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Pétrole, armement et diplomatie : Poutine en Inde pour une coopération dont l'étendue est "immense"
Vladimir Poutine est arrivé jeudi en ami en Inde, avec laquelle il juge "immense" l'étendue de la coopération, dans le contexte des sanctions douanières imposées à ce pays par Donald Trump en représailles à ses achats de pétrole russe en pleine invasion de l'Ukraine.
Le chef de l'Etat russe, qui ne s'était plus rendu à New Delhi depuis 2021, l'année ayant précédé le déclenchement de l'offensive militaire qu'il a ordonnée sur le sol ukrainien, a été accueilli à l'aéroport de la capitale indienne par le Premier ministre Narendra Modi. Dans la soirée, il devait dîner en privé avec lui, en préambule à leurs entretiens officiels vendredi.
Vladimir Poutine, qui est accompagné de son ministre de la Défense, Andreï Belooussov - la question d'éventuels accords sur des avions de chasse et des systèmes de défense antiaérienne devant en principe être abordée -, a déclaré être "très heureux" de revoir son "ami" Narendra Modi, dans un entretien accordé à India Today avant son départ.
"L'étendue de notre coopération avec l'Inde est immense", a-t-il insisté, citant la construction navale et l'industrie aéronautique, l'énergie nucléaire et l'exploration spatiale.
Le chef du gouvernement indien s'est de son côté dit "ravi d'accueillir mon ami, le président Poutine". "Je me réjouis de nos échanges ce soir et demain", a écrit M. Modi sur X.
"L'amitié indo-russe est une amitié éprouvée par le temps qui a grandement profité à nos peuples", a-t-il ajouté, publiant une photo d'eux deux prise dans la voiture qui les transportait.
Voici les principaux sujets au menu de leurs discussions :
Pétrole
L'Inde est l'un des principaux importateurs de pétrole russe, à rebours des Occidentaux qui ont pris des mesures de rétorsion dans ce domaine à cause de la guerre en Ukraine.
En 2024, la Russie a livré aux raffineries indiennes 36% du brut qu'elles utilisent, selon la plateforme d'informations commerciales Kpler.
L'Inde, qui importe 85% de l'or noir qu'elle consomme, y a trouvé moyen de remplir ses cuves à bon prix. Mais les Etats-Unis l'ont punie en août d'une surtaxe de 50% sur ses exportations au motif que ces achats financent l'effort de guerre russe en Ukraine.
Donald Trump a assuré que Narendra Modi lui avait promis de renoncer au pétrole russe, en pleine tractations commerciales entre leurs deux pays.
New Delhi ne l'a pas confirmé. Mais les statistiques récentes montrent que les livraisons de brut par la Russie aux Indiens ont baissé.
"Nous n'avons aucun doute quant au fait que ces échanges bénéficient largement à l'Inde et sont avantageux pour les deux parties", a noté avant le voyage du président russe son porte-parole, Dmitri Peskov.
"Il y aura peut-être une réduction des achats d'énergie (indiens) sous pression américaine mais le lien sera maintenu car les deux pays ont besoin sur le plan stratégique l'un de l'autre", a déclaré à l'AFP Nandan Unnikrishnan, du centre de réflexion Observer Research Foundation, proche du gouvernement indien.
Défense
Même si l'Inde s'est récemment tournée vers d'autres fournisseurs - dont la France - et privilégie les équipements nationaux, la Russie reste une de ses principales sources d'approvisionnement en matériels militaires.
Selon l'Institut international pour la recherche sur la paix (SIPRI) de Stockholm, la part des équipements russes dans l'arsenal indien a reculé de 76% sur la période 2009-2013 à 36% en 2019-2023.
Tirant les enseignements de la confrontation militaire avec le Pakistan en mai, New Delhi a manifesté son intérêt pour l'achat de nouveaux missiles sol-air russes de type S-400.
"Il ne fait aucun doute que ce sujet sera évoqué pendant la visite", a affirmé M. Peskov.
La presse indienne a par ailleurs souligné l'intérêt de l'armée indienne pour le chasseur russe de 5e génération Su-57.
Commerce
La Russie est le quatrième partenaire commercial de l'Inde avec des échanges bilatéraux d'un montant de 68,7 milliards de dollars - un record - sur l'année 2024-25, d'après les statistiques officielles.
Mais leurs relations restent très déséquilibrées. Plus de 90% de cette somme - 63,8 milliards de dollars - provient des importations indiennes, pour l'essentiel d'hydrocarbures.
En retour, l'Inde vend à la Russie des machines-outils et des médicaments pour l'essentiel.
"Nous voulons diversifier nos échanges et faire en sorte de les rééquilibrer", a fait savoir un diplomate indien de haut rang s'exprimant sous le couvert de l'anonymat.
"Notre volonté est de maintenir et même d'accroître le volume de nos échanges bilatéraux", a pour sa part lancé Dmitri Peskov, "sans laisser qui que ce soit d'autre s'en mêler".
Diplomatie
Le même diplomate indien a estimé que les relations de son pays avec Moscou étaient "les plus stables des temps modernes".
Jusqu'à ce jour, l'Inde a évité d'ouvertement condamner l'invasion russe de l'Ukraine, tout en réussissant à maintenir ses liens avec l'Europe et les Etats-Unis.
Narendra Modi a rarement haussé le ton vis-à-vis de Vladimir Poutine sur ce thème, sauf en 2022 au cours d'une rencontre en Ouzbékistan, quand il avait exigé la fin de la guerre "le plus vite possible".
Il a depuis répété à de multiples reprises son attachement à un ordre mondial "multipolaire" et résisté aux injonctions occidentales à s'éloigner de la Russie.
I.Meyer--BTB