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Record de l'ascension du Mont-Blanc: "Il y a encore une marge de progression", estime Benjamin Védrines
Nouveau détendeur du record de l'ascension du Mont-Blanc aller-retour depuis Chamonix (4 heures, 54 minutes et 41 secondes), Benjamin Védrines vit chacun de ses nouveaux exploits en montagne comme une "forme de résurrection" personnelle.
A 32 ans, ce guide de haute montagne, considéré l'un des plus grands alpinistes français, a déjà l'esprit tourné vers ses prochaines expéditions. Il a raconté mercredi à l'AFP son ascension éclair et quasi-improvisée du toit de l'Europe occidentale, réussie samedi 24 mai.
QUESTION: La journée de samedi a été particulièrement marquante dans votre carrière ?
REPONSE: "J'ai réalisé un rêve: gravir le Mont Blanc en faisant l’aller-retour le plus rapidement possible, depuis l'église de Chamonix jusqu'au sommet. Ce record possède une aura particulière chez les montagnards, il est presque mythique. Des maîtres comme Kilian Jornet, Stéphane Brosse ou Pierre Gignoux ont tous marqué son histoire. Si on m'avait dit enfant que j'en serai le détenteur, j'aurais eu du mal à y croire".
Q: Jornet avait établi en courant le précédent record en 2013, vous avez opté pour un mix de ski et de running, pourquoi ?
R: "Dans les années 90, les records réalisés à pied étaient plus courant. Une fois au sommet, certains alpinistes descendaient sur les fesses pour gagner du temps, allant jusqu'à mettre du WD40 (lubrifiant ndlr) sur leurs pantalons pour mieux glisser ! Les tentatives de record à ski sont un peu plus récentes. Il n'y a qu'une règle à respecter : on part avec le matériel sur soi et on revient avec. Mais le départ se fait toujours en courant car à Chamonix, au printemps, il n’y a plus de neige au sol"
Q: Vous préparez généralement vos expéditions sur plusieurs mois, quel a été le programme d'entraînement ?
R: "Cette fois, c'était plus opportuniste. J'avais ce rêve, mais je ne pensais pas que c'était possible. L'annulation de dernière minute d'une expédition au Denali (Alaska) m'a fait changer mes plans. J'étais à Chamonix, j'ai pensé au Mont Blanc et je m'y suis mis très sérieusement pendant deux semaines. Je connais assez bien le tracé, mais tout était à optimiser : des petits virages à prendre dans la ville aux moments des transitions entre skis et course à pied. Cet aspect improvisation a eu deux conséquences : d'un côté j'étais peut-être plus frais mentalement... de l'autre il y a eu énormément d'imprévus".
Q: Des imprévus ?
R: "Je savais qu'il y aurait du vent, mais pas à ce point. Sur les 500 dernières mètres de l'ascension, l'exposition est maximale et j'ai contracté une gelure de cornée à l’œil droit. Je ne m'en suis rendu compte que plus tard, après plusieurs chutes à la descente, heureusement sans trop de gravité. Imaginez faire du ski avec un œil en haute-montagne... J'avais presque fait une croix sur le record, mais dans les rues de Chamonix, la flamme s'est rallumée grâce aux encouragements. Voir mon entourage à l'approche de l'église, c'était un peu mon UTMB ! La dernière marche m'a ramené à la réalité : je l'ai ratée et je suis tombé une quatrième fois, à genoux".
Q: Comment analysez-vous ce record avec un peu de recul ?
R: "C'était loin d'être parfait, mais c'est aussi ça qui fait la beauté d'un tel projet. Cela a été une grande satisfaction de faire preuve de suffisamment d'abnégation pour continuer jusqu'au bout. Ce qui est certain, c'est qu'il y a encore une marge de progression et c'est magnifique pour la prochaine génération. C'est la force de la montagne, ce n'est pas évident d'aligner tous les bons paramètres le jour J. Rien ne s'est passé comme prévu pour ceux qui ont fait le record avant moi non plus et ce sera sans doute pareil pour les suivants".
Q: Vous avez pensé à retenter votre chance ?
R: "Pour ce printemps, non, j'ai une cheville à soigner ! C'était tellement dur que pour l'instant, je n'ai pas forcément envie d'y retourner, mais pourquoi pas dans un an ou deux.".
Propos recueillis par François D'ASTIER
M.Odermatt--BTB