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Municipales : la vidéosurveillance, une promesse phare dont l'efficacité reste à prouver
Doubler le nombre de caméras, en "installer une dans chaque rue" : de nombreux candidats aux élections municipales font de la vidéosurveillance une mesure centrale pour lutter contre l'insécurité, malgré une efficacité non prouvée.
Tous bords politiques confondus, le renforcement de la vidéoprotection (terme utilisé quand des caméras filment un lieu public) figure parmi les promesses d'au moins un prétendant dans 11 des 12 plus grandes villes françaises, dont Paris, Lyon ou Toulouse, d'après un décompte du centre de réflexion Institut Montaigne.
A Marseille, le maire sortant de gauche Benoît Payan prévoit d'installer 200 caméras par an, quand Martine Vassal (droite et centre) promet d'en déployer 3.000.
Franck Allisio (RN) assure, lui, vouloir doubler le parc actuel de la cité phocéenne à 4.000 caméras. Son parti en a même fait un slogan national de campagne: "Votre maire refuse la vidéoprotection ? Les 15 et 22 mars, élisez un maire RN !"
A Paris, la candidate LR Rachida Dati veut doubler le nombre de caméras à 8.000 pour prévenir tout "angle mort" dans l'espace public. "C'est préventif, c'est dissuasif et ce sont des éléments de preuve pour les procédures judiciaires", a-t-elle avancé lundi sur Franceinfo.
S'il est faisable de doubler le nombre de caméras de la capitale sur la durée de la prochaine mandature - à condition de renégocier le partenariat en vigueur entre la Ville de Paris et la préfecture de police (PP) -, une telle mesure ne permettrait pas d'éviter tout angle mort pour autant.
"Il est tout à fait vraisemblable, d'un point de vue technique, d'installer plus de caméras qu'il n'y a de rues, car une même rue peut nécessiter plusieurs points de captation (carrefours, places, équipements publics…) et certaines caméras couvrent plusieurs axes à la fois", a expliqué à l'AFP le spécialiste des politiques publiques de sécurité et de délinquance Pierre-Olivier Weiss.
Le professeur de sociologie à San Diego State University estime en revanche que la promesse d'abolir tout angle mort "relève davantage d'un objectif politique que d'une réalité opérationnelle".
Car, selon lui, une couverture exhaustive de la ville est rendue est rendue "pratiquement impossible" par de nombreux paramètres : obstacles matériels, variations de lumière, contraintes juridiques liées à la protection de la vie privée...
- Pas d'effet dissuasif prouvé -
Quant à l'effet préventif de la vidéosurveillance publique, il n'est pas établi.
"Le point observé, peu importe le territoire, c'est que les caméras installées sur l'espace public n'ont pas d'effet dissuasif", selon Guillaume Gormand, chercheur à Sciences Po Grenoble, spécialiste des politiques de sécurité et de la vidéosurveillance.
Cet effet peut s'observer dans des cadres très spécifiques, comme les "parkings fermés" ou dans "des réseaux de transports en commun", liste l'expert.
En 2020, la Cour des comptes relevait l'absence de "corrélation globale" entre "l'existence de dispositifs de vidéoprotection et le niveau de la délinquance commise sur la voie publique ou encore les taux d'élucidation."
Dans une étude de 2021 sur l'apport de la vidéosurveillance dans l'élucidation d'enquêtes judiciaires, menée pour le Centre de recherche de l’école des officiers de la gendarmerie nationale (CREOGN), Guillaume Gormand notait que la découverte d'indices et de preuves dans ces enregistrements restait "finalement assez exceptionnelle" et utile seulement "dans une proportion marginale d'enquêtes".
"L'efficacité des caméras, bien que réelle dans certains contextes précis, reste globalement modérée et discutée dans la littérature scientifique", résume de son côté Pierre-Olivier Weiss.
Sans que cela ne dissuade les candidats aux municipales de vanter les bienfaits de la vidéosurveillance. Non pas, selon le livre blanc à destination des élus rédigé par l'Association nationale de la vidéoprotection (AN2V), parce qu'elle représente une "solution universelle, mais parce qu’elle est un symbole politique puissant".
"Visible, matérialisable, facilement compréhensible, elle donne l'illusion d’une action immédiate sur un sujet anxiogène", juge l'association, tout en déplorant "l'opposition idéologique" présentant "toute forme de vidéoprotection comme une dérive liberticide ou une surveillance de masse déguisée".
"En pratique, la vidéoprotection n’est ni une panacée ni un danger systémique. Elle est parfois pertinente, parfois inutile, parfois contre-productive si elle est mal pensée", conclut l'AN2V, qui invite les élus à "dire où la caméra a un intérêt réel, où elle n’en a aucun, et surtout ce qu’elle ne remplacera jamais".
O.Lorenz--BTB