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Cruciaux pour la santé des sols, des mille-pattes menacés d'extinction en France
Ils maintiennent en bonne santé les sols de nos plages et de nos forêts mais subissent à leur tour la pression de l'humanité et du réchauffement climatique: une espèce sur cinq des mille-pattes dit chilopodes est menacée de disparition en France.
Méconnus, ces prédateurs invertébrés de quelques centimètres, qui forment l'essentiel de la famille des mille-pattes avec leurs cousins diplopodes, constituent "d'excellents bioindicateurs de la qualité des habitats naturels", souligne l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Mais ce collectif d'institutions scientifiques, connu pour sa liste rouge des espèces menacées, publie mardi un "bilan préoccupant", au terme d'une évaluation inédite: trente-et-une des 146 espèces de chilopodes recensées en France sont "en danger" ou "en danger critique" d'extinction.
Le constat vaut aussi pour un autre animal, décrit comme un excellent témoin de la pollution de l'environnement: les "perles", des insectes aquatiques au stade larvaire et ailés au stade adulte, surnommés aussi "mouches de pierre". Un tiers des espèces en France sont menacées de disparition, selon l'UICN.
Aucune de ces espèces ne bénéficient de "mesures de protection ou d'actions de conservation ciblées", déplore le collectif, qui a fait établir ce bilan par l'Office pour les insectes et leur environnement (Opie) et le groupe Myria-France, qui regroupe des experts des mille-pattes.
Chilopodes et perles sont tous des "témoins du réchauffement climatique", qui assèchent notamment leurs sols et leurs cours d'eau, résume l'UICN.
Pour les mille-pattes, le danger est redoublé, selon les cas, par les coupes rases de la sylviculture intensive, la surfréquentation touristique ou le nettoyage mécanique des plages.
Vivant dans le sol ou sous les pierres et les bois morts, ils "jouent un rôle important dans la régulation de la microfaune et la régénération des sols", rappelle l'UICN.
En leur absence, "les ravageurs du bois, dont les larves peuvent être leurs proies, vont avoir tendance à proliférer", illustre Etienne Iorio, expert co-auteur du rapport.
- surfréquentation touristique -
Dans la réserve du lac de Rémoray (Doubs), raconte le scientifique, "il y a une hétraie-sapinière ancienne et très bien conservée, où on trouve deux espèces en danger d'extinction, dont l'Eupolybothre tridenté, une espèce assez grande qui peut avoisiner les 3 cm".
Le réchauffement climatique pourrait faire disparaître le hêtre de la plupart des régions françaises. Et "les chilopodes ne peuvent pas parcourir de grandes distances pour coloniser d'autres habitats favorables", souligne le spécialiste.
L'enjeu est aussi de taille car "quasiment une espèce sur deux est endémique ou subendémique", c'est-à-dire présente seulement en France ou aussi dans un pays voisin. "Si elles disparaissent ici, elles disparaissent du monde entier", avertit Etienne Iorio.
Parmi les menaces, "la sylviculture intensive incluant notamment la plantation d'arbres résineux aux dépens des feuillus (...) affecte plusieurs espèces", indique l'UICN.
Le bilan pointe encore "la surfréquentation touristique ou aussi l'urbanisation rampante". Ces pressions sont ainsi responsables, avec les incendies, de la mise en danger de la "Lithobie aux petites pattes", un chilopode de moins d'un centimètre qui survit dans les maquis d'arbousiers du relief littoral du massif des Maures, dans le Var et les Alpes-Maritimes.
Sur les plages, les banquettes salées formées par les posidonies, ces herbiers marins qui s'échouent sur le rivage, sont un autre trésor de microfaune dont trois espèces de chilopodes sont le prédateur en chef. Mais l'un deux, le "Géophile des algues méditerranéennes", a perdu 90% de son aire de répartition, à cause de l'artificialisation du sol et du nettoyage mécanique de la laisse de mer.
A l'inverse d'invertébrés populaires comme les papillons, les abeilles ou les libellules,"on a tendance à oublier les chilopodes", regrette Etienne Iorio, "alors qu'il est de plus en plus reconnu que le sol est une clé de voûte pour la bonne santé des habitats".
L.Janezki--BTB