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Bottes, bérets et drapeau: en Russie, le "patriotisme" dès le préau
Autant ému qu'impressionné, Ivan, 7 ans, monte sur l'estrade de son école, près de Moscou. Anatoli, un ex-paramilitaire russe de Wagner de retour du front ukrainien, lui remet un drapeau. De quoi exalter le "patriotisme" de l'élève.
Depuis le début de l'offensive russe contre l'Ukraine, qui entrera le 24 février dans sa quatrième année, les cérémonies "patriotiques" se sont multipliées en Russie. Parfois dès l'école élémentaire, comme dans celle d'Ivan.
Le garçon qui vit à Istra, à 40 km au nord-ouest de Moscou, est récompensé lors d'une cérémonie pour les dessins, messages et cadeaux qu'il a envoyés aux soldats russes.
Le visage masqué et la poitrine lestée de médailles, Anatoli, alias "le corbeau", offre à Ivan un drapeau dédicacé par d'anciens combattants du groupe paramilitaire Wagner qui poursuivent leur mission en Ukraine, après avoir signé avec le ministère russe de la Défense.
Aliona Ilina, la mère d'Ivan, est convaincue qu'il faut inculquer aux enfants "le patriotisme" et leur "expliquer dès le plus jeune âge qu'ils sont les futurs défenseurs de leurs familles et de leur peuple".
"J'ai dit à mon fils que nos gars au front avaient besoin de soutien", confie-t-elle à l'AFP.
Iouri, 39 ans, démobilisé après une mission près de Bakhmout, ville détruite par les combats et occupée par les Russes en Ukraine, raconte qu'il accrochait les lettres d'enfants "sur les murs de [son] abri temporaire".
"C'était comme des icônes pour nous", se souvient-il, après la cérémonie dans l'école.
-"Armée des jeunes"-
Vladimir Poutine voit dans l'actuel conflit une lutte existentielle contre des "néo-nazis" -- comme au temps de la Grande Guerre Patriotique, lorsque l'Union soviétique a combattu l'envahisseur nazi, entre 1941 et 1945.
Kiev et ses alliés rejettent ce narratif, jugeant que Moscou veut conquérir des territoires ukrainiens et soumettre l'Ukraine.
Quatre-vingts ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'URSS a disparu, mais l'attrait pour les organisations de masse a en partie survécu en Russie.
Dans l'école d'Ivan, environ 20 des 300 élèves de 7 à 18 ans ont ainsi adhéré à "L'Armée des jeunes", un mouvement patriotique créé en 2016 par la première femme dans l'espace, la cosmonaute Valentina Terechkova, aujourd'hui âgée de 87 ans.
"En 2024, nous avons envoyé plus de 2.000 lettres à nos soldats", explique à l'AFP Tatiana Kalouguina, professeur de musique et de dessin qui préside l'état-major de "l'Armée des jeunes" à Istra.
"Nos enfants travaillent dans un centre qui collecte l'aide humanitaire (pour les militaires, ndlr). Ils enregistrent des messages vidéo pour nos soldats à chaque fête", dit-elle.
Selon Mme Kalouguina, les parents soutiennent la participation de leurs enfants à l'"Armée des jeunes", car "ils y apprennent la discipline, l'ordre, la responsabilité et le sens de l'équipe".
Sur son site, le mouvement dit compter plus de 1,7 million de jeunes Russes de 8 à 18 ans.
- "Fatigués de la guerre" -
Dans les salles de classe, une nouvelle discipline, "les conversations importantes", et de nouveaux manuels ont fait leur apparition. Objectifs: justifier l'intervention en Ukraine, doper le patriotisme et glorifier le passé soviétique.
Fin janvier, Vladimir Medinski, ex-ministre de la Culture et conseiller du président russe, a présenté un nouveau manuel consacré à "l'histoire militaire de la Russie" destiné aux élèves de 16-17 ans.
Les élèves y apprennent que "l'opération spéciale militaire" en Ukraine (son nom officiel) a été lancée pour "défendre la population du Donbass", région russophone de l'est du pays.
"J'explique aux enfants les raisons du conflit, je leur dis que c'était une décision inévitable de notre président", raconte Tatiana Kalouguina.
Elle se réjouit de l'annonce faite par Vladimir Poutine et Donald Trump sur de possibles négociations pour mettre fin au conflit ukrainien.
"Chaque mère russe, et je pense ukrainienne, soutient ces négociations", dit-elle. "Nous sommes tous fatigués de cette guerre. Tant de morts!", s'exclame-t-elle, ajoutant: "Aucune mère ne met au monde un enfant pour lui mettre une arme entre les mains".
A l'école d'Istra, un petit musée a été monté, où sont exposés des objets ayant appartenu à des soldats soviétiques victorieux de 1945 et d'autres à des combattants de l'actuelle offensive en Ukraine.
Des élèves membres de "l'Armée des jeunes" observent des casques criblés d'impacts de balles. Parmi eux Alexeï, 16 ans, explique avoir vécu le début de l'offensive russe comme un "coup dur". "Mais maintenant, nous sommes habitués", dit l'adolescent vêtu de l'uniforme du mouvement: pantalon et bottes militaires beiges et béret rouge.
Alexeï voulait d'abord devenir militaire mais il a changé d'avis. Il veut désormais être architecte. "J'espère que la guerre se terminera bientôt. La guerre, c'est mal", lâche-t-il.
L.Dubois--BTB