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Manifestations anti-mesures sanitaires: "assiégée", la ville d'Ottawa demande de l'aide à Trudeau
Débordé par des centaines de camions qui font le "siège" de la capitale canadienne, le maire d'Ottawa a appelé lundi les autorités fédérales à l'aide pour mettre un terme à la démonstration de force des routiers contre les mesures sanitaires qui dure depuis plus de dix jours.
Arrivés en nombre le 29 janvier devant le Parlement et sous les fenêtres du Premier ministre Justin Trudeau, entre 400 et 500 camions bloquaient toujours le centre-ville lundi.
Une situation "hors de contrôle", selon le maire Jim Watson, qui a déclaré dimanche l'état d'urgence. La capitale fédérale a besoin de renforts pour mettre fin à l'état de "siège" dans lequel elle se trouve, a-t-il expliqué dans une lettre au gouvernement, plaidant pour l'envoi de 1.800 policiers supplémentaires.
"Nous devons mettre fin à cette manifestation, mais nous ne pouvons pas le faire seuls", a reconnu lundi le chef de la police Peter Sloly, appelant lui aussi "à l'aide".
Certaines rues du centre-ville, encombrées de poids lourds, sont toujours bloquées à la circulation, les commerces sont fermés et des abris de fortune ont été installés par les manifestants qui passent jour et nuit à klaxonner, au grand dam des habitants, pris dans le bruit et les vapeurs de diesel.
Ces derniers ont toutefois gagné lundi une première bataille: la Cour supérieure de l'Ontario a ordonné aux protestataires de cesser de klaxonner. Certains résidents avaient en effet lancé un recours collectif contre les organisateurs et le chaos engendré par le mouvement, réclamant quelque 10 millions de dollars canadiens (7 millions d'euros).
Les protestations, qui ont débuté à Ottawa le 29 janvier, se sont étendues ce week-end à d'autres villes canadiennes (Toronto, Winnipeg, Québec...). Elles rappellent sur la forme celles des "gilets jaunes" qui avaient paralysé le centre de nombreuses villes françaises tous les week-ends pendant plusieurs mois à partir de l'hiver 2018.
Les politiciens "ne savent pas quoi faire de nous. Mais tout ce qu'ils ont à faire, c'est de revenir à la raison. C'est à eux de résoudre ça", estime auprès de l'AFP John Lambert, 59 ans, camionneur et manifestant.
Le gouvernement canadien a proposé lundi une concertation avec les autorités municipales et provinciales mais sans lancer d'invitation aux manifestants, comme le demandait le maire d'Ottawa.
"Nous ne pouvons pas permettre à une foule en colère" de dicter sa loi, a déclaré Marco Mendicino, ministre de la Sécurité publique. "Cela pourrait créer un précédent sur la façon d'élaborer des politiques au Canada", a-t-il dit.
- "Pourparlers" -
Insensibles aux déclarations politiques, les manifestants continuent de réclamer "la levée des obligations vaccinales, des restrictions, et le rétablissement des droits et des libertés des Canadiens", a déclaré lundi Tamara Lich, l'une des organisatrices du mouvement, lors d'un live sur YouTube.
"Nous essayons, en ce moment, de tendre la main à tous les partis fédéraux afin que nous puissions commencer des pourparlers et voir comment nous pouvons avancer", a-t-elle ajouté.
Elle a par ailleurs dénoncé les tentatives d'étouffer le mouvement. La police d'Ottawa, critiquée pour n'avoir pas su prévenir la paralysie du centre de la capitale, empêche en effet depuis dimanche le ravitaillement des protestataires, en carburant notamment.
Malgré une situation de plus en plus chaotique, Justin Trudeau, logé depuis dix jours dans un lieu tenu secret, n'est pas intervenu après les manifestations du week-end, laissant ses ministres monter au front. Jeudi dernier, il avait écarté la possibilité de déployer l'armée.
"Trudeau n'a rien à gagner en allant parler aux manifestants", a estimé auprès de l'AFP Geneviève Tellier, politologue de l'université d'Ottawa.
Mais tout cela pourrait "se transformer en crise politique", a jugé son confrère Frédéric Boily, de l'université de l'Alberta.
"Justin Trudeau a eu au départ une mauvaise réaction. Il a réagi trop fortement et trop abruptement lorsque les manifestations ont commencé, en essayant de dépeindre l'ensemble de la manifestation comme une manif d'extrême-droite."
Depuis le début du mouvement, le Premier ministre n'a en effet eu de cesse d'en minimiser la représentativité.
Et il a jeté de "l'huile sur le feu", poursuit Frédéric Boily, en "politisant la vaccination" notamment pendant la période électorale cet été.
Mais sur le plan politique, le mouvement a également mis l'opposition dans une situation complexe. Les conservateurs, qui voteront prochainement pour élire un nouveau chef, sont en effet divisés sur cette question.
"Ils ont peur qu'une partie de leurs partisans soient tentés par l'extrême-droite mais c'est un pari risqué pour eux", a commenté Daniel Béland, analyste politique.
Même si la mobilisation des camionneurs n'est soutenue que par une minorité des Canadiens, 32% d'après un récent sondage, cela représente tout de même une frange plus large de la population que les 10% d'adultes canadiens non-vaccinés.
P.Anderson--BTB