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Dans toute l'Europe, gros temps pour les radios et télés publiques
A l'image de la France, des télés et radios publiques dans toute l'Europe font les frais de réductions budgétaires et de l'hostilité ouverte d'une extrême droite plus influente, qui les oblige à montrer leur utilité au milieu d'une concurrence déjà exacerbée.
"Nous ne sommes pas dans la même situation qu'aux États-Unis", où Donald Trump a supprimé tous les financements fédéraux à la radio NPR, à la télé PBS, ainsi qu'à une myriade de stations publiques locales, "mais certaines dynamiques et certaines forces politiques sont les mêmes" en Europe, souligne Rasmus Kleis Nielsen, professeur de communication à l'Université de Copenhague.
En France, les piliers de l'audiovisuel public, France Télévisions et Radio France, sont ciblés depuis fin novembre par les membres les plus à droite d'une commission d'enquête parlementaire, dont les travaux reprennent mardi. Et ils doivent se défendre face aux accusations de dérive gauchiste avec l'argent des contribuables.
L'audiovisuel public est aussi une cible privilégiée du parti d'extrême droite AfD en Allemagne.
Au Royaume-Uni, la BBC a traversé une violente tempête après les révélations sur le montage trompeur d'un discours de Donald Trump, ce qui a contraint l'institution à faire ses excuses et son directeur général à démissionner.
Selon Rasmus Kleis Nielsen, radios et télés publiques sont depuis longtemps sous les critiques politiques, ou venant du secteur des médias privés qui ne bénéficient pas des aides des États.
Mais un nouveau front s'est ouvert avec la poussée "de sentiments nationalistes très forts dans plusieurs pays européens, qui les accusent d'être trop ouverts sur les questions de diversité, d'immigration", explique-t-il.
- "Porte-voix" -
L'organisation Reporters sans frontières (RSF) a alerté dans un rapport en 2025 sur les multiples crises, notamment "économique", "technologique" -- à cause de la concurrence des plateformes numériques -- et "géopolitique" qui traversent le secteur.
"Ca a commencé il y a plus de dix ans en Hongrie, avec des médias publics qu'on considère aujourd'hui comme des médias d'État. Ce +modèle+ s'est exporté au sein de l'Union Européenne", souligne Laure Chauvel, responsable du bureau France-Italie de l'organisation.
Début décembre, environ 10.000 personnes sont descendues dans la rue à Vilnius, la capitale lituanienne, pour protester contre le gel du budget de la radio-télévision publique (LRT) pour les années 2026-2028 et une autre réforme visant à faciliter l'éviction du directeur général de l'institution, à l'initiative du parti populiste Aube sur le Niémen.
Les manifestants ont comparé la situation avec la Slovaquie, où la radio-télévision publique (STVR) a été profondément remaniée depuis le retour au pouvoir en 2023 du Premier ministre nationaliste Robert Fico. La STVR "ressemble de plus en plus à un porte-voix du gouvernement", a averti en novembre le bureau local de Transparency International.
En Italie, les organisations de défense de la presse dénoncent aussi une politisation accrue de la RAI depuis l'arrivée au pouvoir en octobre 2022 de Giorgia Meloni à la tête d'une coalition ultra-conservatrice.
- Redevance -
La pression est aussi budgétaire, sur fond de remises en cause des redevances.
En Suisse, la SSR, qui diffuse dans les quatre langues du pays, va devoir supprimer 900 postes d'ici 2029 (sur 7.130 employés). Un plan de "rationalisation" qui prévoit la suppression de stations radio et la fusion de chaînes télé a aussi été lancé en Allemagne, où l'AfD promet de supprimer la redevance s'il parvient au pouvoir.
D'après des données de l'Union Européenne de Radio-Télévision (UER), le financement total des médias de services publics dans les 27 pays de Union européenne s'est élevé à 29,17 milliards d'euros en 2024, soit une baisse de 7,4% sur la dernière décennie en appliquant l'inflation.
L'UER et d'autres organisations comme RSF se sont félicitées de l'entrée en vigueur en 2025 de "l'European Media Freedom Act" (EMFA), un règlement qui exige aux États de l'UE de garantir l'indépendance et un financement durable des médias publics.
Autre enjeu selon l'UER, le respect des règlements encadrant les géants de la tech, accusés de favoriser les contenus les plus viraux et de sous-exposer ceux des médias publics.
"Sans une application stricte" du règlement numérique de l'UE, "ces plateformes dominantes continueront à dicter les conditions dans lesquelles les médias d'intérêt public européens dignes de confiance atteignent leur public, ce qui sape leur rôle démocratique", prévient Richard Burnley, directeur des affaires juridiques et publiques à l'UER.
burs-arb/pr/jlo/rl
G.Schulte--BTB