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A Minneapolis, les parents immigrés redoutent d'être séparés de leurs enfants
Comme des milliers de parents immigrés qui se terrent chez eux à Minneapolis, Nina et son mari vivent dans la hantise que la police de l'immigration américaine les sépare de leur fille de 4 ans.
Cette demandeuse d'asile équatorienne espère que les milliers d'agents fédéraux envoyés depuis deux mois par Donald Trump dans cette ville du Midwest finiront par aller ailleurs.
Mais même lorsque leurs effectifs se réduiront, elle a conscience que le risque ne disparaîtra pas complètement.
"Si nous partons travailler, qu'ils nous arrêtent, et ma fille est à l'école, que vais-je faire?", redoute la jeune femme de 25 ans, sans donner son nom complet. "Je ne pourrais rien faire, car ils ne me laisseront pas sortir pour ma fille, et ma fille restera seule".
Pour éviter que sa petite Ayadana ne soit confiée aux services sociaux, Nina a voulu signer une délégation d'autorité parentale - un document connu sous le nom de "DOPA" -, en désignant une amie titulaire d'une carte verte comme sa tutrice légale.
Mais elle s'est vite retrouvée "désespérée", dans son appartement où s'enferment six personnes.
"Je ne pouvais pas sortir pour aller signer ce DOPA chez le notaire", explique-t-elle à l'AFP.
Scotchée aux alertes signalant les descentes de la police de l'immigration (ICE) dans son quartier, elle ne sort furtivement qu'une fois par semaine, toujours la nuit.
- Transfert d'autorité parentale -
Face à cette situation intenable, Daniel Hernandez a décidé de réagir.
Depuis des semaines, l'entrepreneur de 41 ans fait pré-tamponner des formulaires DOPA chez un notaire, et assure des tournées à domicile pour les faire signer aux sans-papiers et immigrés de Minneapolis.
Selon lui, beaucoup d'entre eux avaient sous-estimé l'offensive anti-immigration de Donald Trump, pierre angulaire de sa campagne présidentielle en 2024.
"Une fois que les descentes ont commencé, les gens ont compris que c'était réel. (...) J'ai commencé à recevoir beaucoup d'appels me disant qu'ils avaient besoin de ce bout de papier", raconte-t-il.
Depuis novembre, le bon samaritain a protégé "plus de 1.000 enfants" grâce à ces transferts d'autorité parentale. Il a 500 mineurs sur sa liste d'attente et est "submergé" par les messages de parents inquiets.
Plusieurs associations mènent également des campagnes similaires à Minneapolis.
Outre la mort de deux Américains opposés à l'action des agents fédéraux, la ville a été choquée en janvier par l'arrestation d'un petit Equatorien de 5 ans, Liam Conejo Ramos.
La photo de son visage perdu sous son bonnet bleu à oreilles de lapin a renforcé la détermination de Nina à protéger sa fille, quasiment du même âge.
"Cela m'a beaucoup peiné de voir cet enfant dans cette situation", souffle l'Equatorienne.
- "Minimum de sécurité" -
L'administration Trump assure que le père de Liam, visé par l'arrestation, a demandé que le petit soit placé en détention avec lui au Texas.
Selon les avocats de la famille, les agents fédéraux ont utilisé l'enfant comme appât pour tenter de faire sortir sa mère de son domicile afin de l'interpeller, et ont refusé de le laisser sur place.
Samedi, un juge a ordonné la libération de Liam et de son père, qui ont pu rentrer dimanche dans le Minnesota. Mais la polémique a accentué l'angoisse ressentie à Minneapolis.
"Malheureusement, nous sommes actuellement entre les mains de Dieu. Aucune règle n'est respectée, aucune loi n'est appliquée", enrage Richard Torres, demandeur d'asile vénézuélien de 39 ans.
Sa fille autiste de 2 ans et sa femme viennent elles aussi d'être envoyées au Texas pour être incarcérées, après un rendez-vous de routine avec les autorités pour suivre le dossier du couple.
Motif: elles auraient raté une audience, ce qui est un "mensonge", selon M. Torres.
Un juge vient de reconnaître l'erreur et d'ordonner leur libération. Mais l'imbroglio a laissé ce travailleur du secteur de l'hôtellerie "dévasté".
Plus certain de rien, il voit désormais la délégation d'autorité parentale comme le "seul moyen de garantir un minimum de sécurité à nos familles et à nos enfants".
En cas de malheur, cela le rassure d'avoir un papier confiant la garde de sa petite Alani à la cousine de sa femme.
"Elle n'est pas Américaine", soupire-t-il. "Mais c'est la seule personne en qui nous avons vraiment confiance".
G.Schulte--BTB