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A Nabatiyé, dans le sud du Liban, la peur d'un retour à la guerre
Zeinab Farran a perdu deux membres de sa famille dans les frappes israéliennes. Dans la voiture garée devant sa maison dévastée à Nabatiyé, elle garde des valises pour fuir, si la trêve avec Israël n'était pas renouvelée dimanche.
Peu d'habitants sont revenus dans cette grande ville du sud du Liban, meurtrie par les frappes israéliennes pendant la guerre de plus de six semaines avec le mouvement pro-iranien Hezbollah.
Zeinab Farran, elle, est rentrée avec sa famille dès l'entrée en vigueur du cessez-le-feu vendredi, pour découvrir sa maison soufflée par une frappe qui a dévasté le quartier.
"Il ne reste plus rien, ni portes, ni fenêtres, ni meubles", se lamente cette femme de 51 ans, dans les décombres de son salon et de sa cuisine calcinée.
L'une de ses filles retire des produits ménagers encore intacts des débris.
La famille avait fui le 3 mars, dès le début de la guerre, vers le village de Kfar Hatta, plus au nord.
Mais la mort les a rattrapés: la belle-fille de Mme Farran a été tuée le 5 avril avec ses propres parents et sa fille de cinq ans, dans une frappe israélienne.
Zeinab Farran dort provisoirement chez son fils, désormais veuf, tout près de sa maison devenue inhabitable. Lui était resté, pour son travail avec la compagnie d'électricité.
"On attend de voir si la trêve va être renouvelée", dit-elle. "Sinon, on verra où aller. On a gardé nos vêtements dans la voiture".
Les frappes israéliennes et les combats ont fait plus de 2.300 morts et un million de déplacés au Liban depuis le 2 mars, d'après un bilan officiel.
- Réserves de vivres et mazout -
Dans la ville entourée de champs parsemés de boutons d'or, les immeubles effondrés et les commerces éventrés se succèdent.
Parmi les habitants interrogés, rares sont ceux qui espèrent une prolongation de la trêve, qui expire dimanche soir.
Sur les quelque 90.000 habitants que comptait Nabatiyé à l'origine, "il ne restait que quelque 200 familles vers la fin de la guerre", dit à l'AFP le maire, Abbas Fakhreddine.
Environ 40% des habitants sont revenus à la faveur de l'accalmie mais juste pour inspecter leurs maisons avant de repartir, car "ils sont inquiets pour l'avenir".
Les autorités locales elles-mêmes se préparent. "Nous stockons des vivres et du mazout pour les générateurs, au cas où la guerre recommencerait", ajoute le maire de cette ville, occupée par Israël pendant trois ans après l'invasion du Liban en 1982.
Il reçoit l'AFP dans un local provisoire, le siège de la municipalité ayant été détruit en octobre 2024, dans une frappe israélienne qui a tué son prédécesseur et 13 autres personnes, lors du conflit précédent entre Israël et le Hezbollah pro-iranien.
Selon lui, 65 frappes ont visé Nabatiyé depuis début mars, faisant "une centaine de martyrs".
Dans le quartier dit des "Religieuses", qui abrite une école des soeurs antonines, sept personnes, dont six membres d'une même famille, sont mortes ensevelies sous les décombres d'un petit immeuble. Un tablier bleu d'écolier est toujours visible dans les ruines.
- Seul dans sa rôtisserie -
Un obus a aussi transpercé le toit du théâtre de la maternelle.
"La frappe s'est produite il y a deux semaines", dit à l'AFP soeur Maria Wehbé, l'économe, qui rappelle que "l'école avait déjà été endommagée" en 2024.
L'établissement accueille environ 1.200 élèves, dans cette région à majorité musulmane chiite.
Dans les rues, des portrait de nouveaux "martyrs" du Hezbollah ornent les murs, aux côtés de fresques murales géantes des dirigeants historiques de la formation, assassinés par Israël.
La ville porte encore les stigmates des bombardements du conflit précédent entre le mouvement chiite libanais et Israël.
Les souks - coeur historique de Nabatiyé - qui attiraient les commerçants de la Palestine voisine avant la création de l'Etat d'Israël, avaient alors été entièrement détruits.
Aujourd'hui, seuls des commerces d'alimentation sont ouverts, comme cette rôtisserie à la devanture brisée, dont le patron travaille seul, ses cinq employés n'étant pas revenus.
Abou Habib a tenu à rester ouvert même quand les bombes israéliennes pleuvaient. "Les gens attendaient l'arrêt des frappes pour venir acheter les provisions", raconte cet homme de 65 ans, qui est lui "convaincu que la trêve va être renouvelée, car les deux parties ne veulent plus de combats".
D.Schneider--BTB