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Touché mais pas coulé, le géant verrier Arc tente de se relancer
Depuis les fours qui chauffent à 1.500 degrés un mélange de sable, soude et calcaire, le verre en fusion tombe dans des machines qui soufflent et moulent des pièces à un rythme infernal.
Dans sa cathédrale industrielle nordiste, le verrier Arc international mise sur une restructuration et de nouveaux actionnaires pour sortir des difficultés tout en tentant de réduire ses émissions.
Le groupe bicentenaire produit 3 millions d'assiettes, verres et gobelets par jour, la moitié dans son fief d'Arcques (Pas-de-Calais), 8e site industriel français en matière d'emplois, le reste aux États-Unis, en Chine et aux Émirats arabes unis.
Verres ballons, verres à bière, assiettes en verre opale vendues 59 centimes chez un grand distributeur suédois, Arc se revendique comme un leader mondial des arts de la table, avec ses marques Arcoror, Luminarc, Cristal d'Arques et Chef&Sommelier, tout en affrontant, comme le reste du secteur, des difficultés depuis des années.
En 20 ans, le site nordiste a fondu de 12.000 à 3.900 salariés, et ne compte plus que sept fours (5 au gaz et 2 électriques).
Déjà fragilisé par la concurrence, Arc a été durement touchée ces dernières années par la pandémie de Covid-19, la flambée des coûts de l'énergie et l'inflation, qui ont érodé ses ventes, sans compter deux épisodes d'inondations dans le Pas-de-Calais, l'hiver 2023‑2024.
Dans un énième sauvetage en avril, un plan de refinancement de 42 millions d'euros a été validé par la justice, sans l'appui des banques qui ne la financent plus. L’État a renoncé à une partie de ses créances et lui a accordé un nouveau prêt de 30 millions d'euros, s'ajoutant aux 138 millions prêtés entre 2020 et 2023.
- Arrêter la chasse aux volumes -
Deux nouveaux actionnaires ont été convaincus d'injecter de l'argent frais, sans licenciement. C4 Industries, société dirigée par Pascal Cagni, président de Business France, et Patrick Molis, PDG de la Compagnie nationale de navigation, ont chacun apporté 15 millions d'euros. L'actionnaire majoritaire américain arrivé il y a dix ans, Dick Cashin, a remis 12 millions au pot.
"On ne peut pas perdre ce fleuron industriel", justifie Pascal Cagni, qui explique avoir été séduit par cet outil productif "unique", avec des brevets d'innovation. "La société est débancarisée, mais même avec ce handicap, on voit qu'elle est résiliente", assure à l'AFP l'ancien dirigeant d'Apple Europe. Hors poids de la dette, le groupe dégage un résultat opérationnel positif depuis trois ans.
Fréderic Specque, délégué CGT, doute que ce plan sera "suffisant" faute de "visibilité sur les commandes": "ce n'est pas du verre qu'on va acheter prioritairement en ce moment".
Pour le directeur général Nicholas Hodler, il montre en tout cas "un signe de confiance".
Les actionnaires parient sur la poursuite du plan de transformation Arcadia lancé en septembre 2022 pour en finir avec la chasse aux volumes et aux produits à faible marge, à l'image des hublots de lave-linge qu'Arc a cessé de produire.
La priorité est donnée aux produits innovants: des assiettes spécialement produites pour les Ehpad avec une ergonomie adaptée, ou plus légères pour la restauration collective, du verre opale coloré, des verres à vin plus fins.
En parallèle, Arc continue de réduire ses coûts (mobilités internes, départs en retraite non remplacés, optimisation énergétique d'un four) tout en menant le délicat chantier de sa décarbonation. Un enjeu crucial pour le secteur verrier très dépendant du gaz qui lui fait rejeter en moyenne 500 kg de CO2 par tonne de verre produit, selon la fédération des industries du verre.
Le groupe voudrait profiter du renouvellement programmé d'un de ses fours à gaz à Arcques pour le convertir à l'électricité en 2027.
Mais il lui en coûterait le double d'un four conventionnel et il y a une incertitude. "On ne sait pas combien va coûter l'électricité dans les dix prochaines années" en France, souligne Grégoire Nollet, directeur innovation, en référence à la disparition fin 2025 du tarif régulé d'EDF très avantageux pour les industriels.
La décision dépendra du "soutien de la puissance publique", prévient Pascal Cagni.
A.Gasser--BTB