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"Tout ce maquillage n'est pas pour nous" : Ankara se refait une beauté pour l'Otan
Sur la route de l'aéroport d'Ankara, des employés municipaux travaillent sans relâche sous le soleil pour fleurir les bas-côtés et masquer par des panneaux géants tout panorama indésirable, maisons délabrées ou quartiers défavorisés.
Autant de travaux cosmétiques pour faire bonne impression auprès des chefs d'Etat et délégations de 32 pays, dont le président américain Donald Trump, attendus dans la capitale turque à partir de mardi pour le sommet de l'Otan, dénoncent l'opposition et la population.
En raison des mesures de sécurité, plusieurs grands axes seront fermés pendant les deux jours du sommet, contraignant habitants et commerçants à limiter leurs déplacements et parfois à fermer temporairement leurs boutiques.
Tout rassemblement ou manifestation a aussi été interdit à Ankara depuis le 28 juin jusqu'à l'issue du sommet.
"Ankara est pratiquement devenue une prison à ciel ouvert. (...) Toute la capitale est paralysée pour faciliter la circulation de quelques cortèges officiels", a protesté le co-président du parti de l'opposition prokurde DEM Tuncer Bakirhan.
"On parle même de fermer les parcs pour qu'un président puisse y courir! Les habitants sont traités comme des indésirables dans leur propre ville", a-t-il ajouté, reprenant la rumeur, pourtant démentie, d'une fermeture de plusieurs parcs de la capitale supposément réservés au jogging matinal du président français, Emmanuel Macron.
-Quartiers pauvres cachés-
Selon la presse turque, l'ensemble des préparatifs, y compris la rénovation d'un aéroport militaire et la construction de nouvelles routes, a coûté plus de 11 milliards de livres turques (plus de 205 millions d'euros).
Les autorités présentent ces travaux comme des investissements pérennes destinés à moderniser les infrastructures de la capitale.
"C'est notre argent qui est dilapidé. On ne dépense pas pour nous ou les quartiers pauvres, cachés derrière ces panneaux, mais pour les présidents d'autres pays", s'insurge néanmoins Ümit Örkan, gérant d'une supérette dont l'entrée est obstruée par des panneaux vantant le sommet et les attractions touristiques d'Ankara.
"Nous, les commerçants, sommes dans une situation très difficile. Les clients ne peuvent plus venir. Nous sommes obligés de fermer pendant une semaine", se plaint M. Örkan.
"J'ai sept employés, une assurance, un loyer à payer. Mais aucune indemnisation n'est prévue pour compenser la perte de revenus".
"Notre commerce repose sur sa visibilité. Les clients s'arrêtent en voyant nos plantes. Ces panneaux ont réduit nos ventes de 95%", renchérit le fleuriste Kadir Kokus.
"On n'y peut rien... On doit supporter ça pendant dix jours", soupire-t-il, l'installation des panneaux géants ayant commencé fin juin.
-Des loukoums dans les taxis-
La Fédération turque des chauffeurs de taxi en revanche saisit la balle au bond: elle impose pantalon gris et chemise blanche aux conducteurs et prévoit assaut d'amabilités pour les visiteurs.
"Nous offrirons à nos clients de l'eau, des loukoums et de l'eau de Cologne pour témoigner de l'hospitalité turque", a annoncé le président de la Fédération Mehmet Yiginer.
Autres nouveautés: pour la première fois, des policiers à cheval seront en patrouille dans la capitale, les trous des chaussées sont bouchés, les trottoirs repeints et les plaques d'égouts enfin ajustées au ras du bitume.
Tous ces préparatifs génèrent quantités de plaisanteries sur les réseaux sociaux: "Désormais si tu fais des efforts pour tes invités, on te dira que tu accueilles l'OTAN" dit l'un. Un autre suggère aux salons de beauté de proposer des "soins OTAN" à leurs clients.
"C'est bien tous ces efforts mais j'aurais voulu qu'ils le soient pour nous et pas pour l'Otan", regrette Cem Özbek, gérant d'une pâtisserie proche d'une avenue qui sera fermée pendant le sommet.
"Les routes interdites sont connues à l'avance, mais les itinéraires alternatifs ne sont pas clairs. Nos clients, nos employés et les fournisseurs auront du mal à venir ici. Les petites entreprises vont beaucoup souffrir", craint-il.
De nombreux habitants préfèrent fuir la capitale: les train et les avions au départ d'Ankara sont déjà pleins à l'approche du sommet.
"Je ne compte pas rester en ville. Beaucoup de lieux seront fermés, les transports seront perturbés", indique Demir Balemir, jeune diplômé de l'université.
"Tout ce maquillage n'est pas pour nous", déplore Sima, étudiante, qui reprend une blague devenue virale sur les réseaux sociaux: "Si Macron pouvait prendre les transports en commun, nous aurions peut-être enfin la climatisation dans les bus!".
J.Horn--BTB