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Dans la pollution de Touapsé, ville pétrolière russe frappée par des drones ukrainiens
Des colonnes de fumée noire s'élèvent mercredi dans le ciel de Touapsé, ville côtière du sud de la Russie, dont les habitants portent des masques pour se protéger de la pollution de l'air provoquée par des frappes de drones ukrainiens contre une raffinerie de pétrole.
L'Ukraine, qui tente de repousser l'offensive contre son territoire déclenchée par la Russie en février 2022, a intensifié ces dernières semaines ses frappes visant les infrastructures pétrolières russes: raffineries, ports et dépôts.
Une campagne qu'elle présente comme de justes représailles à l'offensive russe qui a ravagé de vastes zones du territoire ukrainien, tué des dizaines de milliers de civils et forcé des millions de personnes à fuir leur domicile.
Les vastes installations pétrolières de Touapsé ont été frappées à trois reprises par des drones ukrainiens ces dernières semaines. L'attaque la plus récente, dans la nuit de lundi à mardi, a entraîné l'instauration locale de l'état d'urgence et une épaisse colonne de fumée.
"La rivière était en feu", a témoigné auprès de l'AFP Vladimir, un retraité de 63 ans de Touapsé, tout en observant le ciel enfumé de la cité juchée au bord de la mer Noire.
Au gré des rafales de vent, l'odeur de pétrole brûlé et les fumées toxiques se sont répandues dans la ville aux routes et aux trottoirs recouverts d'une matière collante.
Les quelque 60.000 habitants de Touapsé ont été invités à rester chez eux, et les écoles fermées, alors que les autorités ont annoncé un niveau élevé de benzène dans l'air - un agent classé cancérigène présent dans le pétrole.
"Regardez, regardez moi ça", lance Ievguenia, une retraitée au visage masqué, un sac de courses à la main, pointant la couche de poussière noire et de suie recouvrant la carrosserie d'une voiture à proximité.
"C'est impossible de tout nettoyer rapidement. Ils nous ont bombardés trois fois en un mois", souligne celle qui, comme Vladimir, a préféré rester anonyme par souci de sécurité.
- Sol contaminé -
Le terminal pétrolier en feu se trouve juste à côté du centre-ville, près des zones piétonnes et de la route menant à la station balnéaire de Sotchi - une destination estivale prisée de l'élite russe, et notamment de Vladimir Poutine.
Le président russe s'en est pris à Kiev mardi, accusant le gouvernement ukrainien de recourir à des "méthodes manifestement terroristes" et d'intensifier ses attaques de drones "contre des infrastructures civiles".
"Les frappes sur des infrastructures énergétiques de Touapsé en sont le dernier exemple en date, et elles pourraient avoir de graves conséquences environnementales", a-t-il estimé.
De son côté, Kiev assure ne viser que des sites militaires et énergétiques afin de réduire la possibilité pour Moscou de financer son effort de guerre.
Trois personnes, dont une adolescente de 14 ans, ont été tuées à Touapsé lors des attaques ukrainiennes d'avril, selon les autorités locales.
Près de 600 personnes travaillent "en continu" pour limiter les conséquences de ces frappes, notamment dans le cadre d'une opération de dépollution environnementale, selon un message partagé sur Telegram par une cellule de crise régionale.
"Près de 10.000 mètres cubes de sol contaminés par le pétrole et d'eau mélangée d'hydrocarbure ont été collectés sur la côte et dans la rivière Tuapsé", indiquait-il également.
Pour les habitants de Tuapsé, ces frappes ukrainiennes les exposent aux conséquences concrètes de l'offensive russe menée en Ukraine depuis quatre ans.
"J'ai déjà vécu une guerre", confie Vladimir, en référence aux guerres de Russie en Tchétchénie, à quelques centaines de kilomètres de là, après l'effondrement de l'Union soviétique.
"Et en voilà une autre."
G.Schulte--BTB