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Asim Munir, maréchal et homme fort du Pakistan, désormais armé d'une immunité à vie
Déjà parmi les responsables les plus influents du Pakistan, le maréchal Asim Munir s'est vu accorder un nouveau titre et l'immunité à vie par une réforme constitutionnelle controversée, qui le propulse au rang d'"homme le plus puissant du pays", selon des analystes.
L'amendement adopté jeudi consolide son pouvoir militaire sous un seul et même titre, "chef des forces de Défense", faisant constitutionnellement d'Asim Munir le maître des armées de terre, de l'air et de la marine, pour cinq ans.
Jusque là, son poste de chef d'état-major, occupé depuis novembre 2022, ne faisait de lui que le patron de l'armée de terre, bien qu'il jouissait déjà d'une grande influence sur les autres corps de l'armée.
Avant d'arriver à ce grade, il a été quartier-maître général, commandant et chef des renseignements militaires.
Il a aussi été brièvement chef des puissants services extérieurs (ISI), mais après huit mois à ce poste il a été remercié en 2019 par le Premier ministre Imran Khan, sans raison officielle.
Le vent a tourné pour lui lorsque ce même Imran Khan a été limogé par le Parlement et que le gouvernement suivant, de Shehbaz Sharif, lui a donné les rênes de l'armée.
En mai, après une guerre éclair avec l'ennemi historique indien qui l'a mis encore davantage sur le devant de la scène, le militaire à la fine moustache a été promu maréchal.
Or grâce à la réforme constitutionnelle adoptée jeudi, tout militaire promu à ce grade conservera à vie son rang et les privilèges qui l'accompagnent et sera à l'abri de poursuites pénales.
Ce grade n'avait été décerné qu'à un seul autre militaire: l'ancien dictateur Ayub Khan qui avait accédé au pouvoir en octobre 1958 après un coup d'Etat.
- Jeu politique -
Ce coup double pour Asim Munir, qui rassemble les pouvoirs de l'armée et jouit désormais d'une immunité à vie, a suscité inquiétudes et critiques.
Pour Aqil Shah, professeur de science politique à l'université américaine de Georgetown, il s'agit de "légalisme autocratique".
L'immunité qui lui est accordée "rend obsolète l'article 6 de la Constitution criminalisant les coups d'Etat militaires", estime-t-il.
Lieutenant-général retraité aujourd'hui analyste, Naeem Khalid Lodhi considère lui que "le maréchal Asim Munir est devenu l'homme le plus puissant du Pakistan".
"Les hommes politiques sont responsables de sa puissance accrue: pour leurs intérêts de court terme, ils ont mis en danger les intérêts de long terme du Pakistan", s'inquiète-t-il.
Sollicitée par l'AFP, l'armée pakistanaise n'a pas commenté ces déclarations.
Pour Shuja Nawaz aussi, la réforme constitutionnelle obéit à des intérêts politiques.
Les politiciens considérés comme proches des cercles militaires, qui ont formé une coalition issue des élections de février 2024 après avoir emprisonné Imran Khan, homme politique le plus populaire, ont voulu "renouveler leur assurance", dit M. Nawaz à l'AFP.
En tant que chef des forces de Défense, Asim Munir terminera son mandat en 2030 "et ils veulent son soutien pour les prochaines élections" de 2029, relève cet auteur et expert de l'Asie du Sud.
Pour lui, Asim Munir est désormais "probablement aussi puissant" que l'ancien chef militaire Pervez Musharraf, qui avait pris le pouvoir en 1999.
"Comme Musharraf, il a un Premier ministre subordonné et l'autorité pour remodeler la structure de l'armée", note l'analyste.
Homme fort du pays avant même la réforme, Asim Munir a déjà représenté son pays sur la scène diplomatique et marqué des points, avec notamment un déjeuner privé avec le président américain Donald Trump.
Mais est-ce assez pour rivaliser avec l'Inde, avec qui les tensions restent vives ?
"Le futur du Pakistan réside dans une économie forte et un système politique stable et il n'a aujourd'hui ni l'un ni l'autre", note Shuja Nawaz.
L.Dubois--BTB