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Conflit Afghanistan-Pakistan : des dizaines de milliers d'Afghans déplacés, selon l'ONU
Des dizaines de milliers d'Afghans ont dû fuir leur domicile en raison des affrontements frontaliers de ces derniers jours entre l'Afghanistan et le Pakistan, ont indiqué mardi les Nations Unies.
Après des mois d'accrochages, les deux voisins s'affrontent depuis jeudi, jour où l'Afghanistan a lancé une offensive frontalière en réponse à des frappes aériennes pakistanaises.
Le Pakistan a alors déclaré la "guerre ouverte" aux autorités talibanes, bombardant notamment la capitale afghane, Kaboul, l'ancienne base américaine de Bagram et Kandahar, une ville du sud où réside, reclus, le chef suprême des talibans afghans, Hibatullah Akhundzada.
Les affrontements ont provoqué le "déplacement d'environ 20.000 familles" dans plusieurs provinces, a indiqué le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU. Le gouvernement afghan avait fait état plus tôt dans la journée de plus de 8.000 déplacés.
"Environ 160.000 personnes ont été affectées par la suspension des distributions alimentaires d'urgence", a ajouté l'agence onusienne, et ce alors que des habitants de plusieurs régions souffrent déjà de malnutrition aiguë.
Dans la province de Kunar, à l'est de Kaboul, un ouvrier de 30 ans a raconté à l'AFP que ces violences empêchaient les habitants de se rendre au marché.
"Des milliers de familles ont quitté le village" frontalier de Sirkanay, a affirmé Asadullah, qui n'a donné qu'un seul nom. "Dans certains foyers, une seule personne est restée pour garder la maison, et les autres sont partis. Le village s'est vidé".
Le ministère afghan de la défense a fait état d'attaques et de représailles "de grande ampleur et de forte intensité" dans sept provinces au cours de la journée écoulée.
- Explosions à Kaboul -
Depuis jeudi, au moins 42 civils ont été tués et 104 blessés, dont des enfants, selon la mission de l'ONU en Afghanistan.
Parmi les dernières victimes figurent trois enfants tués dans un "crime commis par le régime militaire pakistanais" dans la province afghane frontalière de Kunar, avait déclaré lundi le porte-parole adjoint du gouvernement afghan, Hamdullah Fitrat.
Le Pakistan n'a pas fait de commentaires s'agissant des civils tués en Afghanistan.
Mardi, de nouvelles explosions ont été entendues à Kaboul par des journalistes de l'AFP, en même temps que résonnaient des tirs d'armes antiaériennes et des coups de feu à travers la capitale.
Une source sécuritaire pakistanaise a indiqué quelques heures plus tard que des avions de chasse pakistanais ont effectué des sorties nocturnes au-dessus de Kaboul.
Dans la ville de Jalalabad, toute proche de la frontière avec le Pakistan, un journaliste de l'AFP a entendu des explosions et des tirs.
Au poste-frontière le plus proche, celui de Torkham, à environ 50 kilomètres de Jalalabad, des habitants ont dit à l'AFP que les combats qui duraient depuis plusieurs jours se poursuivaient.
Islamabad assure que ses frappes aériennes de février, qui ont déclenché l'escalade, visaient des combattants armés.
- "Jamais trop tard pour parler" -
Le Pakistan accuse l'Afghanistan d'abriter de longue date des militants armés qui lancent des attaques sur son territoire, ce que les autorités afghanes démentent.
Le ministre des Affaires étrangères du Pakistan, Ishaq Dar, a déclaré mardi qu'il n'était "jamais trop tard pour parler", tout en prévenant : "Nous mettrons fin à cette menace".
Selon le porte-parole du ministère afghan de la Défense, plus de 25 soldats afghans ont été tués. Il a estimé à environ 150 le nombre de militaires tués côté pakistanais.
Le Pakistan affirme de son côté que plus de 430 soldats afghans ont été tués. Les bilans des pertes avancés par les deux camps sont difficiles à vérifier de manière indépendante.
Le gouvernement taliban a par ailleurs reconnu pour la première fois mardi les frappes aériennes pakistanaises sur la base de Bagram, au nord de la capitale.
"Oui, l'ennemi a également visé Bagram, mais il n'y a pas eu de victimes ni de dégâts", a déclaré le porte-parole du ministère de la Défense, Enayatullah Khowarazmi.
Deux habitants avaient indiqué dimanche à l'AFP avoir entendu des frappes aériennes sur Bagram.
Selon des sources sécuritaires pakistanaises, les frappes sur Bagram s'appuyaient sur "des renseignements crédibles" et visaient à perturber "l'approvisionnement en équipements et stocks essentiels" destinés aux soldats et combattants afghans.
Cet épisode est le plus violent depuis octobre, quand des affrontements avaient causé plus de de 70 décès de part et d'autre de la frontière, depuis en grande partie fermée.
strs-bur/rsc/je/jmo/thm
P.Anderson--BTB