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Turquie: Un espoir de renaissance pour le séminaire grec des îles des Princes
Un séminaire grec-orthodoxe fermé depuis plus de 50 ans sur une des îles des Princes, au large d'Istanbul, pourrait prochainement rouvrir grâce à l'appui de Donald Trump.
Situé à Heybeliada, l'une des neuf îles de l'archipel de "Prinkiponēsia" en grec, le séminaire de Halki, ouvert au milieu du XIXe siècle, fut la principale école de théologie de l'Église orthodoxe orientale jusqu'à sa fermeture en 1971, en vertu d'une loi turque.
L'établissement a formé des membres du clergé orthodoxe ainsi que des universitaires réputés. Mais pour l'heure, des échafaudages recouvrent la façade du bâtiment dont les travaux de rénovation sont déjà bien engagés.
Pendant des décennies, les appels à rouvrir le séminaire dont ceux du patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomée Ier, ancien élève de l'établissement, sont restés vains.
Mais comme son prédécesseur Barack Obama avant lui, en 2009, le président américain Donald Trump, attendu mardi pour un sommet de l'Otan à Ankara, a relancé la question quand il a reçu son homologue turc Recep Tayyip Erdogan à la Maison Blanche, en septembre dernier.
"En ce qui concerne l'école de Heybeliada, nous sommes prêts à faire tout ce qui relève de notre responsabilité", avait assuré M. Erdogan.
"À ce stade, les discussions progressent plutôt bien. Le climat est tout à fait positif. Nous n'avons achoppé sur aucun point", confirme à l'AFP l'évêque grec-orthodoxe Aravissu Kassianos Nikolar.
- Travaux de rénovation -
Dans l'une des salles visitées par l'AFP, des rangées de chaises neuves ont été disposées face à un écran électronique. Au mur, un portrait de Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la Turquie moderne, veille comme dans toutes les écoles du pays.
Le projet de réouverture avait déja été soulevé par la visite du ministre de l'Éducation, Yusuf Tekin, en 2024, rappelle l'évêque.
Il fut alors envisagé de rouvrir le séminaire en tant qu'université de théologie placée sous l'autorité du Conseil de l'enseignement supérieur turc (YÖK) qui supervise les universités turques.
Lors de la dernière réunion, le mois dernier à Ankara, en présence du patriarche Bartholomée et de Mgr Nikolar, le président Erdogan a donné des consignes claires pour qu'une solution soit trouvée, rapporte l'évêque.
"Aucun calendrier n'a été arrêté. Mais le président nous a déjà demandé de ne pas trop tarder", affirme-t-il.
Selon le patriarche, les travaux de rénovation devraient s'achever d'ici septembre.
Le séminaire revêt une importance symbolique pour la communauté orthodoxe dont la capitale se trouvait jadis à Constantinople, jusqu'à la conquête de la ville en 1453 par les Ottomans qui l'ont ensuite rebaptisée Istanbul.
"Donald Trump a toujours témoigné d'un grand respect envers le Patriarcat. Il tient notre patriarche en haute estime", assure l'évêque. "Mais cette question (le) dépasse désormais ; elle est devenue un enjeu pour de nombreux pays".
"Il ne faut pas regarder cette institution à travers le prisme du seul christianisme. Elle a aussi contribué au dialogue entre les religions. Sa vocation était de former des étudiants ouverts d'esprit", reprend-il.
- Pas de qualification politique -
"C'est pour ça que cette école est importante pour Donald Trump, mais aussi pour beaucoup d'autres, dont notre président (Erdogan). L'avoir gardée fermée pendant si longtemps est une perte majeure", juge-t-il.
Le séminaire, insiste-t-il, n'a jamais constitué et ne constituera jamais une menace pour l'Etat turc.
"Il se conformera à la législation des études supérieures et nous respecterons à la lettre les procédures du YÖK", promet-il.
Institution privée, le séminaire a été fermé sur décision de justice après que la Cour constitutionnelle a imposé de placer tous les établissements d'enseignement supérieur sous le contrôle de l'Etat, ou d'universités publiques.
La Turquie, officiellement laïque depuis sa fondation, refuse neanmoins de reconnaître le statut "œcuménique" du patriarche qui s'étendrait à toute la chrétienté.
"De la même manière que le pape est à la tête du Vatican, le patriarche Bartholomée est la figure de référence du christianisme orthodoxe. Il ne s'agit pas d'une qualification politique", relève M. Nikolar.
"Tous les patriarcats le reconnaissent comme le premier d'entre ses pairs. Vu sous cet angle, ce devrait être une source de fierté" pour la Turquie, ajoute-t-il, en assurant que de nombreux étudiants attendent déjà d'intégrer le séminaire.
O.Krause--BTB