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La Colombie élit son président dans un contexte de recrudescence de la violence
Les Colombiens ont commencé à voter dimanche pour élire leur président, avec comme options une gauche qui cherche à conserver le pouvoir après sa victoire inédite il y a quatre ans et une droite dure qui promet la sécurité face à la violence accrue des groupes armés.
Les derniers sondages d'avant-vote donnaient le philosophe et sénateur de gauche Ivan Cepeda en tête pour le premier tour, mais talonné par l'avocat millionnaire Abelardo de la Espriella, un outsider pro-Trump.
Les bureaux de vote doivent fermer à 16H00 locales (13H00 à 21H00 GMT). Les résultats sont attendus quelques heures après leur clôture.
Les favoris du scrutin s'affrontent sur la direction à prendre pour venir à bout d'un conflit armé interne vieux de six décennies mais en pleine résurgence : continuer à négocier la paix avec les groupes armés, stratégie du président sortant Gustavo Petro, ou bien utiliser la force pour venir à bout des guérillas, ex-paramilitaires et cartels, comme le prônent plusieurs candidats de droite.
Le pays sud-américain connaît sa pire flambée de violence depuis la signature de l'accord de paix avec la guérilla des Farc en 2016. De nombreux dirigeants communautaires ont été assassinés, des civils ont péri dans des attentats et un prétendant à la présidence a été tué.
Les experts estiment que groupes armés et organisations criminelles ont profité des négociations de paix menées sous le gouvernement Petro pour renforcer leurs positions et produire des quantités record de cocaïne.
- Juste "un peu de paix" -
La Constitution interdit à Gustavo Petro, premier dirigeant de gauche de l'histoire du pays, de briguer un second mandat. Ce président clivant jouit d'une forte popularité parmi les classes populaires après avoir augmenté le salaire minimum et élargi les programmes sociaux dans l'un des pays les plus inégalitaires au monde.
Son dauphin Ivan Cepeda, un défenseur des droits de l'homme de 63 ans, mise sur la poursuite des réformes sociales et des infructueuses négociations de paix avec les groupes armés.
Avec le gouvernement Petro, "nous avons beaucoup avancé en matière d'éducation (...), de protection de l'environnement, de justice sociale et de défense des droits humains", estime Pedro Barragan, un professeur de 52 ans interrogé par l'AFP dans le centre de Bogota, qui soutient M. Cepeda.
Quel que soit le successeur de Petro, il devra composer avec une mosaïque de groupes criminels impliqués dans le trafic de drogue, l'exploitation minière illégale et l'extorsion.
Les partisans d'Ivan Cepeda craignent qu'une victoire de la droite ne ravive des décennies de guerre entre l'Etat et les groupes armés.
Maria Eugenia Motato, femme au foyer de 57 ans vivant à Suarez, dans le sud-ouest du pays sous le contrôle de guérillas, souhaite un président qui "nous aide (...) à avoir un peu de tranquillité, un peu de paix, parce qu'en l'état actuel des choses, nous sommes très nerveux", confie-t-elle à l'AFP.
- Coup de barre à droite ? -
Abelardo de la Espriella, un excentrique avocat de 47 ans qui se fait appeler "Le Tigre", promet pour sa part la mort ou la prison pour les membres des organisations criminelles.
Il se présente en "entrepreneur" anti-establishment et reprend une rhétorique de "main de fer" qui a récemment valu plusieurs victoires à la droite en Amérique latine.
Admirateur des présidents américain Donald Trump, salvadorien Nayib Bukele et argentin Javier Milei, il propose de construire dix méga-prisons, de réduire de 40% la taille de l'Etat et de bombarder les campements des trafiquants de drogue en Colombie, premier producteur mondial de cocaïne.
Dimanche, il a qualifié cette élection de "bataille la plus importante de l'histoire de la république" et affirmé pouvoir emporter la présidentielle dès aujourd'hui, même si un second tour le 21 juin semble très probable.
Le gouvernement Petro "a vraiment renforcé les groupes armés en se montrant aussi laxiste", dénonce l'une de ses partisanes, Catalina Devia, cadre dans la publicité de 42 ans.
Une autre candidate de droite est également dans le trio de tête selon les enquêtes d'opinion: Paloma Valencia, sénatrice de 50 ans adoubée par le puissant ex-président conservateur Alvaro Uribe (2002-2010).
Elle prône également un recours accru aux forces de l'ordre mais courtise par ailleurs les électeurs centristes et les femmes désireuses de voir la Colombie se doter de sa première présidente.
"Ce dont la Colombie a besoin, c'est de calme et d'éducation, rien de plus", a déclaré dans la capitale Maria Juliana Duque, 44 ans, électrice de Mme Valencia, refusant de choisir entre les deux "maux" que sont selon elle MM. Cepeda et de la Espriella.
En dépit de la recrudescence de la violence dans les zones tenues par les groupes armés, la journée électorale se déroule dans le calme dimanche.
C.Kovalenko--BTB