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En Ukraine, ONG et vétérans en quête de fonds après l'arrêt de l'aide américaine
Visage fermé, prostré dans un fauteuil, un vétéran ukrainien attend son psychologue qui l'aide à atténuer la souffrance engendrée par ses souvenirs de trois années de guerre.
La consultation se déroule dans les locaux de Veteran Hub à Vinnytsia, à 250 kilomètres de Kiev, une ONG qui s'occupe de la réinsertion d'anciens combattants et du soutien à leurs familles.
Mais le soldat risque de rester seul avec ses traumatismes, comme les 800 autres bénéficiaires de l'organisation.
Celle-ci a déjà dû fermer durant une semaine à cause de l'arrêt brutal de l'aide américaine le 27 janvier, avant de rouvrir grâce à un financement local temporaire.
Une très mauvaise nouvelle pour l'Ukraine, première bénéficiaire d'USAID avec près de 38 milliards de dollars reçus depuis le début de l'invasion russe en février 2022.
Le gel des aides, prévu pour durer au moins 90 jours, le temps d'un audit, plonge les ONG ukrainiennes dans l'inconnu.
Faute de fonds propres, la plupart ne pourront payer les travailleurs humanitaires, entraînant un arrêt immédiat d'une foule de programmes.
"On était confus et choqués. Pendant une semaine, nous avons été contraints d'arrêter le travail", explique Anastassia Bounytch, 32 ans, sourcils froncés sur ses yeux bleus. "Mais nous avons directement commencé à chercher des solutions".
- Peur des représailles -
Veteran Hub, dont Anastassia dirige le bureau de Vinnytsia, est l'une des rares organisations humanitaires à communiquer publiquement sur les conséquences de l'arrêt de l'aide américaine, appelant le secteur privé et les administrations ukrainiennes à la rescousse.
En réponse, la mairie de Vinnytsia a débloqué 105.000 euros sur trois mois, le temps de chercher "un nouveau donateur à long terme", selon Anastassia, qui ne croit pas au retour d'USAID.
La plupart des ONG se murent, elles, dans le silence, préférant attendre le résultat de l'audit américain, plutôt que de risquer le courroux de l'imprévisible administration en la critiquant.
Sur une note plus légère, les jeunes employés de Veteran Hub, qui ont échappé de peu au chômage, arborent fièrement des badges qui les félicitent d'avoir "préservé leur santé mentale en temps de crise".
Un défi gigantesque, alors que 54% des Ukrainiens présentent des troubles psychologiques, selon une étude publiée dans la revue médicale The Lancet, et qu'il faudra réinsérer quelque 1,2 million de vétérans actuels, et 5 millions estimés à terme.
Parmi ces derniers, nombreux sont ceux à sombrer dans l'alcool, note Mikhaïlo, employé chez Veteran Hub et ancien bénéficiaire.
"Quand l'aide a été suspendue, ils m'ont écrit pour me dire +merde, où allons-nous aller?+", explique l'immense trentenaire à l'AFP.
Selon lui, certains bénéficiaires ont de leur propre initiative "lancé des collectes de fonds".
- "Épidémie" -
A Kramatorsk, à une vingtaine de kilomètres de la ligne de front orientale, les locaux de l'ONG Club Svitanok sont clairsemés.
Dans ce petit local, les personnes tombées dans la drogue et marginalisées peuvent bénéficier d'un soutien médico-social ou utiliser des machines à laver fournies par USAID, un donateur "flexible, à l'écoute", selon Natalia Bezeleva, la directrice.
Jusqu'au 27 janvier, son ONG fournissait, entre autre, une aide humanitaire d'urgence et des autotests pour dépister le VIH dans cette population à risque dans une région déchirée par 10 ans de conflit. Aujourd'hui, la pénurie menace.
"Ça risque de provoquer une nouvelle vague d'épidémie", prédit-elle, d'autant que l'invasion russe a ravagé le système de santé régional qui "sans aide, ne pourra se relever".
Natalia ne croit pas à une reprise des financements après la période de 90 jours, compte-tenu de l'ampleur de l'audit. En plus, "il est fait par des gens qui ne comprennent pas ce qu'il se passe...".
Elle se tourne donc vers des fonds nationaux, dont l'ONG dépendait avant 2022, "mais ce n'est pas le moment idéal", car avec l'invasion, la priorité budgétaire du gouvernement, c'est l'armée.
Avec le retour de Donald Trump, Natalia s'attendait à des changements, car USAID a des défauts réels. "Mais là, il a jeté le bébé avec l'eau du bain".
Malgré tout, elle jure de ne licencier personne, d'autant que nombre d'employés sont d'ex-bénéficiaires et des déplacés de Donetsk, ville aux mains des Russes depuis 2014.
"Nous allons réduire les salaires, transférer des gens sur d'autres projets...", explique-t-elle, "notre plus gros problème, c'est notre voisin russe. Pour le reste, on va gérer".
D.Schneider--BTB