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Nigeria: 315 élèves et enseignants enlevés dans une école, selon un nouveau bilan
Des hommes armés ont enlevé 315 élèves et enseignants dans une école catholique de l'ouest du Nigeria, a annoncé samedi une association chrétienne au lendemain de ce qui est l'un des plus importants kidnappings de masse dans le pays le plus peuplé d'Afrique.
Avant ce raid, mené tôt vendredi matin contre l'école mixte Saint Mary, située dans l'Etat du Niger, à environ 600 km au nord-ouest d'Abuja, des hommes armés avaient déjà enlevé lundi 25 jeunes filles - dont l'une est parvenue à s'échapper selon les autorités -, après avoir attaqué un lycée de l'Etat voisin de Kebbi (nord-ouest).
L'Association des chrétiens du Nigeria (CAN), citant Bulus Dauwa Yohanna, évêque catholique du diocèse de Kontagora dont dépend l'école Saint Mary, indique que le nombre de personnes enlevées "s'élève désormais à 303 élèves et 12 enseignants", soit presque la moitié des effectifs de l'école (629 élèves).
Un précédent bilan faisait état de 227 disparus. mais après vérifications, "nous avons découvert que 88 autres élèves avaient été capturés après avoir tenté de s'enfuir", a déclaré l'évêque, cité par la CAN.
Le gouvernement fédéral nigérian n'a pas fait de commentaire pour le moment sur le nombre de personnes enlevées. Le gouverneur de l'Etat du Niger, Mohammed Umar Bago, a assuré à la presse samedi que les forces de sécurité étaient encore en train de compter et qu'elles fourniraient un chiffrage d'ici la fin de la journée.
M. Bago a décidé de fermer toutes les écoles de son Etat, imitant ainsi les autorités des Etats voisins de Katsina et de Plateau. Le ministère nigérian de l'Education a de son côté annoncé la fermeture de 47 pensionnats d'enseignement secondaire gérés par le gouvernement fédéral, essentiellement dans le nord du pays.
"Comment 300 élèves peuvent être emmenés en même temps? Comment des enfants peuvent-ils être enlevés en l'espace de trois-quatre jours?", s'insurge Stella Shaibu, une infirmière de 40 ans venue chercher sa fille dans une école publique de Bwari, à une heure de route d'Abuja, visée par la décision de fermeture.
Selon elle, "le gouvernement ne fait rien" pour endiguer l'insécurité dans le pays, confronté depuis 2009 à une insurrection jihadiste dans le nord-est et à de bandes criminelles lourdement armées, appelés localement "bandits", qui ont intensifié ces dernières années, dans le nord-ouest et le centre, leurs attaques meurtrières - parfois accompagnés d'enlèvements pour obtenir des rançons.
"Si le gouvernement américain peut faire quoique ce soit pour rétablir la situation, je le soutiens totalement", a-t-elle déclaré à l'AFP, en référence aux récentes menaces du président américain Donald Trump d'intervenir militairement au Nigeria en raison de ce qu'il a qualifié de massacres de chrétiens par des islamistes radicaux.
Abuja assure ne tolérer aucune persécution religieuse et rappelle que les nombreux conflits qui touchent le pays - divisé de manière à peu près égale entre un sud à majorité chrétienne et un nord à majorité musulmane - touchent tous les Nigérians quelle que soit leur religion.
Outre ces enlèvements, une église a été attaquée mardi dans l'ouest du pays: deux personnes ont été tuées et des dizaines de personnes pourraient avoir été capturées.
- Intensification des enlèvements -
Le président Bola Tinubu a annulé ses engagements internationaux, notamment sa participation au sommet du G20 à Johannesburg (Afrique du Sud), pour gérer la crise.
Le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a appelé vendredi le Nigeria à "prendre des mesures urgentes et durables pour mettre fin aux violences contre les chrétiens", lors d'entretiens avec le conseiller à la sécurité nationale du Nigeria, Nuhu Ribadu, selon le Pentagone.
Le Nigeria reste marqué par l'enlèvement de près de 300 jeunes filles par les jihadistes de Boko Haram à Chibok, dans l'Etat de Borno (nord-est), il y a plus de 10 ans. Certaines d'entre elles sont toujours portées disparues.
Aucun groupe n'a revendiqué les dernières attaques en date.
Les bandes criminelles ont établi leurs camps dans une vaste zone forestière qui s'étend sur plusieurs Etats, dont ceux du Niger, de Zamfara, Katsina, Kaduna, Sokoto, Kebbi et Niger.
Une source onusienne, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a indiqué que les jeunes filles enlevées lundi à Kebbi avaient probablement été emmenées dans la forêt de Birnin Gwari, dans l'Etat voisin de Kaduna.
Si les bandits n'ont pas d'idéologie particulière et sont motivés par l'appât du gain financier, leur rapprochement croissant avec les jihadistes du nord-est inquiète les autorités et les analystes de sécurité.
J.Bergmann--BTB