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Birmanie: des petites mains des centres de cyberfraude en attente d'être rapatriées en Chine
Assis à même le sol, des dizaines d'étrangers exploités dans les centres d'arnaques en ligne attendent de quitter la Birmanie, la Thaïlande et la Chine finalisant les détails de leur rapatriement.
Les Forces des gardes-frontières (BGF) de l'Etat Karen, une milice ethnique proche de la junte birmane, ont annoncé l'expulsion de 10.000 personnes impliquées dans les activités sulfureuses qui pullulent à la frontière thaïlandaise.
La guerre civile en Birmanie a favorisé l'expansion de sites géants dédiés à la cyberfraude, qui génèrent des milliards de dollars de revenus par an, selon des analystes.
Les réseaux mafieux emploient par la force une main d'œuvre majoritairement chinoise, et le plus souvent issue du trafic d'êtres humains, pour monter des escroqueries via des jeux de casino en ligne, ou les cryptomonnaies.
Présent au sein d'un groupe de journalistes escortés par les BGF, un correspondant de l'AFP a pu se rendre mardi à Shwe Kokko, l'une des capitales de l'arnaque en ligne.
Certains travailleurs portaient des ecchymoses choquantes; les fesses d'un homme étaient entièrement recouvertes d'un violet livide, tandis que plusieurs présentaient des lésions au bas des jambes, et que d'autres souffraient de brûlures.
- Torture -
"Je veux vraiment rentrer à la maison", a déclaré un Chinois, qui a accepté de témoigner à condition de ne pas révéler son identité. "Je voulais rentrer chez moi dès que je suis arrivé ici. Mes parents et ma famille me manquent beaucoup."
"Je suis très inquiet", a-t-il poursuivi auprès de l'AFP.
Naing Maung Zaw, un porte-parole des BGF, a indiqué que six Chinois soupçonnés de superviser les opérations de fraude avaient été arrêtés et seraient remis à la Chine en tant que suspects.
"Des travailleurs ont été torturés et blessés dans les centres d'arnaques en ligne, qui ne se trouvent pas dans les zones que nous contrôlons", a-t-il affirmé.
Le vice-ministre chinois de la Sécurité publique Liu Zhongyi a rencontré mercredi des ministres thaïlandais dans la capitale Bangkok, pour mettre au point le rapatriement d'un premier groupe de 600 Chinois, via la Thaïlande, jeudi.
La Première ministre thaïlandaise Paetongtarn Shinawatra a déclaré mercredi que 7.000 personnes sont toujours dans des centres en Birmanie, et attendent une libération.
Son ministre de la Défense a quant à lui assuré mercredi que la Thaïlande est prête à accueillir la semaine prochaine une réunion entre les trois pays pour régler les problèmes transfrontaliers.
- Premier groupe jeudi -
Ces rapatriés doivent traverser la rivière Moei, qui délimite la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande, vers 09H30 (02H30 GMT), pour relier la ville thaïlandaise de Mae Sot, à une dizaine de kilomètres au sud de Shwe Kokko, a indiqué une source militaire thaïlandaise.
Ils rejoindront par la suite la Chine, ont indiqué les autorités locales.
Des forces de sécurité chinoises sont également attendues à bord pour escorter les rapatriés.
Liu Zhongyi s'était rendu lundi à Shwe Kokko, où il a rencontré plus de 1.000 travailleurs soupçonnés de travailler dans les centres de cyberfraude.
La semaine dernière, une autre milice locale a rendu aux autorités thaïlandaises 260 victimes présumées, originaires d'une dizaine de pays, dont les Philippines, l'Éthiopie, le Brésil et le Népal.
L'AFP a pu échanger avec plusieurs d'entre eux. Beaucoup portaient des traces de violences physiques, notamment une femme qui présentait d'énormes bleus sur un bras et une cuisse, et qui a déclaré avoir été électrocutée.
Au moins 120.000 personnes en Birmanie pourraient être contraintes de mener des escroqueries en ligne, selon un rapport des Nations unies publié en 2023.
Nombre de victimes ont été soumises à la torture, à la détention arbitraire, à la violence sexuelle, au travail forcé et à d'autres violations, d'après le texte.
De nombreux travailleurs disent avoir été attirés ou trompés par des promesses d'emplois bien rémunérés avant d'être effectivement retenus captifs, leur passeport leur ayant été confisqué.
burx-pdw-ah/pdw/sco/cn/zub/ybl
C.Meier--BTB