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L'heure des réquisitions au procès de l'attentat de Magnanville
La parole est à l'accusation mardi au procès de Mohamed Lamine Aberouz, jugé par la cour d'assises spéciale de Paris pour complicité dans l'assassinat, au nom de l'organisation Etat islamique, d'un couple de policiers à leur domicile de Magnanville (Yvelines) le 13 juin 2016.
Le seul accusé -- le tueur Larossi Abballa a lui été neutralisé par les policiers du RAID lors de l'assaut pour libérer l'enfant du couple retenu en otage -- doit répondre de complicité d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique, complicité de séquestration de mineur et association de malfaiteurs terroriste criminelle.
L'homme, âgé de 30 ans, encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Les deux avocates générales ont prévu de requérir "toute la matinée" pour démontrer sa culpabilité.
Vendredi, lors de l'interrogatoire de l'accusé, l'une des magistrates avait relevé qu'à "aucun moment" ce dernier n'avait "manifesté une opposition à l'Etat islamique".
L'accusation repose essentiellement sur une trace ADN, retrouvée sur le repose-poignet de l'ordinateur portable des victimes et qui indique, selon le ministère public, que l'accusé était présent au domicile des victimes le soir de leur assassinat.
La défense de Mohamed Lamine Aberouz soutient que cette trace provient d'un "transfert" d'ADN entre la voiture de Larossi Abballa, où ont aussi été isolées des traces génétiques lui appartenant, et l'ordinateur des victimes.
La semaine dernière, des experts étaient venus dire à l'audience que cette hypothèse était peu probable, sans pour autant l'exclure totalement.
Le ministère public souligne également la fragilité de l'alibi de l'accusé qui affirme s'être rendu dans une mosquée des Mureaux le soir du double assassinat.
Or, aucun témoin, à l'exception de certains de ses frères, n'a été en mesure de le confirmer durant l'enquête ni à l'audience.
Des enquêteurs sont venus dire à la barre que le téléphone de l'accusé n'avait pas "borné" le soir du crime au niveau de la salle de prières où M. Aberouz a dit se trouver, mais "accroché" une autre borne. "C'est faux", ont répondu ses avocats qui ont tenté de démontrer que cette borne correspondait bien au périmètre de la salle de prières.
- "Haine de la France" -
L'accusation devrait également insister sur la "panique" de l'accusé après le crime. Dans la nuit du 13 au 14 juin, il a réinitialisé son compte de messagerie Telegram, puis déposé des ordinateurs, tablettes et clés USB chez un ami.
"J'ai eu peur", s'est-il justifié. Le tueur Larossi Abballa était un ami d'enfance et un proche de son frère aîné, Charaf-Din Aberouz, connu des services antiterroristes, condamné à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte terroriste en 2011.
Après les réquisitions, les avocats de la défense Vincent Brengarth et Nino Arnaud plaideront l'acquittement pour leur client qui, tout au long de son procès, a clamé son innocence. Leurs plaidoiries, qui commenceront mardi après-midi, devraient durer "environ quatre heures", a précisé Me Brengarth.
Pour les avocats des parties civiles qui ont plaidé lundi, "il n'existe pas de doute raisonnable" qui permettrait à Mohamed Lamine Aberouz d'échapper à ses responsabilités.
"Il a le profil idéologique d'un rigoriste assumé", a notamment plaidé Thibault de Montbrial, avocat de la famille de Jessica Schneider, 36 ans, fonctionnaire de police au commissariat de Mantes-la-Jolie, égorgée sous les yeux de son fils de trois ans.
Son compagnon, Jean-Baptiste Salvaing, 42 ans, commandant au commissariat des Mureaux, a été tué un peu plus tard par Abballa de neuf coups de couteau à l'abdomen alors qu'il s'apprêtait à rentrer chez lui.
Lors du procès, a rappelé Me de Montbrial, l'accusé a exprimé sa "haine de la France, de la laïcité, des valeurs de la République".
Antoine Casubolo-Ferro, avocat de l'Association française des victimes du terrorisme, partie civile au procès, a relevé un "lapsus" de l'accusé qui, au cours de son interrogatoire a dit que l'ordinateur des victimes avait été ouvert "au moment où (il n'était) pas là". "Cela résonne comme un aveu", a estimé l'avocat.
Le verdict est attendu mercredi.
W.Lapointe--BTB