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En Indonésie, capturer les gaz de climatisation pour limiter le réchauffement climatique
Au sous-sol d'un complexe résidentiel de Jakarta, entouré des tuyaux du système de climatisation, Ari Sobaruddin mène un travail peu glamour mais inspirant: capturer les gaz de refroidissement afin de lutter contre le changement climatique.
Avec ses collègues, le technicien de 30 ans récupère le gaz réfrigérant des climatiseurs pour empêcher ce "superpolluant" climatique, des milliers de fois plus puissant que le dioxyde de carbone, de s'échapper dans l'atmosphère.
"J'adore ça parce qu'il s'agit de préserver la nature, de la sauver", confie à l'AFP cet employé de la société Recoolit, lancée en Indonésie en 2021 pour traiter les fluides réfrigérants, présents dans les climatiseurs, les réfrigérateurs ou les voitures.
Des recherches menées dans les années 1970 ont montré que les réfrigérants alors courants, appelés chlorofluorocarbures (CFC), détruisent la couche d'ozone.
Un accord international visant à les éliminer progressivement est entré en vigueur en 1989.
Mais si leurs substituts, notamment les hydrofluorocarbures (HFC), sont moins nocifs pour la couche d'ozone, ils présentent d'importantes propriétés de réchauffement climatique.
"Et ceux-ci se trouvent dans des unités de climatisation (...) partout dans les pays en développement", explique Yosaka Eka Putranta, responsable des opérations de Recoolit.
- "Problème croissant" -
Des accords internationaux ont été signés, visant à réduire progressivement les HFC, mais ces produits seront utilisés pendant encore plusieurs décennies.
Et la demande pour ces produits ne fait qu'augmenter en raison du changement climatique et parce que les classes moyennes en pleine expansion recherchent des solutions de climatisation.
"C'est un problème croissant car nous avons besoin que nos environnements intérieurs soient plus résilients au changement climatique", estime Robyn Schofield, professeure de chimie atmosphérique à l'Université de Melbourne.
Selon le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), les HFC devraient représenter entre 7 et 19% des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050.
Le risque de dispersion survient lors de l'entretien ou de l'élimination, lorsque des réfrigérants comme le HFC connu sous le nom de "R-134a" peuvent être libérés accidentellement ou volontairement.
En Indonésie, comme dans la plupart des pays, cette dispersion est illégale, mais l'application de cette interdiction est limitée.
"C'est inodore, impossible à repérer. La capture (du gaz) nécessite énormément de ressources: la machine, les hommes. Donc certains le laissent s'échapper", déplore Erik Cahyanta, directeur du développement commercial de Recoolit.
Un technicien reçoit 50.000 roupies (2,60 euros) par kilogramme de réfrigérant récupéré. Le réfrigérant récupéré est ensuite détruit à haute température dans un four ou un incinérateur.
- Crédits carbone -
Pour se financer, l'entreprise lève des fonds en vendant des crédits carbone pour les émissions évitées.
Le prix d'une tonne d'équivalent dioxyde de carbone est fixé à 75 dollars (64 euros), un prix plus élevé que de nombreux crédits vidant à empêcher la déforestation, mais inférieur à celui de l'élimination du carbone par d'autres technologies de pointe.
Alors que de nombreux crédits carbone sont vendus sur des bourses avec vérification par un tiers, Recoolit vend directement aux acheteurs, grâce à une méthodologie développée par le Carbon Containment Lab, une organisation à but non lucratif issue de l'Université américaine de Yale.
Les crédits carbone ont été l'objet de critiques ces dernières années. Pour Benja Faecks, analyste pour l'ONG Carbon Market Watch, "la compensation" peut donner l'impression "que les émissions peuvent simplement être effacées par des transactions financières".
Cela permet aux "pollueurs de revendiquer la +neutralité carbone+ ou de +nier les émissions en cours+ sans réellement réduire leurs propres émissions", a-t-elle déclaré à l'AFP.
Recoolit répond que ses crédits carbone sont robustes car ils détruisent de manière mesurable un gaz à effet de serre. Les bidons sont échantillonnés et l'analyse est ensuite effectuée par le seul laboratoire qualifié de la région, en Malaisie, pour confirmer que le contenu est constitué de réfrigérants, explique M. Putranta.
De plus, l'entreprise paie les fluides frigorigènes moins cher que le marché, évitant ainsi de créer un marché pour de nouveaux fluides frigorigènes.
La destruction des réfrigérants reste une part relativement faible du marché du carbone, même si certains acteurs clés y participent, notamment la société américaine Tradewater.
Recoolit a de son côté attiré l'attention de l'un des plus grands acteurs du marché, le géant américain du numérique Google, qui a annoncé récemment un partenariat avec Recoolit et avec une deuxième entreprise pour éviter des émissions équivalentes à un million de tonnes de dioxyde de carbone.
Contactée par l'AFP, Google n'a pas répondu dans l'immédiat mais a indiqué vouloir aider Recoolit à multiplier ses opérations par 10 et à s'étendre en dehors de l'Indonésie.
C.Meier--BTB