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"L'incertitude totale" sous Trump pèsera sur les investissements aux Etats-Unis, dit le patron de France 2030
Les investissements aux Etats-Unis ont encore nettement progressé l'an dernier au détriment de l'Europe, mais "l'incertitude totale" créée par la politique de Donald Trump finira par peser sur eux, estime auprès de l'AFP le patron de France 2030 Bruno Bonnell, peu avant l'ouverture du sommet Choose France.
M. Trump "est totalement imprévisible, on ne sait absolument pas ce qu'il va décider demain, souligne-t-il, jugeant que "cela s'est quand même pas mal refroidi" aux Etats-Unis, ajoute M. Bonnell.
France 2030 est le plan d'investissement sur cinq ans de 54 milliards d'euros en soutien d'entreprises lancé en 2021 par Emmanuel Macron pour "rattraper le retard industriel français".
Dans un but similaire, l'administration Biden a mis en place en 2022 un plan massif baptisé IRA (Inflation Reduction Act) offrant des subventions aux entreprises voulant développer des projets dans les industries d'avenir, et attirant ainsi de nombreux candidats.
Selon le baromètre du cabinet EY publié mercredi et se basant sur les chiffres de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (Cnuced), les investissements aux Etats-Unis ont progressé de 20% l'an dernier sur un an, contribuant au recul de l'attractivité européenne.
Cependant, dès son accession à la Maison Blanche, le président américain Donald Trump a souhaité remettre en cause le projet de son prédécesseur.
Il a préféré annoncer le 2 avril de très fortes hausses des droits de douanes sur les produits importés - 20% pour les produits européens par exemple - qu'il a suspendues la semaine suivante pour trois mois, tout en gardant une hausse-plancher générale de 10%.
M. Trump pense attirer les investissements étrangers et les créations d'emplois en imposant ces droits de douane, afin d'encourager les entreprises à s'implanter aux Etats-Unis pour y échapper.
Mercredi, le groupe pharmaceutique français Sanofi a annoncé son intention d'"investir au moins 20 milliards de dollars aux Etats-Unis d'ici 2030", rejoignant dans leurs projets d'investissements américains d'autres grands noms mondiaux de la pharmacie, comme Eli Lilly, Johnson & Johnson, Merck, Roche et Novartis.
- "Ce qui se passe dans sa tête" -
Cette décision a été jugée comme "un mauvais signal" jeudi par le ministre de l'Economie Eric Lombard, quelques semaines après que le président Macron a appelé les entreprises françaises à geler leurs projets américains pendant les négociations sur les droits de douane entre les Etats-Unis et l'Europe.
Selon M. Bonnell, les Etats-Unis ont "attrapé beaucoup d'entreprises, mais par des effets d'aubaine". Or "l'effet d'aubaine, on sait quand cela commence, on ne sait pas quand cela finit", observe-t-il, insistant sur "l'incertitude totale sur les décisions que peut prendre aujourd'hui l'administration américaine".
"Certaines entreprises disent qu'elles vont arriver à négocier en tête-à-tête avec M. Trump" sur les droits de douane, "mais en réalité personne ne sait ce qui se passe dans sa tête", insiste encore Bruno Bonnell dans cet entretien mené juste avant le sommet Choose France.
Ce sommet rassemble lundi pour la huitième année des entreprises étrangères autour du président Emmanuel Macron au château de Versailles, alors qu'EY classe la France premier pays européen pour les investissements étrangers pour la sixième année consécutive. L'an dernier, 15 milliards d'euros de projets y avaient été annoncés.
Aux entrepreneurs qui seraient attirés par les Etats-Unis, le ministre de l'Economie Eric Lombard a fait remarquer jeudi que "l'Europe est un havre de stabilité politique, réglementaire, avec un état de droit assez constant".
Emmanuel Macron a mené une politique très "pro-business" depuis 2017. Dans ce cadre, près de 40 milliards d'euros du plan France 2030 ont déjà été engagés, dont 61% sur des PME et des Entreprises de taille intermédiaire (ETI), selon M. Bonnell, permettant la création de 200.000 emplois à travers le soutien d'environ 7.500 projets.
Dans un récent rapport, la Cour des comptes a cependant invité ce programme à adopter une meilleure évaluation de ses projets, notamment les plus coûteux.
T.Bondarenko--BTB