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Gestion de l'eau: les collectivités reprennent la main sur "le bien le plus précieux"
"L'eau n'est pas une marchandise, c'est le bien commun le plus précieux": comme le président de la métropole de Lyon, Bruno Bernard, de plus en plus de collectivités décident d'un retour en gestion directe de l'eau.
Les craintes croissantes sur la pérennité de la ressource et les enjeux de qualité de l'eau ont renforcé un désir de gérer en direct, né dès les années 1990, après des malversations dans certains marchés de l'eau.
La décision de la ville de Paris, première grande métropole à "remunicipaliser" l'eau, a marqué un tournant en 2009. Et cette tendance ne semble pas ou peu contestée, lors de ces élections municipales, d'autant que de plus en plus de collectivités sont aux prises avec des phénomènes de sécheresse hydrique ou à l'inverse d'inondations, ou des pollutions émergentes.
Celles-ci ont frappé de plein fouet Malandry, petite commune ardennaise dont l'eau est polluée par les "polluants éternels" ou PFAS, comme d'autres communes voisines du département ou de la Meuse.
"Le problème de l'eau est très lourd parce qu'on est tous les jours dedans", déclare à l'AFP la maire de la commune, Annick Dufils, décrivant des derniers mois "intenses" pour tenter de trouver une solution. Mais "les habitants sont mobilisés derrière moi", se félicite-t-elle.
Signe de la tendance: près de 48% de la population française vivait dans des collectivités où l'eau était gérée en régie publique en 2023 contre seulement 31% en 1998, selon l'observatoire national des services d'eau et d'assainissement (Sispea).
Concrètement, si la collectivité est toujours responsable de la distribution d'eau potable et de l'assainissement des eaux usées, elle peut soit choisir une gestion en régie publique, dans laquelle elle gère les services elle-même, avec ses propres moyens et ses propres salariés, soit confier cette gestion à un intervenant extérieur, et opter pour une délégation de service public.
Cette tendance à la "remunicipalisation" vient principalement d'une aspiration à "une gouvernance démocratique et citoyenne", déclare Dan Lert, président actuel d'Eau de Paris.
La régie de Bordeaux, créée lors de la dernière mandature, revendique un triplement du renouvellement des canalisations d'eau potable et d'eau usée, et malgré cela une baisse du prix moyen, selon sa vice-présidente écologiste de la métropole chargée de l'eau et de l'assainissement, Sylvie Cassou-Schotte.
- Des investissements colossaux à venir -
Une vision que conteste le principal rival du maire sortant Pierre Hurmic, l'ancien ministre macroniste Thomas Cazenave, qui souligne que "près de 20% de l'eau est encore perdue dans les fuites", soit un pourcentage égal à la moyenne française.
"En reprenant la gestion de l'eau en régie publique, nous avons mis fin à une logique de profit pour prioriser la préservation de la ressource, expliquait Bruno Bernard mi-janvier sur LinkedIn, vantant une baisse de 8% de fuites en deux ans.
Du côté des opérateurs privés, on tance des régies où "les tarifs de l'eau (...) augmentent deux fois plus vite qu'en délégation de service public", selon Aurélie Colas, directrice générale du syndicat professionnel des entreprises de l'eau (FP2E).
Une évolution que ne confirme que partiellement le Sispea: le prix de l'assainissement a connu entre 2009 et 2022 une trajectoire identique de +35% chez les collectivités gérées en régie et en délégation de service public (DSP). En revanche, le prix du mètre cube d'eau potable a crû de 25% en moyenne sur cette période dans les régies, contre 13% dans les collectivités en DSP.
Un décalage qui s'explique par un effet de "rattrapage", car beaucoup de petites régies communales fonctionnaient avec des prix très bas mais un service minimum, selon la FNCCR, une fédération de collectivités qui représente, pour la gestion de l'eau, plus de 51 millions d'habitants.
En revanche, un point ne soulève aucune contestation, quelque soit le mode de gestion retenu: les services d'eau et d'assainissement, qui investissent actuellement "en gros 6 à 7 milliards d'euros par an" dans leurs infrastructures, vont voir ce chiffre croître "de 60 à 80%" pour moderniser les réseaux, souligne Régis Taisne, chef du département cycle de l'eau à la FNCCR.
Et le poids de ces dépenses supplémentaires pèsera "obligatoirement sur le prix de l'eau et de l'assainissement, que ça soit l'opérateur public ou un opérateur privé qui porte les investissements", conclut Christophe Lime, président de France Eau publique.
ngu-gf-mla-mlx/cbn
F.Müller--BTB