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JO-2026: à Milan et Cortina, les Jeux du retour
Après avoir découvert de 2010 à 2022 de nouveaux horizons, les Jeux olympiques d'hiver reviennent en terrain connu à Milan et Cortina à partir de vendredi, et également à la raison comme préconisé par le Comité international olympique (CIO), au prix d'un casse-tête logistique.
Milan Cortina 2026 ou une avalanche de retours.
A commencer par celui du public, grand absent des tribunes de bien glaciaux, par leur météo comme par leur ambiance, JO-2022 de Pékin disputés en pleine pandémie de Covid, sans visiteurs étrangers.
Pour ses premiers Jeux comme patronne du sport mondial, la Zimbabwéenne Kirsty Coventry ne peut ignorer le contexte international entre guerres en Ukraine, à Gaza et répercussions des poussées de fièvre de Donald Trump, comme l'a rappelé la polémique sur le déploiement en Italie d'une division de la police américaine de l'immigration (ICE). Ces Jeux, auxquels participeront 13 athlètes russes, admis sous bannière neutre, et 46 Ukrainiens, auront donc lieu dans un contexte géopolitique tendu.
Mais la première femme élue à la tête du CIO (en mars 2025) préfère se concentrer sur "la magie et l'esprit des Jeux" marqués notamment par le retour des joueurs de la NHL, les meilleurs joueurs de hockey sur glace de la planète que leurs employeurs avaient refusé de libérer en 2018 et 2022.
Le "come-back" le plus attendu est celui, improbable puisqu'elle avait pris sa retraite en 2019, de Lindsey Vonn: à 41 ans, la star américaine du ski alpin, libérée d'insupportables douleurs au genou droit par une prothèse en titane, est redevenue la "Speed Queen" qui domine cet hiver la descente.
Mais sa retentissante résurrection a pris du plomb dans l'aile au pire des moments: elle s'est blessée au genou gauche vendredi en chutant lourdement à Crans-Montana (Suisse).
- 5,2 milliards d'euros -
Elle devrait toutefois être au départ à Cortina, comme l'incontestée reine du ski, sa compatriote Mikaela Shiffrin ou une autre revenante, l'Italienne Federica Brignone, N.1 mondiale l'hiver dernier et gravement blessée en avril.
Vingt ans après Turin, la quinzaine olympique du blanc retrouve donc l'Italie et les Alpes, son berceau. Depuis 2006, les JO avaient pris la direction du Canada (Vancouver-2010), de la Russie (Sotchi-2014), de la Corée du Sud (Pyeongchang-2018) et même de la Chine (Pékin-2022).
Contrairement aux Russes de Sotchi, hôtes des Jeux les plus chers de l'histoire (24,6 milliards d'euros) ou sud-coréens, les organisateurs italiens ne sont pas partis de rien.
Pour réduire la facture, annoncée tout de même à 5,2 Mds d'euros, et minimiser l'impact environnemental, comme l'exhorte désormais le CIO dans un contexte de changement climatique qui menace l'existence même de l'événement, l'Italie, préférée en 2019 à un projet suédois mal ficelé, a fait au plus simple.
Avec Bormio et Cortina pour le ski alpin, Anterselva pour le biathlon, le Val di Fiemme pour le ski nordique, Livigno pour le snowboard et le ski freestyle, les organisateurs ont opté pour des stations qui accueillent régulièrement des étapes de Coupe du monde ou des Mondiaux.
Conséquence, ces troisièmes Jeux d'hiver italiens sont éparpillés sur 22.000 km2, du jamais vu dans l'histoire olympique, et s'étalent des Dolomites à la plaine du Pô en passant par la Vénétie, jusqu'aux confins de l'Autriche.
Quand il a fallu construire, cela n'a en revanche pas été aussi simple.
- "Une défaite pour la montagne" -
La piste de bobsleigh, luge et skeleton de Cortina est sortie de terre en un temps record, mais après une crise majeure résolue par l'intervention musclée du N.2 du gouvernement ultra-conservateur de Giorgia Meloni, le dirigeant d'extrême-droite Matteo Salvini.
A Milan, des ouvriers s'activent jusqu'à la dernière minute autour de l'Arena Santagiulia, inaugurée seulement début janvier pour les tournois de hockey sur glace.
Si le spectre d'un nouveau désastre italien du type Mondial-1990 de football entre surcoûts, retards dans les travaux et stades vite obsolètes, semble écarté, ces JO-2026 posent bien des questions.
Peut-on parler de retour à la raison quand en multipliant les sites pour accueillir 2.900 athlètes en lice dans 116 épreuves et des centaines de milliers de spectateurs (1,1 M de billets vendus), il faut multiplier d'autant les travaux routiers ou les constructions d'usines à neige artificielle, désormais indispensables et gourmandes en eau, dans un environnement déjà fragilisé ?
"Ces Jeux sont une défaite pour la montagne", assène Luigi Casanova, de l'association Mountain Wilderness.
Le rendez-vous de Milan Cortina (6-22 février) aura des spectateurs très attentifs: les organisateurs des JO-2030 qui sont eux aussi partis dans les Alpes françaises sur des Jeux dispersés, selon la terminologie du CIO.
Avant même le traditionnel retour d'expérience post-JO, Kirsty Coventry fait déjà la fine bouche: "ce modèle ajoute des complexités dans l'organisation des Jeux". Jusqu'au 22 février, ce sera un vrai défi pour les organisateurs.
J.Fankhauser--BTB