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Electricité: chez Enedis, les "tours de contrôle" se préparent au scénario "ultime" des coupures hivernales
Dans cette agence de conduite régionale d'Enedis, près d'Orléans, les agents chargés de surveiller le réseau de distribution électrique se préparent depuis des mois au scénario "ultime" des "délestages", ces coupures de courant temporaires et localisées qui pourraient être organisées cet hiver en cas de pénuries d'électricité.
Près d'Orléans, dans l'enceinte ultra-sécurisée d'un bâtiment anonyme comme partout en France chaque année, les techniciens d'Enedis s'exercent à gérer le risque de délestages, ces coupures tournantes sur tout le territoire. Depuis la rentrée, dans la perspective d'un hiver difficile, les exercices se sont "intensifiés".
"Nous sommes prêts", rassure Olivier Loriot, directeur régional d'Enedis en Centre-Val de Loire au milieu des murs d'écrans de contrôle de l'agence de conduite régionale (ACR), qui surveille le réseau de distribution électrique pour cette zone, 24H/24, 7 jours/7.
La crainte de coupures a été ravivée après les dernières prévisions de RTE, le gestionnaire du réseau de haute tension, qui a averti vendredi d'un risque "élevé" de tensions sur le système électrique en janvier, en raison du redémarrage plus lent que prévu de réacteurs nucléaires d'EDF - près de la moitié sont encore à l'arrêt. En clair, la production électrique pourrait s'avérer insuffisante pour combler les besoins.
Encore impensable il y a quelques mois, un tel scénario sans lien avec des aléas climatiques serait "totalement inédit", souligne RTE, qui gère la distribution de l'électricité aux ménages, entreprises (hors gros industriels) et collectivités, soit 1,4 million de kilomètres de lignes de basse et moyenne tension.
Dans ces circonstances, RTE n'exclut pas de recourir au dispositif EcoWatt, sorte de "météo de l’électricité" et en particulier à l'activation de son signal d'alerte rouge, qui avertit la population d'un risque de coupures trois jours avant.
Le délestage, c'est LA mesure ultime pour éviter le "black-out", la panne généralisée et incontrôlable, martèle-t-on chez Enedis.
Mais il n'est pas "inéluctable", a souligné M. Loriot, en rappelant les leviers pour l'éviter tels que "les efforts de sobriété" promus par le gouvernement et "l'effacement" de la consommation des gros industriels, contre rémunération.
L'enjeu est d'écraser les pointes des consommation, qui s'étalent de 8h à 13h et de 18h à 20H, ces moments où la France s'éclaire, se chauffe, cuisine, travaille, produit en même temps.
Et si cela ne suffit pas? Les gestionnaires peuvent baisser la tension de 5%, une mesure permettant d'économiser 4% de consommation mais "imperceptible" pour l'usager si ce n'est une ampoule un peu moins vive. Et ce n'est qu'en "tout dernier recours" que des "délestages" pourraient être opérés par Enedis à la demande de RTE.
- Algorithme-
"Tours de contrôle" de la sécurité du réseau de distribution, les 28 agences de conduite régionale seraient alors chargées d'activer à distance d'un clic d'ordinateur ces coupures tournantes de deux heures, dans des quartiers à tour de rôle, sur tout le territoire. A l'exclusion de quelque 1.400 sites prioritaires: défense, production d'électricité mais aussi hôpitaux, prisons, selon une liste établie par les préfectures.
Trois jours à l'avance, "on reçoit un premier message de RTE" annonçant "une situation à risque", à J-2 les estimations sur le nombre de blocs de 100 MW à sevrer (un bloc équivaut à 100.000 clients), et à J-1 "on a un plan de délestage ciblé qu'on sera prêt à activer le lendemain, selon les choix d'un algorithme", schématise Sébastien Sarrazin, chef de l'ACR Centre-Val de Loire.
Après confirmation de RTE, la veille au soir du jour J, le site et l'application EcoWatt publieront la carte des départements potentiellement concernés et dès 21H30, les utilisateurs pourront vérifier si leur adresse est située dans le plan de délestage.
Les baisses de tensions et les délestages sont opérées au niveau des "postes-sources" (2.300 en France): visibles dans la campagne ou parfois cachés dans des immeubles, ces sortes de petits bâtiments renferment plusieurs "départs", des sortes de disjoncteurs permettant d'alimenter des quartiers ou des villages.
"En cas de délestage, un ou plusieurs +départs+ pourront être coupés afin de maintenir un équilibre production/consommation", résume Sandrine Hartmann, cheffe de département "postes-sources".
Au coeur d'un marathon hivernal, les agents d'Enedis ont d'ores et déjà un nouvel entraînement national prévu dans quelques semaines.
K.Brown--BTB