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Burkina: la junte rétablit la Constitution, des émissaires internationaux rencontrent Kaboré
La junte qui a pris le pouvoir il y a une semaine au Burkina Faso a rétabli lundi la Constitution qu'elle avait suspendue, le jour d'une rencontre avec une délégation de la Communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) et de l'ONU qui a pu s'entretenir avec le président renversé Roch Marc Christian Kaboré.
"Une partie de la délégation est allée voir l’ancien président Kaboré la où il se trouve" en résidence surveillée, a déclaré un membre de cette mission conjointe Cédéao-ONU.
M. Kaboré avait été contraint à la démission le 24 janvier après avoir été arrêté par les putschistes, puis placé en résidence surveillée dans une villa de Ouagadougou.
Auparavant, le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR, junte) avait annoncé assurer "la continuité de l'Etat en attendant la mise en place des organes de transition", selon un "acte fondamental" de 37 articles lu à la télévision nationale par un de ses membres, le lieutenant-colonel Cyprien Kaboré.
Le texte précise que "l'acte fondamental lève la suspension de la Constitution", qu'il complète jusqu'au retour à l'ordre constitutionnel à une date qui n'est pas précisée.
"Le MPSR est l'organe central de définition et d'orientation de la politique sécuritaire, économique, sociale, de développement et de la restauration de l'intégrité territoriale", et son président est le "président du Faso, chef de l'Etat, chef suprême des forces armées nationales", poursuit le document.
L'acte fondamental garantit l'indépendance de la justice et la présomption d'innocence, ainsi que les libertés fondamentales contenues dans la Constitution, en particulier la liberté de circuler, la liberté d'expression et celle de la presse.
Un décret lu à la télévision a par ailleurs mis fin aux fonctions du chef d'état-major des armées, Gilbert Ouedraogo, dans un pays en proie depuis 2015 à des attaques de groupes jihadistes de plus en plus fréquentes, que le pouvoir de M. Kaboré n'a pas réussi à contenir.
La délégation conjointe de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédeao) et de l'ONU est conduite par Shirley Ayorkor Botchway, ministre ghanéenne des Affaires étrangères, et Annadif Mahamat Saleh, représentant spécial de l'ONU pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel (Unowas).
- Suspension de l'UA -
Après sa suspension vendredi des instances de la Cédéao, le Burkina Faso l'a été lundi de celles de l'Union africaine (UA) "jusqu'au rétablissement effectif de l'ordre constitutionnel dans le pays", comme le Mali et la Guinée voisins, où des militaires ont également pris le pouvoir.
Samedi, la Cédéao avait déjà envoyé une délégation de plusieurs chefs des armées de la région pour rencontrer le chef de la junte, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba.
La junte avait à cette occasion "réaffirmé son engagement vis-à-vis des organisations sous-régionales et internationales".
Les dirigeants de la Cédéao se réuniront jeudi à Accra, au Ghana, pour étudier les résultats de ces deux missions et décider d'éventuelles sanctions supplémentaires contre le Burkina.
Le lieutenant-colonel Damiba ne s'est exprimé publiquement qu'une fois, dans une allocution jeudi soir à la télévision nationale.
S'il a fait de la sécurité sa "priorité", il s'est aussi engagé au "retour à une vie constitutionnelle normale", "lorsque les conditions sont réunies", sans préciser de durée.
Il a également indiqué que son pays avait "plus que jamais besoin de ses partenaires" internationaux.
Dimanche soir, l'état-major français a annoncé avoir tué 60 jihadistes dans le nord du pays, lors d'une opération conjointe avec les forces burkinabè.
Le Burkina Faso, qui abrite des forces spéciales françaises, est un allié majeur de Paris dans la lutte antijihadiste.
- Procès Sankara suspendu -
Lundi, à la reprise du procès des assassins présumés de l'ex-président Thomas Sankara (1983-1987) et de 12 de ses compagnons en 1987 - interrompu par le putsch -, le tribunal militaire de Ouagadougou a décidé de le suspendre jusqu'au "rétablissement de la Constitution", ce qui vient d'être fait.
M. Damiba semble pour le moment pouvoir compter sur plusieurs soutiens, la population, la société civile et des partis d'opposition à M. Kaboré.
Dans le sillage du Mali et du Niger, le Burkina Faso est pris depuis près de sept ans dans une spirale de violences attribuées à des mouvements jihadistes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique, qui ont fait plus de 2.000 morts et contraint au moins 1,5 million de personnes à fuir leurs foyers.
Plusieurs attaques récentes particulièrement meurtrières avaient amplifié l'exaspération de la population contre le régime de l'ex-président Kaboré.
K.Brown--BTB