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Athlétisme: des "Frenchies" à l'assaut du rêve universitaire américain
Au pays de l'athlétisme, qui accueille dans une semaine ses premiers Mondiaux à Eugene (Oregon), de nombreux jeunes Français tentent l'aventure universitaire américaine où installations flamboyantes, méthode différente et densité unique ne garantissent pourtant pas un tremplin vers le haut niveau.
Un coach principal, des entraîneurs de spécialité, une masseuse, deux ostéopathes, quatre kinés mobilisables quasiment 24h/24, des responsables logistiques, d'autres pour l'administratif et une nutritionniste. Ce staff pléthorique, digne d'un club de foot, est à disposition des athlètes des "Ducks" de l'Université d'Oregon à Eugene, où évolue la Française Alessia Zarbo.
"Le support que l'on a est incroyable, bien meilleur que le support des groupes professionnels de la ville", apprécie la Niçoise de 20 ans, championne de France du 5.000 m en 2020. Elle évolue depuis plus de trois ans, au quotidien, dans l'écrin du Hayward Field qui accueille les Championnats du monde la semaine prochaine.
"Les infrastructures de la moindre petite université sont équivalentes à l'Insep", vante Martin Casse, directeur de la section "Track and Field" de l'agence Elite, qui aide des sportifs français à obtenir des bourses universitaires.
Partis seuls, placés par des agences ou démarchés directement par des coaches sur les réseaux sociaux, entre 120 et 150 tricolores garnissent les rangs des équipes d'athlé universitaires, indique cet ancien athlète de haut niveau, lui même passé par ce système, qui "place" une vingtaine de jeunes par an.
"Pour partir il faut avoir le bon profil, avec un bon niveau sportif évidemment, mais aussi le niveau scolaire qui suit", prévient toutefois le Toulousain de 32 ans.
- "Pas passionnés" -
Une fois sur place, les nouveaux arrivants sont confrontés à une méthode différente, souvent une charge d'entraînement plus lourde, que ce soit sur la piste ou en salle de musculation.
"On faisait beaucoup de +spé+ (séances à allure course, les plus éprouvantes), en mettant les pointes (chaussures de course) tous les jours, témoigne Léna Kandissounon, passée par la California State University à Northridge en 2018-2019. J'ai sorti de grosses séances là bas que je n'ai pas encore ressorti en France. Et ils n'ont pas peur de blesser les athlètes, il y en a tellement..."
"Avant de partir j'avais été plusieurs fois championne de France du 400 m, là-bas je n'étais personne", souffle Léna, désormais spécialiste du 800 m. Etudiante à Science-Po Paris, elle était entraînée alors par Lawrence "Boogie" Johnson, le coach réputé de la championne du monde du 400 m haies, Dalilah Muhammad.
Avec une densité d'athlètes de haut niveau unique au monde, les prestigieuses compétitions NCAA proposent une lutte féroce, portée par un public généralement très attaché à la fac de sa ville.
L'entrainement à la dure et le niveau de compétition forgent le "mental" des athlètes, un point souligné systématiquement par les partants.
"Le niveau relevé des compétitions m'a fait progresser, assure Zarbo. Mais je pense que j'aurais pu être plus forte en m'étant entraînée en France après le lycée. L'entrainement de mon groupe n'est pas forcément adapté à mes besoins. Je manque de kilométrage. Il y a beaucoup de blabla, les Américains sont très forts pour vendre du rêve", pointe la fondeuse. Elle a hâte de "retrouver de la liberté", alors que les programmes made in USA sont rarement individualisés comme en France.
"J'avais un peu le sentiment d'être un bout de viande, explique pour sa part Kandissounon. Je ne trouvais pas une relation familiale comme en France, avec des coaches dévoués, bénévoles. Le poids de l'argent pèse tout le temps (les entraîneurs sont rémunérés selon les résultats,ndlr). Beaucoup d'athlètes sont là par obligation car ils touchent une bourse mais ne sont pas passionnés d'athlétisme."
- "Peu d'athlètes de top niveau"-
"Les US c'est bien pour les gens qui n'ont pas pour ambition le très haut niveau", précise l'agent Riad Ouled, l'un des pionniers français du placement de jeunes en universités.
"La présence de nombreux athlètes aux Etats-Unis fait râler en France car le retour sur performance est mauvais", estime-t-il.
"On a tout de même peu d'athlètes de top niveau sur place, acquiesce le patron de l'équipe de France, Romain Barras. Mais on reste en contact avec ces jeunes, ils sont suivis par nos responsables +avenir+."
Malgré une belle progression et plusieurs opportunités de passer professionnelle sur place, la spécialiste du 1.500 m Bérénice Cleyet-Merle pense rentrer après six ans chez l'Oncle Sam, dont quatre à Indianapolis.
"J'ai un peu le mal du pays et je préfère préparer les Jeux de Paris-2024 en France, explique la Franc-Comtoise. Je conseille quand même d'y aller. C'est très professionnel, ça permet d'apprendre l'anglais, les études laissent le temps pour l'entraînement. Sans aller là-bas, je n'aurais jamais progressé comme ça."
O.Krause--BTB