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Frappes américaines: "On est en Afghanistan? Ici c'est les Caraïbes"
"On est en Afghanistan ? Ici c'est les Caraïbes", s'insurge un pêcheur du petit village de Las Cuevas, à Trinité-et-Tobago, qui craint d'avoir perdu deux de ses habitants dans la frappe américaine sur un bateau de narco-trafiquants présumés annoncée mardi par Donald Trump.
Des villageois affirment avoir été alertés par des connaissances au Venezuela que les deux hommes étaient à bord. La police du petit archipel, situé à une dizaine de kilomètres du Venezuela, a ouvert une enquête, sans pouvoir à ce stade se prononcer.
Mais, à Las Cuevas, plusieurs personnes racontent avoir été prévenues que Chad Joseph, 26 ans, et, selon les médias locaux, Rishi Samaroo, étaient sur le bateau parti du Venezuela, que Washington accuse d'être le point de départ d'un vaste réseau de trafic de drogue à destination des Etats-Unis.
Sept navires de guerre américains ont été déployés dans les Caraïbes, et un dans le Golfe du Mexique, officiellement dans le cadre d'une opération contre le narcotrafic, visant particulièrement le Venezuela et son président Nicolas Maduro.
L'administration Trump, qui a autorisé des opérations clandestines de la CIA au Venezuela, a fait part d'au moins cinq frappes sur des bateaux pour un total d'au moins 27 personnes tuées. Six sont décédées lors de la dernière, annoncée mardi. L'AFP n'a pas pu vérifier indépendamment ces bilans.
"On est en Afghanistan, en Israël ? Des endroits comme ça ou quoi ? Ici, c'est les Caraïbes mon frère. Paix et amour", affirme un habitant, sans vouloir donner son nom. "Leur ordinateur fonctionne pas avec les satellites ou quoi ? (...) Même s'ils transportent de la drogue (...) ils pourraient aller à leur rencontre, les arrêter", souffle-t-il.
- Tensions -
Le village de pêcheurs de Las Cuevas se trouve à environ une heure de route de Port d'Espagne, la capitale de Trinité, l'île principale, le long de la sinueuse route de la côte nord, construite par l'armée américaine pendant la seconde guerre mondiale.
Anse paradisiaque aux eaux cristallines, végétation sauvage et petites falaises. Ici des pêcheurs jouent aux cartes à l'ombre. Là d'autres réparent des moteurs et des filets sous un abri... Las Cuevas, 150 maisons environ, est une véritable carte postale.
Toutefois, la situation y est tendue. Trois hommes travaillent sur une embarcation équipée de trois moteurs Yamaha de 200 chevaux --une puissance importante pour un bateau de pêche-- et aussitôt on demande au journaliste qui s'approche de quitter le village.
"La pêche n'est pas suffisante", confie un habitant sans plus de détail.
Garvin Heerah, expert en sécurité, souligne que Trinité-et-Tobago est une plaque tournante de la drogue : "Le pays est plus qu'une simple escale. Il fonctionne comme un hub de transbordement où des cargaisons en vrac sont reçues, stockées, reconditionnées et préparées pour un mouvement ultérieur".
"Depuis Trinidad, les stupéfiants circulent vers le nord en direction des États-Unis, vers l'est en direction de l'Europe et de l'Afrique de l'Ouest, ainsi que dans toutes les Caraïbes. Trinité-et-Tobago sert de base dans une chaîne de trafic plus vaste et bien structurée", ajoute M. Heerah, selon lequel le moyen de transport préféré sont "les fast-boats (bateaux rapides)".
- "Droit de la mer" -
Lynette Burnely réfute les accusations de trafic de drogue et assure que son neveu, Chad Joseph, était un "pêcheur depuis qu'il est petit".
"Il est allé au Venezuela et ils ne sont jamais revenus à cause de toutes sortes de problèmes de bateau (...) Il aidait les gens, il défrichait, travaillait la terre. Toutes sortes de petits boulots pour leur permettre de vivre là-bas", affirme-t-elle.
"C'était une personne adorable. Simple. S'il avait de l'argent, il partageait, il donnait à tout le monde. Tout le monde pouvait obtenir quelque chose de lui", raconte-t-elle.
Mercredi, la mère de Chad, Lenore Burnley, qui habite à Matelot, à deux heures de Las Cuevas, avait confié à l'AFP que son fils était un "pêcheur" qui retournait à Trinité-et-Tobago après trois mois passés au Venezuela.
"Les gens disent des choses et ils ne savent rien de vous. Je laisse tout à Dieu. Seulement Dieu", a-t-elle déclaré, déplorant des accusations de lien avec le trafic de drogue.
"Je n'ai rien à lui dire (à Trump). Selon le droit de la mer, si tu vois un bateau, tu es censé l'arrêter, l'intercepter, pas juste le faire exploser", maugrée-t-elle.
"C'est notre loi maritime trinidadienne. Je pense aussi que chaque pêcheur, chaque être humain sait cela aussi".
I.Meyer--BTB