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Les peuples du Pacifique, sentinelles et porte-voix d'un océan menacé
"Nous vivons votre futur!" En première ligne face aux menaces environnementales, les îles du Pacifique ont rompu le ronronnement consensuel du sommet de Nice en appelant les pays riches à enfin mettre en pratique leurs discours sur la protection des océans.
"Parfois, nous avons l'impression que ces conférences ne sont qu'une perte de temps et que nous voyageons si loin pour pas grand-chose", a avoué mardi Surangel Whipps Jr., président des Palaos, lors d'une conférence de presse.
Le dirigeant, au visage impassible, de cet archipel de 340 îles et 21.000 habitants a parcouru plus de 12.000 km pour rejoindre la Côte d'Azur, où il a été l'un des premiers à mettre les dirigeants des pays riches face à leurs contradictions.
"Si vous voulez vraiment protéger les océans, prouvez-le", a-t-il lancé à l'ouverture de la conférence des Nations Unies sur les océans (Unoc), en appelant les États développés à mettre la main à la poche.
Côtes menacées de submersion marine, plages étouffés par des marées de plastique, coraux blanchis par la montée des températures, eaux poissonneuses pillées et fonds marins menacés par l'exploitation minière... "Nous vivons une situation d'urgence climatique. Et nous y sommes confrontés tous les jours", a décrit Ralph Regenvanu, ministre de l'Environnement du Vanuatu, archipel de 83 îles volcaniques (320.000 habitants).
"Nous vivons votre avenir. Si vous pensez être en sécurité, vous ne l'êtes pas", a-t-il prévenu.
- "De l'argent et encore de l'argent" -
Pour faire face à ces désastres environnementaux, "nous devons nous adapter pour protéger nos océans contre d'autres dommages, et cela signifie tout simplement: de l'argent et encore de l'argent", a souligné M. Whipps.
Or, "l'écart entre ce dont nous avons besoin et ce qui est disponible se creuse de façon dramatique", a-t-il pointé.
Les nations insulaires sont "des colosses avec des épaules gigantesques et des tout petits pieds", a appuyé Moetai Brotherson, président de la Polynésie française (118 îles, 300.000 habitants): "nous représentons moins de 0,1% du PIB mondial", réparti sur un tiers de la surface du globe.
Les 100 milliards de dollars d'aide, évoqués par le Costa-Rica avant la conférence de Nice, ne se sont pas matérialisés. Privés de ressources, les peuples du Pacifique ne peuvent même pas compter sur une action climatique déterminée des pays riches car "trop peu de choses sont faites et trop lentement", a rappelé Hilda C. Heine, présidente des îles Marshall (42.000 habitants sur 29 atolls).
"Notre sécurité dépend de l'action climatique et, sans action climatique, nous n'avons pas de sécurité", a abondé M. Regenvanu, dont le pays a saisi la justice internationale pour contraindre les États développés à réduire leurs émissions de CO2.
- "seuls au monde"-
Les énergies fossiles (gaz, charbon, pétrole), principales responsables du réchauffement climatique, ont été les grandes absentes du sommet de Nice: introuvables dans le projet de déclaration finale, à peine évoquées en conférence de presse.
"C'est la principale cause de la détérioration des océans, et nous n'en parlons pas assez", a regretté le ministre Regenvanu, en appelant la France à pousser pour une action plus ambitieuse en matière de réduction des émissions de CO2 en Europe.
"Parfois, on se sent seuls au monde", a confié à l'AFP Taivini Teai, ministre de l'Environnement de Polynésie. "Mais on doit se serrer les coudes et faire entendre aux pays industrialisés que c'est maintenant qu'il faut réagir."
En créant la plus grande aire marine protégée du monde, la Polynésie a montré l'exemple et largement surpassé les minces efforts de la France hexagonale en la matière.
Samoa a en outre annoncé cette semaine la création de neuf nouvelles aires marines protégeant 30% de ses eaux tandis que le Vanuatu et les Îles Salomon ont dévoilé un projet de parc marin commun gigantesque reliant les nations voisines du Pacifique, qui s'étendrait à terme sur 6 millions de km2.
"Cela en dit long sur la manière dont nous nous présentons à ces (conférences): en agissant, et pas seulement en parlant", a taclé Sivendra Michael, ministre de l'Environnement des Fidji (322 îles, 900.000 habitants).
M.Ouellet--BTB