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Des milliers de manifestants à Erfurt pour empêcher le congrès de l'extrême droite allemande
Des milliers de manifestants antifascistes ont convergé samedi à Erfurt dans l'est de l'Allemagne, bloquant les principaux axes routiers et perturbant les transports publics, dans le but de faire annuler le congrès annuel du parti d'extrême droite AfD.
Environ 20.000 personnes ont convergé vers cette ville dans d'énormes convois de bus, selon la police, pour protester contre l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui a pris la tête des sondages nationaux.
Mais la plupart des délégués de l’AfD ont réussi à rejoindre le centre des congrès où doit se tenir le congrès du parti, a indiqué la police. Celui-ci a commencé à l'heure.
- "Plus jamais se reproduire" -
"Il est important d’envoyer un signal contre la dérive vers la droite", a déclaré à l’AFP la manifestante Lene Krug, 19 ans, originaire de Gera, à l’est d’Erfurt.
"L’AfD est un parti antidémocratique qui diffuse la haine", a ajouté la jeune femme en formation pour devenir infirmière, qui se rend à sa toute première manifestation.
Une autre protestataire, Ella, faisait partie d’un groupe qui s’était collé aux rails du tramway sur une place de la ville. "1933 à 1945 ne doit plus jamais se reproduire", a déclaré cette femme de 44 ans, en référence à la période où les nazis étaient au pouvoir dans le pays.
Les premières heures des manifestations se sont déroulées pacifiquement. Seules de légères échauffourées ont été signalées, des milliers de policiers étant déployés pour protéger le congrès.
"Exprimer des opinions est légitime (...) la violence et la casse ne le sont pas", a insisté vendredi dans un message vidéo le maire CDU (droite) d'Erfurt, Andreas Horn.
A l'ordre du jour, la réélection des coprésidents de l’AfD, Alice Weidel et Tino Chrupalla, qui ont fait de ce parti anti-immigration et prorusse la première force d'opposition du pays lors des législatives de 2025.
Pour les détracteurs de l'AfD, combattre ce parti est un devoir, du fait du poids du passé nazi et des efforts, selon eux, de mettre fin à la politique de mémoire et de contrition de l'Allemagne.
Certains voient dans la tenue du congrès de l’AfD à Erfurt le jour du 100e anniversaire d'un congrès nazi tristement célèbre à Weimar, tout près de là, une provocation délibérée, ce que la formation dément, évoquant un hasard du calendrier.
A l'ouverture du congrès, Tino Chrupalla, s’en est pris aux manifestants, estimant qu’ils avaient été "amenés ici depuis tout le pays par les partis de l’establishment dans des camions".
"Ils protestent contre la prise de décision démocratique. Ils pensent être les seuls à détenir la démocratie", a‑t‑il déclaré dans son discours.
- "Guerre civile" -
Certains membres de l’AfD semblaient presque se réjouir de la perspective d’une confrontation.
"Le compte à rebours vers la guerre civile à Erfurt est lancé", a écrit cette semaine sur X la députée AfD Beatrix von Storch, lançant à ses adversaires : "Vous n’avez que la violence. Nous avons les arguments".
L'Allemagne, marquée par son passé nazi, a longtemps résisté à l'essor électoral de l'extrême droite. Mais la crise migratoire de 2015, des attaques islamistes, des crimes commis par des étrangers et une profonde crise du modèle économique allemand ont alimenté sa popularité, en particulier dans l'Est du pays.
L'AfD peut même espérer prendre le contrôle d'un voire deux Länders (Etats) de l'Est en septembre, à l'occasion d'élections régionales, ce qui serait une première.
"Je n'aurais jamais pensé qu'un parti de la droite radicale deviendrait le plus fort en Allemagne de mon vivant", confie à l’AFP Manfred Guellner, directeur de l’institut de sondage Forsa.
Ce genre de face-à-face n'est pas une première. En novembre dernier, 25.000 manifestants ont tenté de bloquer la tenue à Giessen (ouest) du congrès fondateur de la jeunesse de l'AfD.
Des affrontements avec la police avait eu lieu, mais le rassemblement du parti avait finalement pu se tenir.
I.Meyer--BTB