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Trente ans après, le massacre de Waco vu par l'avocat qui a pénétré dans les lieux
Du sang avait déjà coulé dans la ferme de Waco, au Texas, où les adeptes de la secte des Davidiens étaient encerclés par des agents fédéraux, lorsque Dick DeGuerin reçut un coup de téléphone.
Nous sommes en mars 1993, et la mère du leader des Davidiens, David Koresh, lui dit que son fils a besoin d'un avocat. Elle le recrute.
Aujourd'hui âgé de 82 ans, l'avocat texan reste convaincu que le siège de Mont Carmel, la résidence où les adeptes de la secte resteront retranchés pendant 51 jours, aurait pu s'achever sans la mort de plus de 80 personnes.
La tragédie de Waco continue de fasciner dans un pays profondément divisé, certains y voyant le symbole de ce qu'ils considèrent comme les abus de pouvoir de l'Etat fédéral.
Un monument érigé sur les lieux du drame attire des centaines de visiteurs chaque mois.
La secte des Davidiens est issue d'une scission en 1959 de l'Eglise adventiste du septième jour, et David Koresh en est devenu son leader charismatique dans les années 1980.
En 1993, accusant ses adeptes d'amasser des armements illégaux, les agents fédéraux obtiennent un mandat d'arrêt contre David Koresh et un mandat de perquisition du complexe de Mont Carmel. Des accusations d'abus sexuels sur mineurs circulent également autour de la secte.
La secte ayant refusé aux agents fédéraux l'accès au complexe, ils lancent le 28 février un premier assaut, mais se heurtent à la résistance armée des Davidiens. Quatre agents fédéraux et cinq adeptes de la secte sont tués. Commence alors un long siège.
- Impasse des négociations -
Fin mars, avant d'entrer dans le complexe de Mont Carmel, Dick DeGuerin pense avoir trouvé un accord avec les Texas Rangers, chargés de la sécurité des lieux, pour obtenir la reddition de David Koresh.
Des agents du FBI l'emmènent jusqu'à 100 mètres de l'enceinte, à bord d'un véhicule blindé.
L'avocat ne sait pas à quoi s'attendre. Mais il se retrouve face à David Koresh, 33 ans, intelligent et s'exprimant avec logique. Il constate qu'il a été blessé par balle au torse et au poignet.
Le leader de la secte est "très en colère" contre le siège des autorités fédérales, se rappelle-t-il.
Il considère alors qu'il est de son devoir de faire sortir David Koresh du complexe pour le présenter à la justice, afin qu'il n'y ait "pas d'autre mort".
"Je lui ai dit, bien sûr, que la loi était la loi, et qu'il fallait qu'il obéisse à la loi même si elle était contraire à ses croyances religieuses. Il le comprenait", assure-t-il.
Pourtant, les négociations piétinent et Dick DeGuerin revient à Mont Carmel avec un autre avocat de Houston, Jack Zimmermann, qui représente un autre adepte de la secte.
Une partie des agents fédéraux commence à perdre patience.
"Il y avait les négociateurs qui voulaient parvenir à un règlement pacifique, mais il y avait aussi les unités d'intervention qui voulaient foncer, tuer tout le monde et l'arrêter", se souvient l'avocat. "Ce sont les unités d'intervention qui ont gagné".
- Cri de ralliement -
Voyant l'assaut final approcher, Dick DeGuerin dit avoir cherché à pénétrer une dernière fois dans l'enceinte pour convaincre David Koresh de se rendre, mais qu'on l'en a empêché.
"Un agent du FBI m'a dit: +On n'a plus besoin de vous+".
Le 19 avril 1993, des agents du FBI foncent sur l'enceinte du complexe à bord de véhicules blindés. Ils font usage de gaz militaires inflammables à proximité du bâtiment où sont retranchés hommes, femmes et enfants.
Peu après, la ferme prend feu et 76 Davidiens sont tués, dont 28 enfants.
Plusieurs enquêtes ont exonéré la police fédérale, concluant que les adeptes de la secte avaient péri en mettant eux-mêmes le feu aux bâtiments, et se suicidant en se tirant des balles dans la tête ou en s'entretuant.
Mais Waco est devenu un cri de ralliement pour les Américains qui accusent le gouvernement fédéral d'abus de pouvoir, et des groupes paramilitaires s'en sont inspirés.
En 1995, deux ans jour pour jour après le massacre, Timothy McVeigh, qui avait suivi le siège de Waco de très près, fera exploser un camion piégé devant des bureaux fédéraux d'Oklahoma City, tuant 168 personnes.
Pour Dick DeGuerin, les leçons à tirer de Waco sont claires.
Les agents fédéraux étaient convaincus que David Koresh "se fichait d'eux, une fois de plus" et qu'il ne se rendrait pas, dit-il.
"Ils n'ont pas attendu. Je pense que s'ils l'avaient fait, cela se serait terminé pacifiquement."
K.Thomson--BTB