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En Equateur, un référendum dans la tourmente
En plus de la violence criminelle toujours omniprésente, deux crises, l'une énergétique, l'autre diplomatique, frappent désormais l'Equateur qui se prononce dimanche par référendum sur plusieurs mesures portées par le gouvernement contre le narcotrafic et les gangs.
Quelque 13,6 millions d'électeurs sont appelés aux urnes pour répondre par oui ou par non à 11 questions posées par le président Daniel Noboa.
Parmi les principales propositions figure l'extradition des ressortissants équatoriens liés au crime organisé -- une mesure très crainte pour les personnes concernées quand elle est appliquée vers les Etats-Unis --, dans un pays devenu la principale plateforme de l'exportation de cocaïne produite en Colombie et au Pérou voisins.
Gangréné par ce narcotrafic, mais aussi la corruption, l'Equateur fait face depuis mi-janvier à une grave crise sécuritaire provoquée par les gangs.
Le président Noboa, élu en novembre pour 18 mois, a déclaré le pays en "conflit armé interne" et a déployé l'armée pour neutraliser une vingtaine de ces groupes.
Depuis lors, au moins une douzaine d'hommes politiques, responsables locaux, ou encore des procureurs ont été assassinés. Vendredi, le maire d'une localité minière du sud du pays a été tué par balle, troisième assassinat d'un édile en trois jours, et le cinquième en un an.
En août 2023, peu avant le premier tour de la présidentielle, le principal candidat de l'opposition, Fernando Villavicencio, avait été abattu à la sortie d'un meeting de campagne.
En 2023, le taux d'homicide a atteint le chiffre record de 43 pour 100.000 habitants, selon les chiffres officiels. En 2018, il était de 6 pour 100.000.
- "Aucun regret" -
À cette guerre interne s'ajoute la tempête diplomatique provoquée par l'assaut policier sur l'ambassade du Mexique à Quito début avril, sur ordre du président Noboa pour capturer l'ancien vice-président Jorge Glas (2013-2017), proche de l'ex-président Rafael Correa et qui fait l'objet d'une enquête pour corruption.
M. Noboa, 36 ans, affirme qu'il n'a "aucun regret" concernant ce raid, qui a coûté au pays un procès -- toujours en cours -- devant la Cour internationale de justice (CIJ), et une condamnation internationale et des gouvernements de gauche d'Amérique Latine particulièrement fâchés.
Malgré cette image internationale écornée, "on a l'impression que (localement) cette crise diplomatique avec le Mexique n'a pas eu d'effets négatifs (pour Noboa). Au contraire, les gens approuvent ses décisions prises en matière de sécurité", commente à l'AFP le politologue Santiago Basabe, de la Faculté latino-américaine des sciences sociales (Flacso).
Au niveau national, l'urgence du moment est, depuis une semaine, énergétique, avec de sévères rationnements d'électricité (jusqu'à 13 heures par jour à Quito) et une revue en urgence des installations hydroélectriques.
Conséquence de la sécheresse, du phénomène el Niño, mais aussi d'une mauvaise gestion administrative, de l'aveu même des autorités, cette pénurie d'électricité serait aussi le fait de "sabotages" de haut-fonctionnaires liés à ses ennemis politiques, selon le président Noboa. Comprendre : le camp de l'ex-président Correa (2007-2017, en exil après sa condamnation pour corruption).
Un décret présidentiel vendredi a ordonné la mobilisation de la police et de l'armée "pour garantir la sécurité des infrastructures énergétiques cruciales afin de prévenir le sabotage, les attaques terroristes ou d'autres menaces susceptibles d'affecter leur fonctionnement".
- "Légitimer" -
"Nous subissons des attaques qui sont le résultat d'une lutte déterminée contre le crime organisé", a accusé le secrétaire d'État à la communication, Roberto Izurieta.
Les Equatoriens se prononceront également sur la participation de l'armée au contrôle des armes, sur l'alourdissement des peines pour les délits liés au crime organisé et sur la possibilité pour les forces de sécurité d'utiliser des armes saisies à des criminels.
M. Noboa, qui devrait briguer un nouveau mandat en 2025, a également proposé la formalisation d'un travail payé à l'heure. Les syndicats et la puissante organisation indigène Conaie s'y opposent.
Sur les 11 questions, qui font l'objet d'un vote individuel, six visent des réformes juridiques et cinq des amendements constitutionnels.
Pour le politologue Basabe, dans les faits le référendum n'apportera pas de changements substantiels. Il s'agit de questions auxquelles "il est difficile de dire non", mais qui sont surtout "un moyen de légitimer le gouvernement en place".
Selon lui, le gouvernement a "l'espoir de pouvoir gagner le référendum", deux sondages réalisés ces derniers jours confirment cette tendance. Pour M. Noboa, "dimanche le Oui gagnera".
O.Krause--BTB