrat d'extraction minière commerciale en haute mer, via l'administration américaine.
Un changement de stratégie choc: initialement, la société voulait déposer sa demande en juin auprès de l'Autorité internationale des fonds marins (AIFM), qui a juridiction sur les fonds marins des eaux internationales.
Ce court-circuitage de l'AIFM provoque la colère de nombreux Etats et des ONG de défense des océans qui dénoncent le geste "désespéré" d'une industrie accusée de violer des écosystèmes sous-marins encore peu connus.
Créée en 2011 sous le nom de DeepGreen Metals, elle a été rebaptisée en 2021 pour son introduction en Bourse à New York.
Ses filiales explorent depuis plusieurs années des parcelles dans la zone de Clarion-Clipperton (CCZ) dans le Pacifique, via des contrats octroyés par l'AIFM et sponsorisés en particulier par le petit Etat insulaire Nauru.
L'AIFM n'a pour l'instant accordé que des contrats d'exploration, qui permettent de tester les technologies. Mais après plus de dix ans de négociations, elle n'a toujours pas finalisé les règles pour l'extraction industrielle.
"Nous avons montré que nous pouvons ramasser des nodules au fond de la mer, les remonter à la surface et les transformer sur terre en des produits raffinés, avec des impacts environnementaux minimaux et une dépense limitée en capital", assure Gerard Barron.
Lors de tests "historiques" en 2022, sa filiale NORI (Nauru Ocean Resources Inc.) a remonté plus de 3.000 tonnes de nodules, grâce à l'ancien navire de forage reconverti "Hidden Gem", de son partenaire Allseas.
- "Le plus destructeur" -
La collecte se fait à plus de 4 kilomètres de profondeur avec un véhicule sous-marin monté sur chenilles qui envoie les nodules vers le navire par un tuyau géant.
A l'autre bout de la chaîne, TMC et le fondeur japonais Pamco ont annoncé en février la transformation de nodules en un "alliage de haute qualité nickel-cuivre-cobalt".
Selon les estimations, la CCZ abrite 21 milliards de tonnes de nodules riches en cobalt, nickel, cuivre et manganèse: des métaux stratégiques pour l'électrification croissante du monde et notamment les batteries des voitures électriques.
"Les nodules dans nos zones sous contrat représentent la plus grande ressource non exploitée au monde de ces minéraux critiques", assure TMC.
Une justification rejetée en bloc par les défenseurs de l'environnement qui plaident pour une baisse de la consommation et pour le recyclage.
L'extraction sous-marine est "le pire moyen, le plus destructeur de l'environnement, et le plus cher (...), ce n'est pas l'avenir", déclare à l'AFP Bobbi-Jo Dobush, de l'ONG The Ocean Foundation, qui doute de la viabilité du secteur et de TMC.
L'entreprise a perdu l'an dernier 81,9 millions de dollars. Mais sans revenus, ce n'est pas inhabituel pour ce modèle d'entreprises, selon des experts du secteur.
La situation actuelle laisse penser que "l'entreprise sera en mesure de respecter son engagement de commencer la production en 2026", estime Dmitry Silversteyn, analyste chez Water Tower Research, pariant sur la volonté de l'administration Trump de libérer les Etats-Unis de la dépendance aux métaux chinois.
TMC joue d'ailleurs sur cet argument pour séduire Washington, affirmant qu'à l'aune de la consommation américaine actuelle, un milliard de tonnes de nodules assureront "456 années de manganèse, 165 ans de cobalt, 81 ans de nickel et 4 ans de cuivre".
Les nodules "sont la pièce manquante critique de la réindustrialisation américaine", plaide le directeur financier de TMC, Craig Shesky, soulignant que les Etats-Unis, qui ne sont pas membres de l'AIFM, ont la législation nécessaire pour autoriser l'extraction.
"Il manquait un appétit politique aux Etats-Unis pour en tirer partie. Et c'est le changement principal de cette nouvelle administration".
R.Adler--BTB