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ALEX BODI ȘI AMBASADORUL REPUBLICII SUDANUL DE SUD, GUM DOMINIC MATIOK, DISCUTĂ LA BERLIN DESPRE POSIBILITATEA ÎNFIINȚĂRII UNUI CONSULAT ONORIFIC LA BUCUREȘTI
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Le grand âge, victime chronique du manque d'argent et de mobilisation
Appareil auditif oublié, toilette incomplète, repas expédié: des voix s'élèvent depuis des années pour dénoncer dysfonctionnements et maltraitance dans les Ehpad, rappellent les acteurs du secteur, qui regrettent un manque de moyens et de mobilisation de la société sur ce sujet.
Dans le livre-enquête "les Fossoyeurs" publié mercredi, le journaliste indépendant Victor Castanet décrit un système où les soins d'hygiène, la prise en charge médicale, voire les repas des résidents d'un Ehpad du groupe Orpea sont "rationnés" pour améliorer la rentabilité. Ces révélations, contestées par le groupe, ont provoqué une onde de choc dans la société française.
Mais Claudette Brialix, présidente de la Fédération nationale des associations et amis de personnes âgées et de leurs familles, n'est, elle, "pas du tout" surprise. "Les problèmes de prise en charge des résidents sont connus depuis longtemps", souligne-t-elle auprès de l'AFP. "Ce qui est inadmissible, c'est qu'on en soit toujours là, qu'on ne mette pas les moyens" pour améliorer la situation.
Le sujet avait déjà été mis en lumière lors de précédentes révélations. Une émission d'Envoyé spécial, en 2018, avait notamment pointé de graves carences dans les soins apportés aux résidents d'Ehpad privés.
"Les établissements privés, ce sont les arbres qui cachent la forêt des Ehpad publics", estime Sylvie (prénom d'emprunt), présidente d'une association de familles de résidents des Ehpad d'une grande municipalité. Pas de brossage de dents, limitation des changes, gestes rapides qui provoquent des hématomes: elle énumère les négligences, voire les maltraitances, dénoncées par les familles.
- Maltraitance "systémique" -
Les professionnels du secteur reconnaissent des dysfonctionnements. "Il existe une maltraitance systémique dans tous les établissements car il y a un manque de personnels et de moyens partout en raison d'un sous-financement", affirme Pascal Champvert, président de l'AD-PA, l'association des directeurs d'Ehpad et de services à domicile
La mère de Françoise (prénom d'emprunt) a passé un an dans un Ehpad public, avant son décès, en 2019. "Le personnel ne lui donnait pas son traitement contre le glaucome et elle a perdu la vue d'un oeil", témoigne-t-elle. Elle se souvient d'un manque de personnel permanent et d'une "omerta" face aux maltraitances.
La France compte un peu plus de 7.500 établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), où vivent 606.400 résidents, selon les chiffres 2020 du service statistique des ministères sociaux (Drees). La moitié sont publics, 30% privés associatifs et 20% privés lucratifs.
A l'heure actuelle, les dépenses liées au grand âge sont estimées à 30 milliards d'euros par an. Elles pourraient exploser avec la génération baby boom de l'après-guerre.
La loi grand âge, réclamée de longue date par les professionnels, devait donner davantage de moyens au secteur, revaloriser des métiers qui peinent à recruter et préparer la France à affronter la hausse du nombre de seniors en perte d'autonomie. Maintes fois promise et reportée par l'exécutif, elle a finalement été abandonnée.
- Pression citoyenne -
"C'est une question d'argent mais aussi de détermination politique pour mettre ce sujet en haut de l'agenda", relève la spécialiste d'éthique Alice Casagrande, qui préside une commission au sein d'instances publiques consultatives sur la lutte contre les maltraitances. Et pour inciter les pouvoirs publics à s'emparer du sujet, "c'est aux citoyens de mettre la pression".
Les associations de soutien aux personnes âgées déplorent justement le manque d'intérêt et de mobilisation du grand public sur le sujet.
"La France est restée sur quelque chose d'ancestral, où la vieillesse n'est pas une affaire d'Etat mais une affaire privée, les familles doivent se débrouiller", avance Bernard Ennuyer, sociologue spécialiste du vieillissement, qui défend le maintien à domicile.
"Privé ou public, c'est le même combat. L'Ehpad n'est pas un endroit sympa pour finir sa vie et les Français veulent rester chez eux", souligne-t-il.
Les pouvoirs publics n'ont toutefois guère financé le développement du secteur des services à domicile.
Dans un rapport publié la semaine dernière, la Cour des comptes indiquait que l'offre de soins à domicile restait insuffisante en France et très inférieure à celle en Ehpad. En 2016, elle estimait déjà qu'il était nécessaire d'améliorer l'organisation de la politique de maintien à domicile.
K.Thomson--BTB