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Royaume-Uni: début de l'examen au Parlement de la loi sur l'aide à mourir avant un vote crucial
Les députés britanniques ont commencé à examiner vendredi en deuxième lecture la proposition de loi autorisant l'aide à mourir pour certains malades en phase terminale, avant un vote crucial qui s'annonce serré après des semaines de débats intenses.
Si les députés l'adoptent, le texte continuera son parcours à la chambre des Lords, avant que la légalisation du suicide assisté ne puisse entrer en vigueur en Angleterre et au Pays de Galles.
A l'inverse, s'ils le rejettent, la proposition de loi sera abandonnée, dix ans après une première tentative infructueuse pour légaliser l'aide à mourir.
"Je ne sous-estime pas l'importance de ce jour. Il est rare que l'on nous demande de nous attaquer à des questions de moralité, d'éthique et d'humanité, mais ce grand privilège implique de grandes responsabilités, et plus que jamais dans un moment comme celui-ci", a déclaré la députée travailliste Kim Leadbeater, à l'origine de cette proposition de loi, en ouvrant les débats.
Au même moment, des partisans et opposants du texte se sont rassemblés devant le Parlement.
Les pancartes "Kill the Bill, not the ill" (Tuez la loi, pas les malades) côtoient celles des défenseurs d'une légalisation sur lesquelles on peut lire "My death, my decision" (Ma mort, ma décision) ou "Freedom of choice" (Liberté de choix).
- "Critères sctricts" -
"Nous votons sur un sujet qui compte profondément pour nos électeurs", a fait valoir Kim Leadbeater, défendant les "nombreuses garanties" et les "critères stricts" encadrant le suicide assisté dans sa proposition de loi.
Selon un sondage publié jeudi par l'institut YouGov, 73% des Britanniques soutiennent le texte tel qu'il est rédigé.
Il prévoit que l'aide à mourir soit légalisée pour les adultes en phase terminale, dont l'espérance de vie est inférieure à six mois, et qui sont capables de prendre eux-mêmes la substance provoquant leur décès.
Mais les députés ont apporté plusieurs changements notables au texte adopté fin novembre en première lecture par les députés.
Outre deux médecins, le dernier mot pour autoriser une aide à mourir sera dans les mains d'un collège d'experts, et non du ressort d'un juge de la Haute cour de justice, un changement fustigé par les opposants.
Une personne ne pourra pas être éligible si sa santé se dégrade parce qu'elle a volontairement arrêté de se nourrir.
Devant le Parlement, Milly Blenkinshop-French, retraitée de 81 ans, dont le fils est mort d'un cancer "dans des douleurs effroyables", espère que le texte va être adopté.
"Si le suicide assisté avait été légal, il aurait eu le choix", explique-t-elle, car la loi donnerait "le choix, lorsque la douleur est trop importante (...) de dire +ça suffit+".
David Walker, 82 ans, explique s'être senti impuissant lorsque sa femme, morte après trois ans d'une grave maladie, lui a demandé de l'aider à mourir.
"Je me suis senti si coupable. Je ne l'ai pas aidée. Je ne pouvais pas (...) C'est pour cela que je suis là, parce que si je ne peux plus l'aider elle, je peux aider d'autres personnes qui traversent la même épreuve".
Ramana Kumar, 37 ans, chercheuse, est elle opposée à la loi. "Je pense que ce genre de loi peut très facilement être mal appliquée et détournée pour aboutir à la mort de personnes qui ne veulent pas mourir", dit-elle.
- Pas de consigne de vote -
Le vote s'annonce serré, et les partis n'ont pas donné de consigne à leurs élus. Le Premier ministre Keir Starmer a affirmé soutenir un changement de la loi.
S'il est finalement adopté dans les deux chambres, il faudra encore attendre quatre ans avant que le suicide assisté ne soit effectivement mis en place.
Selon une évaluation du gouvernement, entre 160 et 640 suicides assistés pourraient avoir lieu dans la première année, avant une hausse progressive jusqu'à environ 4.500 la dixième année.
Actuellement, l'aide médicale à mourir est illégale et fait encourir une peine de 14 ans de prison en cas d'aide ou d'incitation en Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande du Nord.
En Ecosse, où une personne aidant quelqu'un à mourir peut être poursuivie pour homicide volontaire, les députés ont adopté le mois dernier en première lecture un projet de loi pour légaliser le suicide assisté.
L'Ile de Man est devenue en mai le premier territoire britannique à légaliser une forme d'aide à mourir.
R.Adler--BTB