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Dans les Landes de Gasgogne, quand la pomme de terre cultive son environnement
Moins d'engrais, moins de pesticides: dans ses champs bordés de pins des Landes, Samuel Allix veut prendre soin de son environnement autant que de ses pommes de terre. Une petite révolution culturale.
"Il faut l'envie de faire mieux", résume l'agriculteur, debout dans une parcelle couverte de plants aux larges feuilles vertes qui donneront d'ici quelques semaines de savoureuses "primeurs" destinées aux marchés alentour.
Devenu le principal producteur de pommes de terre fraîches de Gironde, il récolte le tubercule, fruit de près de 40 ans d'efforts, réalisés au diapason du terroir et des avancées techniques.
La société Allix produit 15 variétés de pommes de terre, commercialise 10.000 tonnes par an sur plus de 260 hectares - dont l'essentiel chez des agriculteurs partenaires dans un rayon de 30 km - pour un chiffre d'affaires annuel moyen de 6 millions d'euros.
L'agriculteur de 58 ans égrène une poignée de sable noir: on est loin des grandes terres de production des Hauts-de-France. "Ici, on a des terres sableuses, faciles à travailler mais qui ne retiennent pas l'eau", décrit-il.
"Alors on s'adapte: on a investi dans une planteuse, une machine haut de gamme de 100.000 euros, avec en plus une option engrais: en même temps qu'on plante, on place l'engrais (sous forme de granulés) à 3 centimètres sous la pomme de terre", explique-t-il.
Cela permet d'éviter qu'un gros orage, en lessivant la terre, emporte les fertilisants à peine épandus: cette efficacité a conduit à "réduire de 25% l'usage des engrais".
- "Herse étrille" -
Au bord du champ, à peine visibles en cette fin mai, de minuscules pousses de plantes mellifères sortent de terre: "Cela donnera des bandes fleuries et quand il fera sec, de quoi nourrir les abeilles noires qui vivent dans la forêt" voisine.
C'est en réalité tout le système cultural qui a évolué: Samuel Allix privilégie les rotations longues de cultures - il attend six ans avant de refaire de la pomme de terre sur une parcelle - pour "casser le cycle des ravageurs", et ses champs sont toujours couverts - alternant cultures, plantes mellifères ou fixatrices d'azotes.
Il ne laisse aucun déchet au champ, où des résidus de cultures pourraient se transformer en réservoir de parasites. "2.000 tonnes de déchets de pomme de terre vont en méthaniseur pour produire du biogaz et du digestat - un résidu formant un engrais naturel - qui est retourné aux cultures."
Vingt des 260 hectares travaillés sont en agriculture biologique: "Cela nous a appris à revenir au désherbage mécanique", explique-t-il, désignant une grosse machine équipée d'une "herse étrille", une sorte de gros râteau dont les dents, en vibrant, déracinent les mauvaises herbes.
"En 2024, on a généralisé le désherbage mécanique, pratiqué dans 80% des cultures. L'objectif, c'est 100% en 2025", dit-il.
"C'est possible dans un sol sableux, mais pas partout", reconnaît-il. Et si se passer des herbicides est à sa portée, ce sera plus difficile pour les fongicides.
- Fin des "produits magiques" -
Première culture vivrière au monde, la pomme de terre est fragile, soumise à un vaste cortège de parasites, dont le plus terrible est le mildiou qui peut "ravager un champ en cinq jours". Cette menace en a fait la culture la plus traitée aux pesticides derrière la vigne et la pomme.
Samuel Allix est tout de même passé "de 15 traitements en début de carrière à 8 aujourd'hui", quand la moyenne nationale est encore à 14,8.
Pour ce faire, il a à la fois investi dans du matériel de haute précision - une machine à épandre, des sondes météo pour intervenir au bon moment - et utilise des produits de biocontrôle pour éviter ou retarder l'usage de pesticides de synthèse.
"Avec la chimie, on a eu des produits magiques à un moment, puis le mildiou est devenu résistant. Le biocontrôle coûte plus cher mais il y a peu chances que le champignon développe une résistance", estime-t-il.
Avec ses agriculteurs associés, il teste sans cesse de nouvelles variétés et travaille pour baisser sa consommation d'eau et d'énergie.
"On a besoin que le grand public entende qu'on n'est pas sourds aux demandes de la société", insiste-t-il. Mais on ne peut "pas tout faire d'un coup".
G.Schulte--BTB