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Symbole de liberté, l'Iranien Rasoulof clôt la compétition cannoise après avoir fui son pays
Un symbole pour la liberté d'expression: le cinéaste iranien Mohammad Rasoulof défendra vendredi en personne à Cannes son film en lice pour la Palme d'or, sa première apparition publique après avoir réussi à fuir clandestinement le régime de Téhéran.
Grande voix du cinéma iranien qui n'a cessé de braver la censure, Mohammad Rasoulof n'a pas mis les pieds à Cannes depuis 2017 et le prix Un certain regard pour "Un homme intègre", qui abordait la question de la corruption.
En 2020, il avait été empêché de quitter l'Iran pour recevoir son Ours d'or à Berlin pour "Le diable n'existe pas", sur la peine de mort.
Son nouveau film, "Les Graines du figuier sauvage", promet de déranger encore le pouvoir, racontant l'histoire d'un juge d'instruction sombrant dans la paranoïa, au moment où d'immenses manifestations éclatent dans la capitale Téhéran.
Le cinéaste est arrivé jeudi à Cannes. En l'accueillant en personne, le 77e Festival envoie un signal "à tous les artistes qui, dans le monde, subissent violences et représailles dans l'expression de leur art", a souligné le délégué général du festival, Thierry Frémaux, à l'AFP.
Et plus largement, pour les opposants au régime en place en Iran, où la répression ne cesse de s'accentuer depuis le mouvement de contestation qui a secoué le pays en 2022.
Après sa fuite d'Iran et son arrivée en Allemagne, où il a trouvé refuge, le cinéaste avait dénoncé, dans un communiqué transmis à l'AFP "la machine criminelle de la République islamique" qui "viole continuellement et systématiquement les droits de l'homme". Et jugeait "difficile" à croire que son pays vienne de condamner à mort le jeune rappeur Toomaj Salehi, détenu en prison.
Amnesty International affirme que l'Iran, secoué par un mouvement de contestation fin 2022 après la mort de la jeune Mahsa Amini, a exécuté 853 personnes en 2023, le nombre le plus élevé depuis 2015.
Les cinéastes sont régulièrement accusés de propagande contre le régime, dans un pays où les conservateurs concentrent tous les pouvoirs. Une donne peu susceptible d'évoluer après la mort récente du président Ebrahim Raïssi dans un crash d'hélicoptère.
- "J'ai choisi l'exil" -
Après avoir bravé pendant des années la censure, Rasoulof, condamné en appel à huit ans de prison dont cinq applicables et qui s'est vu privé de passeport, a dû se résoudre à fuir.
Il craignait une condamnation supplémentaire: "je devais choisir entre la prison et quitter l'Iran. Le cœur lourd, j'ai choisi l'exil", a-t-il expliqué.
Sa fuite a été clandestine, au prix d'un voyage de plusieurs heures, épuisant et dangereux à travers les montagnes pour passer la frontière à pied.
Rasoulof, arrivé sain et sauf en Allemagne où il a trouvé refuge, a expliqué avoir pu garder secrets "l'identité des acteurs et de l'équipe, ainsi que les détails de l'intrigue et du scénario".
Certains acteurs "ont réussi à quitter l'Iran" à temps, se réjouit-il. Mais de nombreux autres membres de l'équipe y sont toujours "et les services de renseignement font pression sur eux. Ils ont subi de longs interrogatoires. Les familles de certains d'entre eux ont été convoquées et menacées".
Pour conjurer le sort, il a appelé "la communauté cinématographique mondiale (à) assurer un soutien fort aux réalisateurs".
Les festivals internationaux et la caisse de résonance qu'ils offrent sont une forme de reconnaissance importante pour les cinéastes iraniens aux prises avec le régime, à l'image de Jafar Panahi ("Taxi Téhéran") ou Saeed Roustaee ("Leila et ses frères"), régulièrement sélectionnés, malgré la répression qu'ils subissent.
Une série de personnalités du cinéma ont exprimé leur soutien à Mohammad Rasoulof dans une lettre ouverte, dont l'actrice iranienne réfugiée en France Zar Amir Ebrahimi et celle de "Anatomie d'une chute", Sandra Hüller, ou encore des cinéastes comme Fatih Akin, Agnieszka Holland et Laura Poitras, ainsi que deux prétendants à la Palme d'or 2024, Payal Kapadia et Sean Baker.
Outre "Les graines du figuier sauvage", le jury de Greta Gerwig visionnera vendredi le dernier des 22 opus de la compétition, "La plus précieuse des marchandises", film d'animation signé Michel Hazanavicius ("The Artist", "OSS 117"), qui évoque la Shoah.
Le palmarès est attendu samedi.
O.Bulka--BTB