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La rénovation urbaine doit redevenir une "priorité politique", plaide Patrice Vergriete
Le nouveau patron de l'Anru, l'agence qui pilote depuis vingt ans la transformation des quartiers populaires, souhaite remettre la question de la rénovation urbaine au coeur des priorités politiques et enclencher un troisième programme Anru.
Nommé vendredi à la tête de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine, Patrice Vergriete a effectué mardi son premier déplacement à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), dont l'intercommunalité abrite "le plus grand projet Anru de France", selon son président Mathieu Hanotin.
"Aujourd'hui, la rénovation urbaine n'est pas à l'agenda politique et mon job est de le remettre à l'agenda", a déclaré l'ex-ministre du Logement puis des Transports dans un entretien à l'AFP.
"Est-ce qu'on veut des quartiers relégués ou une ville équilibrée, capable d'anticiper le changement climatique ?", interroge le premier édile de Dunkerque (Nord), qui entend conserver son mandat.
Née en 2004 sous l'impulsion de l'ex-ministre de la Ville Jean-Louis Borloo, l'Anru est connue pour ses spectaculaires opérations de démolition-reconstruction de tours et barres d'immeubles, dont l'objectif est de désenclaver les quartiers populaires pour améliorer la qualité de vie et la sécurité de leurs habitants.
Elle intervient aujourd'hui de plus en plus sur la réhabilitation du bâti existant ainsi que sur la transformation de l'espace public et la création de nouveaux équipements.
En vingt ans, deux grands programmes se sont succédé, dont le dernier (NPNRU), doté de 12 milliards d'euros, doit s'achever en 2030.
Un rapport très attendu sur l'avenir de l'agence doit par ailleurs être rendu public ce mois-ci.
"Il ne doit pas y avoir de débat sur le prolongement de l'Anru et je souhaite qu'il y ait une Anru 3", plaide Patrice Vergriete, pour qui cette agence "a largement démontré son utilité en changeant la vie des gens".
Les débats sur son avenir portent à la fois sur son périmètre d'action et son mode de financement.
Le NPNRU est aujourd'hui financé par l'organisme paritaire Action logement (8,4 milliards d'euros), ainsi que par les bailleurs sociaux (2,4 milliards d'euros) et l'Etat (1,2 milliard).
- Ambiguïté -
L'Anru doit-elle par ailleurs continuer à se concentrer sur les seuls quartiers prioritaires? Ou bien faut-il l'élargir à la résorption de l'habitat indigne dans les villes hors quartiers prioritaires, voire à la relocalisation d'habitations menacées par l'érosion côtière?
"Il y a une forme d'ambiguïté dans le terme de rénovation urbaine parce qu'aujourd'hui la rénovation ne concerne que les quartiers +politique de la ville+ mais vous pouvez aussi en faire là où il y a beaucoup de logements vacants", reconnaît Patrice Vergriete.
Sur ce point, le nouveau président de l'Anru ne souhaite pas "préempter les débats en imposant (sa) vision", mais plutôt "être l'artisan du rapprochement des différents points de vue", seul moyen selon lui de décrocher des financements à la hauteur des enjeux.
Sur le terrain, des élus se plaignent de voir arriver au compte-goutte les crédits Anru pour des raisons budgétaires, retardant certains projets.
Au départ inexistant, le budget de l'agence pour 2025 sera finalement abondé à hauteur de 50 millions d'euros.
"Je pense qu'il y a une prise de conscience du fait que l'État devra aussi faire sa part", commente M. Vergriete, pour qui "cette participation devra augmenter en 2026".
Interrogé sur le bilan de l'agence, critiqué après les émeutes déclenchées à l'été 2023 par la mort du jeune Nahel à Nanterre, l'ex-ministre du Logement le juge au contraire "très positif".
"S'il n'y avait pas de politique de la ville, la situation serait bien pire", balaye-t-il en rappelant que les émeutes n'ont pas touché que des quartiers prioritaires.
"L'Anru est un succès pour la transformation de l'urbain, mais ce n'est peut-être pas vrai du volet social qui a été le parent pauvre de la politique de la ville", estime-t-il.
Quant à l'objectif d'améliorer la mixité sociale dans les quartiers, l'une des promesses initiales de l'Anru, le maire de Dunkerque trouve que cette dernière "n'a pas échoué".
"Passer d'un quartier qui concentre les difficultés sociales à un quartier populaire qui se banalise, c'est déjà un progrès gigantesque et la diversification du peuplement viendra dans le temps", juge-t-il en rappelant "qu'il faut parfois 50 ans pour changer l'image d'un quartier".
G.Schulte--BTB