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Energie: l'Assemblée nationale rejette le texte Gremillet
L'Assemblée nationale a largement rejeté mardi en première lecture la proposition de loi Gremillet sur la trajectoire énergétique de la France, profondément remaniée par le RN et la droite lors de son examen dans l'hémicycle la semaine dernière.
L'épisode est une nouvelle illustration du cheminement chaotique des textes à l'Assemblée, des divisions de la coalition gouvernementale et du parti LR, et du rapprochement de LR et du RN sur les questions environnementales, faisant dire à l'ancien Premier ministre Gabriel Attal qu'un "axe anti-écologie" s'est formé à l'Assemblée nationale.
142 députés ont voté pour, 377 contre. Le RN et son allié l'UDR ont fait face au front uni de la gauche et des groupes de l'ancienne majorité présidentielle (Ensemble pour la République, MoDem, Horizons). Ces derniers avaient annoncé lundi voter contre le texte d'origine sénatoriale, fustigeant notamment l'inscription d'un moratoire sur les énergies éolienne et solaire, à l'initiative de LR et du RN. LR s'est de son côté très majoritairement abstenu.
Le texte, dont l'ambition est de dessiner le futur énergétique de la France à l'horizon 2035, proposait dans sa version sortie de la chambre haute en octobre une relance ambitieuse du nucléaire, et des objectifs en matière d'énergies renouvelables.
Mais son examen a déraillé à l'Assemblée, en commission puis dans l'hémicycle. Après avoir voté dès l'entame des débats pour la "sortie des règles de fixation du prix du marché européen de l'énergie", les députés ont approuvé la réouverture de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), puis le fameux moratoire, qui a suscité l'indignation de toute la filière électrique mais aussi du principal syndicat agricole, la FNSEA.
Le texte va désormais partir pour une deuxième lecture au Sénat, les 8 et 9 juillet.
Mais le gouvernement pourrait publier sans attendre la fin de la navette parlementaire le décret sur la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE3), attendue par les acteurs de la filière, comme l'a dit à plusieurs reprises le ministre de l'Industrie Marc Ferracci.
- "Bon sens" -
Les explications de vote ont spectaculairement démontré les divergences entre les groupes macronistes et la Droite républicaine de Laurent Wauquiez.
M. Ferracci a affirmé "prendre acte" au nom du gouvernement d'un rejet du texte "nécessaire", après l'adoption de mesures "industriellement absurdes" et d'autres "dévastatrices pour nos territoires".
Auteur de l'amendement de la discorde sur le moratoire, le député LR Jérôme Nury a assumé la position de son groupe. "Le bon sens, c'est (...) se préoccuper de la souveraineté de notre électricité et de sa robustesse, tout en veillant au montant de la facture d'électricité des Français et des entreprises", a-t-il défendu, en raillant les "cris d'orfraie" de ses contradicteurs.
La gauche elle a fustigé un texte d'inspiration RN, et la "désertion" des troupes macronistes qui a permis sa réécriture.
Alors que Gabriel Attal avait fustigé lundi "un nouveau recul" pour l'écologie, accusant les groupes LR et RN d'avoir soutenu ces derniers mois "tous les retours en arrière majeurs sur l'environnement", la députée écologiste Julie Laernoes s'en est pris avec virulence à l'ancien Premier ministre.
"Aujourd'hui, vous annoncez voter contre ce texte. Grand bien vous fasse, mais sachez que ce vote ne vous absoudra pas. Depuis trois ans, vous avez gommé tout ce qui s'apparente de près ou de loin au climat et à l'écologie", a-t-elle tempêté.
Le député communiste Julien Brugerolles a lui pointé les "conditions" du débat, avec un texte mis à l'agenda tardivement et sous pression du RN, et n'ayant pas été précédé d'une "étude d'impact" comme le sont les projets de loi.
Mobilisé comme jamais sur ce texte, le RN peinait à cacher son amertume, après avoir engrangé des victoires tout au long de la semaine passée. "La victoire idéologique de Marine Le Pen est à la hauteur des aveux de tous nos adversaires défaits ici réunis", a fustigé le député Jean-Philippe Tanguy.
Devant la presse, il a rappelé son souhait que les débats parlementaires puissent aller à leur terme avant la publication du décret. Au cas contraire, le RN agite la menace d'une censure du gouvernement, comme l'a encore rappelé mardi le patron du parti Jordan Bardella.
Le rapporteur du texte, Antoine Armand (Renaissance), a lui espéré sur X que le débat trouve "une issue législative". Mais "dans l’attente, je souhaite que le gouvernement prenne ses responsabilités et donne par la PPE un cadre clair et ambitieux", a-t-il ajouté.
O.Krause--BTB