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ArcelorMittal demande "une application rapide" du plan européen pour l'acier avant de sortir le carnet de chèques
Après de meilleurs résultats que prévu au premier trimestre, Arcelor Mittal a continué de faire monter les enchères mercredi en demandant une application "rapide" du plan européen pour l'acier avant de réenvisager d'investir dans la décarbonation en Europe, notamment à Dunkerque en France.
"Une mise en oeuvre rapide du plan est maintenant requise pour s'assurer que la fabrication d'acier en Europe redevient compétitive et puisse continuer d'investir pour son avenir", a déclaré le directeur général du groupe Aditya Mittal dans le communiqué de résultats trimestriels du deuxième sidérurgiste mondial.
Fin 2024, ArcelorMittal avait suspendu son projet d'investissement massif -à hauteur de 1,8 milliard d'euros dont plus de 800 millions d'aide promise par l'Etat - dans la décarbonation de ses hauts fourneaux de Dunkerque, en arguant de la non compétitivité de l'acier produit en Europe.
Le sidérurgiste a aussi annoncé ces dernières semaines un plan d'économies pour tenter de regagner sa compétitivité en Europe avec le transfert d'activités support vers l'Inde portant sur 1.400 postes.
En France, le plan ne vise pas uniquement les fonctions support. Il porte aussi sur la production, avec 636 suppressions de postes prévues, dénoncées par les syndicats.
ArcelorMittal n'est pas seul dans son cas. Les difficultés des sidérurgistes implantés en Europe ont poussé la Commission européenne à se mobiliser et à annoncer il y a quelques semaines un plan d'action pour soutenir la production et protéger le commerce de l'acier.
- trop "tôt" -
L'acier européen est pris en étau entre la baisse de la consommation sur le Vieux Continent, la concurrence jugée déloyale d'acier à bas prix venu de Chine notamment, les prix de l'énergie élevés en Europe et, désormais, les nouvelles taxes douanières.
Avant de sortir le carnet de chèques pour financer de coûteuses installations à Dunkerque pour éliminer ou réduire ses émissions de CO2 et garantir la pérennité à long terme du site, ArcelorMittal demande un "accès à une énergie compétitive", un mécanisme d'ajustement carbone aux frontières "efficace" et des "défenses commerciales" face aux importations à bas coûts.
"Il y a désormais une bonne compréhension en Europe des défis auxquels l'industrie de l'acier fait face", a salué le directeur financier du groupe Genuino Christino lors d'une réunion d'analystes.
Le groupe a estimé que les perspectives en Europe sont "meilleures qu'il y a deux mois" et souligné l'impact du fonds d'infrastructure allemand récemment annoncé qui devrait "soutenir la demande" d'acier en Europe.
Mais, interrogé sur l'éventualité pour ArcelorMittal de quitter l'Europe au profit de l'Inde ou l'Amérique Latine, M. Genuino n'a pas démenti, se bornant à dire qu'il est trop "tôt" pour évoquer ce sujet, principale crainte des syndicats européens.
Alors qu'un comité d'entreprise se tenait mercredi également en France, Gaëtan Lecoq, secrétaire général de la CGT d'ArcelorMittal Dunkerque, a affirmé à l'AFP que le groupe "veut liquider ses activités européennes pour aller produire en Inde ou au Brésil où la marge est plus élevée que sur le Vieux Continent".
"Nous avons appris qu'il y aurait 295 suppressions de postes" à Dunkerque, a-t-il dit.
"Or il n'y a plus d'anciens sur ce site, ils sont déjà tous partis, ce sont des quarantenaires qui vont partir", et beaucoup d'emplois "dans la maintenance" vont disparaître alors qu'ils "manquent pour entretenir l'outil de travail": "La direction fait exprès de nous tirer une balle dans le pied pour mieux nous achever plus tard, ils sont en train d'accélérer notre chute" a-t-il estimé.
- "incertitude renouvelée" -
ArcelorMittal a quand même confirmé son enveloppe d'investissement pour ses projets de décarbonation, comprise entre 4,5 et 5 milliards de dollars, sans détailler par projet et par pays. Dunkerque n'a pas été cité.
Au premier trimestre, le groupe a dégagé un bénéfice net de 805 millions de dollars, en retrait de 14% par rapport au premier trimestre 2024, mais supérieur aux attentes des analystes.
Les analystes de Factset tablaient sur un bénéfice net de 429 millions de dollars, et ceux de Bloomberg sur 505 millions de dollars, après 938 millions de dollars au même trimestre en 2024, et une perte nette de 390 millions de dollars au quatrième trimestre 2024.
Sur les conséquences du conflit commercial déclenché par l'annonce de surtaxes douanières aux Etats-Unis, M. Mittal s'est voulu rassurant à court terme, soulignant que ses usines étaient réparties partout dans le monde et que les exportations représentaient "une partie relativement modeste" de ses ventes.
Néanmoins "l'incertitude renouvelée sur le commerce mondial heurte la confiance dans le domaine des affaires", a-t-il averti.
K.Thomson--BTB