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Elections en Centrafrique: derrière Touadéra, la main toujours ferme de Wagner
Une fresque murale représentant Vladimir Poutine et des combattants russes en treillis est apparue ces dernières semaines devant un grand marché proche de l'aéroport de Bangui, capitale de la Centrafrique, à l'approche des élections de dimanche.
L'ambassade de Russie à Bangui a vu dans cette œuvre, où le président russe serre la main de son homologue centrafricain Faustin-Archange Touadéra, un "signe de notre victoire commune sur le chaos et l'instabilité", symbole du rôle clef que le groupe paramilitaire russe Wagner a joué pour aider le président sortant, grand favori de la présidentielle, à stabiliser le pays.
"Pour la première fois dans la longue histoire des conflits armés, les Centrafricains ont la possibilité de ne plus avoir peur pour leur vie", a assuré à l'AFP Alexander Ivanov, représentant des paramilitaires russes en Centrafrique, visé par des sanctions européennes et américaines.
Pour l'expert russe Sergueï Eledinov, officier militaire à la retraite, les forces Wagner ont contribué à améliorer la sécurité dans le pays.
La Centrafrique "a été, en fait, le seul cas couronné de succès" pour les Russes sur le continent africain, dit-il à l'AFP.
Autrefois présent au Mozambique, en Libye et au Mali, le groupe paramilitaire n'y a pas eu la même réussite qu'en Centrafrique.
Dans ce pays, "la situation sécuritaire s'est améliorée, la stabilité a été rétablie, les routes sont devenues plus sûres", énumère M. Eledinov.
Le groupe a largement contribué à repousser les groupes armés hors des grandes villes.
Aujourd'hui, près de 90% du pays sont de nouveau sous l'autorité du gouvernement, contre 80% tenus par les groupes armés en 2021 selon divers analystes.
"Mais il serait faux de dire que tout le monde est satisfait", ajoute M. Eledinov.
Wagner, comme d'autres groupes armés en Centrafrique, est accusé de crimes de guerre par les défenseurs des droits humains et l'opposition.
- Modèle économique unique -
Cet État riche en ressources naturelles, situé au cœur de l'Afrique, demeure le dernier bastion de Wagner, qui s'est imposé comme l'un des principaux partenaires sécuritaires du gouvernement en échange de contrats lucratifs.
Les mercenaires de Wagner, dont le nombre dans le pays est estimé entre 1.500 et 2.000, ont été déployés en 2017 à la demande du président Touadéra pour soutenir l'armée face aux groupes armés rebelles après plusieurs années de guerre civile.
Le soutien russe a "permis d'éviter une nouvelle guerre civile" en 2020-2021, a assuré le président centrafricain lors de sa visite en Russie en janvier, où il a rencontré M. Poutine.
En échange de son soutien à Bangui, Wagner a notamment obtenu des licences d'exploitation pour le bois, les mines d'or et de diamants.
"Leur départ poserait un vrai problème intérieur pour le gouvernement", explique à l'AFP le politologue Paul Crescent Béninga.
La Centrafrique a connu depuis son indépendance en 1960 une succession de guerres civiles, de coups d'État et de régimes autoritaires.
Les affrontements avec les groupes armés ont causé des milliers de morts et poussé près du quart des Centrafricains à l'exil depuis 2013.
Malgré une stabilisation relative depuis les accords de paix de Khartoum en 2019, des poches de violence persistent, notamment à l'est et au nord-ouest, alors que le pays tient dimanche un quadruple scrutin (présidentielle, législatives, municipales, locales).
Les paramilitaires russes, chargés d'assurer la sécurité du vote, prendront "extrêmement au sérieux" toute menace éventuelle et se tiennent prêts à "repousser toute provocation", a précisé à l'AFP M. Ivanov, patron de l'Officers' Union for International Security (OUIS), entité considérée comme une société écran de Wagner par l'UE et les États-Unis.
Lui insiste sur le fait que son organisation est distincte, tout en admettant que OUIS emploie des combattants "très expérimentés" de Wagner.
- "Tensions" -
Depuis la mort en août 2023 en Russie du chef historique de Wagner, Evguéni Prigojine, qui avait défié l'autorité de Moscou, le ministère russe de la défense cherche à remplacer Wagner par la société privée Africa Corps, avec laquelle il a des liens plus étroits.
"Nous sommes un pays fragile. Si des pays amis veulent nous aider, ils sont les bienvenus", a déclaré M. Touadéra dans une interview sur la chaine France 24 en novembre, tout en niant recevoir une quelconque pression du Kremlin pour opérer ce remplacement.
"Pourquoi vous parlez de pression? Je dis que nous sommes en discussion", a-t-il ajouté sans vouloir en dire plus.
Pour Charles Bouessel, consultant pour le think-tank International Crisis Group (ICG), "les autorités (centrafricaines) craignent qu'Africa Corps soit moins proactif militairement, comme on l'observe au Mali", que Wagner qui semble "mieux implanté, avec des activités économiques solides et un bilan sécuritaire perçu comme positif".
Selon une source militaire européenne, "l'intérêt pour Touadéra de garder Wagner, c'est que Wagner se paye sur la bête", notamment avec les mines d'or. Alors que "s'il prend Africa Corps, il devra payer en numéraire".
Mais d'après Sergueï Eledinov, Moscou ne se précipiterait pas pour changer une structure qui s'est avérée "efficace". "A court terme", dit-il, "ils ne la démantèleront probablement pas".
J.Bergmann--BTB