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Trail: "Tout reste encore à écrire" pour Vincent Bouillard, dernier vainqueur de l'UTMB
Après une victoire surprise à l'Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) 2024 et un podium sur le Chianti Ultra Trail en mars, le Français Vincent Bouillard est devenu en quelques mois la nouvelle star de la course en montagne. "Cela fait un peu bizarre", reconnaît timidement l'intéressé auprès de l'AFP.
Le coureur de 31 ans, originaire d'Annecy, estime toutefois que "tout reste encore à écrire" pour lui et pour sa discipline à la popularité grandissante, lors un entretien mené à Paris début avril.
QUESTION: En août dernier, vous avez fait sensation en remportant l'UTMB alors que vous étiez encore amateur, qu'est ce qui a changé pour vous depuis ?
REPONSE: "J'ai signé en janvier mon premier contrat d'athlète pro avec l'équipementier Hoka, chez qui je suis employé depuis presque dix ans en tant qu'ingénieur produit. C'est une situation assez inédite. Mon principal objectif était de pouvoir aborder les choses de manière plus sereine, dans mon travail, mon entraînement et mes compétitions. Je continue à travailler à mi-temps, mais j'ai beaucoup plus de flexibilité au niveau des horaires."
Q: Passer pro à 31 ans, c'est assez inhabituel pour un sportif, cela a dû bouleverser votre quotidien...
R: "C'est un coup à prendre. Je ne m’entraîne pas davantage en termes d'heures. Par contre, j'essaie de mettre plus l'accent sur la qualité, dans ce qu'on appelle l’entraînement invisible: le sommeil, la récupération, le niveau de stress. Cela fait désormais partie de ma routine tout au long de l'année, pas seulement trois semaines avant une compétition."
Q: L'UTMB est considéré comme le Graal des courses en montagne, vous vous imaginiez vainqueur ?
R: "Je ne suis pas arrivé en me disant que j'allais gagner. Et ce n'était d'ailleurs pas l'objectif, je voulais faire une belle course... c'était ma première participation. Le résultat a été assez incroyable. En revanche, je pense que ma progression a été logique. J'ai été exposé assez jeune à des efforts longue distance. A 21 ans, je faisais mon premier 45 km. Ensuite j'ai fait du triathlon, de l'ironman (triathlon enchaînant 3,8 km de natation, 180,2 km de cyclisme et un marathon, NDLR) pendant plusieurs années, cela m'a appris à mieux connaître mon corps. Je pense avoir passé un cap pendant le Covid. Je résidais aux Etats-Unis et j'ai fait énormément de longues sorties à vélo. J'ai compris que j'encaissais bien les efforts sur la durée."
Q: Un an avant votre victoire à Chamonix, vous triomphez justement sur vos premiers ultra-trails aux Etats-Unis, cela a été un nouveau déclic ?
R: "Toutes ces années je ne savais pas trop où je voulais aller en compétition... mais ce qui revenait tout le temps, c'était l'envie de participer un jour à l'UTMB. Pendant ces courses en 2023, j’allais dans l’inconnu et il y a eu des moments vraiment difficiles... Je suis resté en tête et j'ai été capable de gérer ces moments de faiblesse. J'ai donc voulu continuer à explorer."
Q: Plus récemment, vous terminez 3e du Chianti Ultra Trail derrière Jim Walmsley et Kilian Jornet, vous l'avez vécu comme une confirmation ?
R: "Cela fait un peu bizarre car on nous mettait au même niveau avant le départ, alors que je me vois encore comme un débutant sur bien des aspects. C'était seulement ma 5e course de plus de 50 km... Mais c'était vraiment cool de pouvoir discuter les premières heures du tracé avec Jim, qui est un ami proche, et avec Kilian, un modèle. J'ai vécu ça comme un fan de foot qui aurait l'opportunité de jouer avec Zidane. Il y a eu beaucoup d'attention sur nous trois, mais je suis surtout content d'avoir performé sur une course avec un tel niveau général."
Q: Où va vous mener votre trajectoire ces prochains mois ?
R: "Ce qui est génial, c'est que tout encore reste à écrire dans le trail. En tant qu'athlète, j'aimerais participer à l'évolution de ce sport qui a un potentiel énorme. Il faut que l'on s'adapte aux enjeux modernes comme la cause environnementale. Le trail est encore loin d'être parfait à ce niveau-là, mais on peut continuer à construire. Actuellement, je me prépare à participer à la Western States aux Etats-Unis en juin. Jim Walmsley est le maître des lieux et j'aimerais bien aller l'embêter un peu. Ensuite, on verra. Il faut aussi savoir se poser si on veut être performant sur le long terme."
Propos recueillis par François d'Astier
D.Schneider--BTB