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Les voiliers-cargos de Towt gardent le cap malgré les vents contraires outre-Atlantique
Moins d'un an après le baptême de ses deux voiliers-cargos, Towt doit affronter les premiers vents contraires de la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump. Mais l'armateur havrais garde le cap de la décarbonation, avec six nouveaux navires prévus d'ici à 2027.
Toutes voiles dehors, la goélette Artémis glisse, dans un léger murmure, sur une mer d'huile, près de l'archipel des Glénan, au large de la pointe sud de la Bretagne. "Ce bateau, je l'aime", lâche le capitaine Olivier André, 49 ans, visage rond et pull marin.
"On a des moments, réellement, où le bateau nous donne du plaisir, ce qu'on n'a pas sur des navires de commerce plus classiques", poursuit-il, avec une légère pointe d'émotion. "Ça m'a redonné goût au métier qui devenait un peu ennuyeux", sourit-il.
81 mètres de long, 15 de large, 63 de haut... Livré en août 2024, le voilier géant Artémis est, avec son sistership Anemos, l'un des plus grands cargos au monde propulsé principalement à l'énergie éolienne.
D'une capacité de transport de 1.090 tonnes de marchandises, ses énormes voiles (2.100 m2) n'en sont pas moins "très maniables et très modulables" grâce à une unité hydraulique, explique Camille Roubinowitz, matelote de 30 ans.
Avec une simple télécommande, la jeune femme ouvre toutes les voiles en moins de 30 minutes, peu après la sortie du port de Concarneau (Finistère). "On peut manœuvrer seul des voiles qui nécessiteraient plusieurs dizaines de personnes sur un vieux gréement", explique celle qui a navigué sur le Bélem ou l'Hermione.
Grâce à la force du vent, Towt estime réduire ainsi de 95% les émissions de CO2 du transport maritime. Et depuis l'été dernier, la compagnie dit avoir évité 300 tonnes d'émission de gaz à effet de serre sur les produits qu'elle a transportés (champagne, vin, café, thé, boxes Internet, etc.).
- "Regarder le vent"-
Les marins réapprennent un métier oublié depuis près d'un siècle. Avec le matelot de quart, "on est beaucoup le nez dehors. On passe la plupart de notre temps à regarder le vent", décrit Lucie Fernandes, 26 ans, capitaine en second d’Artémis, qui apprécie la liberté de navigation permise par la voile.
"On s'inspire des vieilles trajectoires des navires de type clipper. Ça crée une émulation, un intérêt", abonde le commandant, qui dispose également des technologies les plus modernes de navigation.
"Les navires marchent bien, ça va vite et ça décarbone vraiment", vante Guillaume Le Grand, président et cofondateur de Towt (TransOceanic Wind Transport), qui a commencé le transport de marchandises à la voile sur des vieux gréements au début des années 2010.
Le Breton, qui réalise les deux-tiers de son chiffre d'affaires sur la liaison Le Havre - New York (en 20 jours), voit son modèle économique heurté par les droits de douane massifs décidés par le président américain Donald Trump.
"C'est un océan d'instabilité", reconnaît-il. "On ne sait pas ce qui va se passer. On est dans ce monde-là, tenu à une agilité, à une adaptabilité", dit-il, en affirmant disposer "de chargeurs qui sont fidèles, qui sont au rendez-vous".
Cette "agilité" du transport à la voile, avec des navires plus petits qu'un porte-conteneur, a d'ailleurs permis à Artémis de faire escale à Brest, avant Le Havre et New York, pour charger une partie de sa marchandise avant l'entrée en vigueur des droits de douane américains.
"On est également en train de se diversifier, notamment dans le pharmaceutique", qui n'est pas visée par les taxes de Trump, explique Guillaume Le Grand, en évoquant aussi de nouvelles routes possibles "dans le Pacifique, dans le Golfe de Guinée par exemple".
Pour autant, l'armateur n'entend pas complètement virer de bord. "On va continuer d'y aller" aux États-Unis, assure-t-il, alors que six nouveaux voiliers-cargos sont d'ores et déjà commandés.
La flotte de Towt devrait ainsi passer à cinq voiliers fin 2026 puis à huit en 2027. "Il y a un vrai engouement pour notre service, malgré ce contexte", assure M. Le Grand.
O.Lorenz--BTB