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Elections locales au Royaume-Uni, sur fond de fragmentation politique
Les deux principaux partis britanniques risquent de subir des pertes jeudi lors d'élections locales susceptibles de confirmer la montée de l'extrême droite et la fragmentation du paysage politique, traditionnellement dominé par le duo travaillistes-conservateurs.
Il s'agit du premier scrutin en Angleterre depuis l'arrivée au pouvoir du Labour, parti travailliste (centre-gauche) du Premier ministre Keir Starmer en juillet.
C'est aussi un test pour la dirigeante des Tories Kemi Badenoch, qui a pris les rênes en fin d'année dernière d'une formation conservatrice à la peine après sa débâcle des législatives.
Le parti anti-immigration Reform UK, dirigé par le champion du Brexit Nigel Farage, devrait gagner du terrain selon les sondages, de même que les libéraux-démocrates (centristes) et les Verts. Ce qui pourrait confirmer une tendance à un éparpillement des votes, déjà visible lors des législatives.
"La politique britannique semble se fragmenter", a écrit le politologue John Curtice dans le Telegraph cette semaine. Selon lui, les élections de jeudi "seront probablement les premières au cours desquelles jusqu'à cinq partis joueront un rôle important".
Selon les enquêtes, les Britanniques manifestent une désillusion à l'égard des deux grands partis, exprimant des préoccupations liées à une croissance économique anémique, aux chiffres de l'immigration clandestine et à des services publics en difficulté.
En vertu du système électoral à un tour qui favorise les grands partis, les travaillistes ont remporté une majorité parlementaire écrasante en juillet, avec seulement 33,7% des voix. Ce qui représente la proportion la plus faible pour un parti vainqueur d'une élection générale depuis la Seconde Guerre mondiale.
Les conservateurs, eux, ont obtenu 24% des voix et 121 sièges au Parlement --qui en compte 650--, lors de sa pire défaite électorale de tous les temps.
Reform UK, le parti de Nigel Farage, a engrangé cinq sièges, un résultat sans précédent pour un parti d'extrême droite au Royaume-Uni. Les libéraux-démocrates ont gagné 61 députés de plus que lors de l'élection précédente, et les Verts sont passés de un à quatre élus.
Ces résultats signifient que "la fragmentation est déjà intégrée", selon Rob Ford, professeur de science politique à l'Université de Manchester, interrogé par l'AFP.
Il s'attend à voir lors de ces élections "des pertes du côté des conservateurs et des travaillistes, mais pas de manière égale", les Tories défendant les deux tiers des sièges de conseillers locaux en jeu.
- "Difficile" -
Un total de 1.641 sièges au sein de collectivités locales sont à pourvoir --soit une petite part des 17.000 sièges de conseillers locaux dans toute l'Angleterre--, ainsi que six sièges de maires et un siège de député dans la région de Runcorn et Helsby (nord-ouest).
Reform UK, qui fait campagne sur la lutte contre l'immigration irrégulière, est le favori des bookmakers pour remporter cette législative partielle.
Le parti travailliste connaît un retour difficile au pouvoir, après 14 années dans l'opposition.
Keir Starmer, dont la popularité a plongé dans les sondages, n'a pas réussi à relancer l'économie et son gouvernement a été vivement critiqué pour avoir supprimé certaines aides sociales.
La législative partielle de Runcorn a été déclenchée par la démission du député travailliste Mike Amesbury, condamné à une peine de prison avec sursis pour avoir frappé un homme lors d'une altercation nocturne.
Si le Labour avait remporté la circonscription avec 53% des suffrages en juillet, loin devant Reform à 18%, Keir Starmer a reconnu qu'il serait à présent "difficile" pour son parti de gagner.
Avec 26% d'intentions de vote au niveau national, Reform dépasse le Labour (23%) et les Tories (20%), selon un sondage YouGov publié mardi.
Une victoire jeudi aiderait le parti de Nigel Farage à s'ancrer encore davantage en vue des prochaines législatives, qui devraient avoir lieu en 2029.
Les bureaux de vote ouvrent à 07H00 (06H00 GMT) et ferment à 22H00, avec des résultats attendus à partir de vendredi matin.
Les sièges en jeu ont été pourvus en mai 2021, à l'apogée de la popularité de l'ancien Premier ministre conservateur Boris Johnson. Ce qui augure de lourdes pertes pour les Tories et alimente les rumeurs d'une possible coalition avec Reform.
Les conservateurs sont également sous pression des libéraux-démocrates, troisième parti traditionnel, qui espèrent des gains dans les zones prospères du sud du pays.
Et le déplacement des travaillistes vers la droite les expose à la menace croissante des Verts sur leur gauche.
F.Pavlenko--BTB