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Le Moyen-Orient secoué par des frappes sans précédent depuis la trêve d'avril
Le Moyen-Orient est secoué par des frappes américaines et iraniennes d'une ampleur sans précédent depuis le cessez-le-feu du 8 avril, une situation qui a fait voler en éclats le protocole d'accord de mi-juin censé mettre fin aux hostilités.
"Il ne fait aucun doute que ce document est en crise. Mais l'Iran n'a jamais été le premier à violer ses engagements", a tancé lundi le porte-parole de la diplomatie Esmaïl Baghaï lors d'une conférence de presse à Téhéran à laquelle assistait l'AFP.
Au coeur des tensions, le détroit d'Ormuz, sur lequel Téhéran veut garder le contrôle instauré dans les premiers jours de la guerre.
L'annonce ce week-end par la République islamique d'une nouvelle fermeture de ce passage stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures a fait repartir en forte hausse les cours du pétrole. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en septembre, référence internationale, bondissait de près de 4% à 78,91 dollars peu après 06H45 GMT.
"Avec la rupture des négociations et la fin de la trêve, la guerre au Moyen-Orient est désormais revenue de plein fouet" sur les marchés "en tant que facteur de risque", selon Andreas Lipkow, analyste pour CMC Markets.
Après quasiment 40 jours de bombardements dans un conflit déclenché par des frappes israélo-américaines le 28 février, un cessez-le-feu était entré en vigueur en avril, avant d'être entériné le 17 juin par un protocole d'accord signé par Washington et Téhéran malgré des escarmouches régulières autour d'Ormuz.
Mais depuis des attaques survenues mardi contre des navires tentant de franchir le détroit, les affrontements ont repris avec une intensité inédite depuis des semaines, faisant dire à plusieurs reprises à Donald Trump que le cessez-le-feu était "terminé".
- Rôle "crucial" des médiateurs -
La diplomatie iranienne a toutefois assuré lundi poursuivre les consultations avec les médiateurs que sont le Qatar, le Pakistan et Oman afin de "prévenir une escalade" avec son ennemi juré.
"Que le protocole d'accord soit mort ou vivant est sans importance, au vu des multiples interprétations dont il a fait l'objet. Les deux parties doivent parvenir à des termes plus clairs", analyse de son côté Bader Al-Saif, de l'université du Koweït, insistant sur "le rôle crucial des médiateurs et de la communauté internationale".
Sur le terrain, la région a vécu dans la nuit de dimanche à lundi une quatrième série de frappes en quelques jours seulement.
Les forces américaines "ont visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations", a rapporté sur X le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).
D'après des médias d'Etat iraniens, ces frappes ont touché de vastes zones de l'ouest et du sud du pays, notamment l'île de Qeshm et Bandar Abbas, au niveau d'Ormuz, mais aussi la province du Khouzistan frontalière de l'Irak. L'agence Mehr a fait état de nouvelles explosions près du détroit lundi matin.
Quant à Mahchahr (sud-ouest), une frappe américaine sur une station de pompage d'eau agricole a fait au moins un mort et fait quatre blessés, d'après un responsable local cité par Mehr.
L'objectif affiché de Washington est identique à celui de dimanche: tenter d'empêcher Téhéran "d'attaquer les équipages civils et navires commerciaux" dans le détroit d'Ormuz, selon le Centcom.
Les Etats-Unis accusent en particulier l'Iran d'avoir touché pendant le week-end un porte-conteneurs battant pavillon chypriote, entraînant l'évacuation de 23 membres d'équipage, un 24e étant disparu.
En représailles, les puissants Gardiens de la Révolution ont dit avoir bombardé des installations américaines situées à Oman, Bahreïn, au Koweït et en Jordanie.
- Imbroglio sur la fermeture d'Ormuz -
Antonio Guterres, le secrétaire général de l'ONU, avait exhorté plus tôt les deux camps à "la plus grande retenue" et à "reprendre d'urgence les négociations.
La diplomatie iranienne accuse les Etats-Unis d'avoir causé le "retour de l'insécurité" dans le détroit d'Ormuz.
Le protocole d'accord prévoyait une réouverture du détroit, par lequel transitait auparavant un cinquième du brut mondial. Téhéran n'autorise toutefois qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes, menaçant les navires contournant cet itinéraire. Il souhaite aussi instaurer des droits de passage, refusant un retour à la situation d'avant-guerre.
Après la signature du texte, le trafic avait atteint son plus haut niveau depuis fin février mais il a chuté de nouveau après ces nouvelles frappes. Et si l'Iran a annoncé dimanche refermer le détroit jusqu'à nouvel ordre, les Etats-Unis assurent eux qu'il reste ouvert.
"Ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d'Iran le protégera", a averti le conseiller militaire du guide suprême iranien, Mohsen Rezaï, cité par l'agence Isna.
burx-san/anb
E.Schubert--BTB