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En Islande, une éruption volcanique joue les prolongations
La lave bouillonne, s'écoule et jaillit occasionnellement d'un petit cratère: l'Islande vit depuis un mois au rythme de l'éruption volcanique de Sundhnúkagígar (sud-ouest), la deuxième plus longue depuis la réactivation volcanique de la région en mars 2021.
"Elle se poursuit à un rythme assez stable pour le moment et nous ne voyons aucun signe réel indiquant qu'elle prendra fin dans un avenir proche", indique à l'AFP, Benedikt Ófeigsson, géophysicien à l'Office météorologique d'Islande (IMO).
Le 16 mars, la lave a jailli d'une nouvelle faille dans la péninsule de Reykjanes et le flux ne s'est pas tari depuis. Il était évalué à environ 3,6 mètres cubes par seconde selon les dernières mesures publiées le 9 avril.
Les éruptions au même endroit en décembre, janvier et février, qui avaient entraîné en novembre l'évacuation des près de 4.000 habitants de la petite ville de Grindavík, ont vraisemblablement favorisé les conditions lui permettant de jouer les prolongations.
"Désormais, il y a un canal ouvert vers la surface", explique M. Ófeigsson.
Le magma se fraie un chemin directement depuis la croûte terrestre supérieure, à au moins 10 kilomètres de profondeur. Ce scénario est similaire à la première éruption près du mont Fagradalsfjall en mars 2021 dans la vallée de Geldingadalir et qui avait duré six mois.
Un gonflement du sol est néanmoins toujours observé près de Svartsengi où "tout le magma venant des profondeurs n'a pas la capacité de remonter directement à la surface et il est en partie stocké" dans cette région, laissant craindre aux scientifiques de nouvelles éruptions ces prochains mois voire années.
Svartsengi abrite une centrale géothermique qui alimente en électricité et en eau chaude 30.000 personnes sur la péninsule de Reykjanes.
- Site inaccessible -
Le site de l'éruption n'est pas accessible au grand public, contrairement à de précédentes éruptions, les autorités voulant éviter un afflux de visiteurs dans Grindavík vidée de ses habitants.
"Je voulais voir quelques-uns des champs de lave, peut-être de la lave en fusion, m'approcher d'un volcan, cela faisait partie de l'aspect pays de glace et de feu, n'est-ce pas ?", confie à l'AFP, déçu, David Cordova, un ingénieur texan de 46 ans, qui s'apprête malgré tout à faire voler son drone en direction du cratère. "J'espère que je pourrai obtenir des images sympas", ajoute-t-il.
Comme lui, de nombreux visiteurs s'arrêtent sur le bas-côté à proximité des populaires bains géothermiques du Lagon Bleu pour admirer les fumerolles basaltiques encore chaudes, juste après une section de route emportée à deux reprises par des coulées de lave en février et mars puis reconstruite dans la foulée.
Attraction touristique majeure du pays, le Lagon Bleu ressemble à une forteresse protégée d'immenses monticules de terre d'une dizaine de mètres. Ses bassins aux eaux turquoise ont rouvert le 6 avril après trois semaines de fermeture.
Une mauvaise qualité de l'air liée aux émissions de gaz et d'un vent défavorable a toutefois contraint l'interruption temporaire de l'accès sur deux journées depuis sa réouverture.
- Maisons vendues -
A Grindavík, sous un beau soleil de printemps, la ville est toujours fantôme.
Quelques rares irréductibles sont retournés vivre chez eux dans les quartiers les moins à risque mais l'écrasante majorité des habitants ont fait leurs valises ou continuent de remplir leurs derniers cartons après avoir fait le choix de vendre leur propriété à l'Etat, via la société mandatée Thórkatla.
Spécialement créée en réponse à cet évènement sans précédent dans l'histoire du pays, elle a reçu 675 demandes dans le but pour les propriétaires de récupérer 95% de la valeur actuelle estimée de leur bien. Les premières ventes ont commencé vendredi dernier.
"Nous devons, au moins à ce stade, commencer une nouvelle vie, mais pas ici à Grindavík", admet à l'AFP Sólný Pálsdóttir, native du village.
Sa maison, bâtie de ses mains il y a quinze ans et dans laquelle elle a vu grandir avec son mari leurs cinq garçons et leur chien est aujourd'hui inhabitable, lézardée de fissures liées aux tremblements de terre à répétition en novembre.
La lave s'est aussi invitée dans la rue puisque la coulée du mois de janvier qui a détruit trois maisons du village est située à quelques encablures de ce quartier résidentiel appelé Efrahóp.
La quinquagénaire refuse cependant d'abandonner sa ville natale: "Je crois vraiment du plus profond de mon cœur que je reviendrai même si ce sera dans quelques années (…) Grindavík revivra".
J.Bergmann--BTB